Ensauvagement : la perte de légitimité de l’État ?

Weapons by floodllama(CC BY 2.0) — floodllama, CC-BY

Cette polémique autour de l’ensauvagement de la société française traduit une perte de la légitimité de l’État.

Par PABerryer. 

La semaine dernière Jean Castex a cherché à siffler la fin de la polémique entre Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, et Éric Dupond-Morreti, ministre de la Justice, à propos de l’ensauvagement ou non de la société française.

Au-delà de la question sémantique, les deux ministres incarnent des postures politiques éculées traduisant l’échec consommé de la garantie de sécurité en France, échec qui remet en cause la légitimité même de l’État.

La question de la sécurité fait partie de ces sujets régulièrement traités par les médias depuis plus de 20 ans. Elle a contribué à l’échec de Jospin en 2002 et au succès de Sarkozy 5 ans plus tard. Elle a également contribué à souligner les échecs des deux présidents suivants.

Polémique autour de l’ensauvagement et postures ministérielles

Il y a désormais un jeu de rôle établi entre la gauche qui dénonce un « sentiment d’insécurité » qui ferait le jeu de l’extrême droite, et la droite qui dénonce cette même insécurité pour réclamer des peines de plus en plus fortes.

La question de l’ensauvagement n’est que le dernier acte de cette pièce qui n’a été que trop jouée. Elle traduit surtout l’aggravation de ce sujet à travers l’émergence d’un nouveau vocable qui reflète la sidération de la société française face à une violence de moins en moins contenue.

Notre société est passée des « incivilités » à la sauvagerie, des rixes à l’émeute, du pétard au mortier et du coup de couteau à la fusillade à coups d’AK-47.

Si la réalité vécue par les Français semble donner raison au ministre de l’Intérieur, Darmanin et Dupond Moretti ne sont pourtant que les derniers avatars d’une succession de politiques qui ont préféré la posture médiatique à la résolution du problème de la violence. Et l’un et l’autre sont les deux faces de la même faillite du politique.

Si le ministre de la Justice joue les vierges effarouchées à propos du terme ensauvagement c’est qu’il reprend les postures habituelles de la gauche en matière de politique pénale. Cette dernière vise à limiter au maximum les peines de prison au profit d’alternatives (travaux d’intérêt général, bracelet électronique, sursis multiples, etc.).

La justice et la police en état de délabrement

Ceci est couplé, et en partie motivé, par l’état de délabrement de la justice pénale en France : entre 80 000 et 100 000 peines en attente d’exécution (délai s’ajoutant à celui entre la commission de l’infraction et le prononcé de la peine qui demande facilement plusieurs années), pas d’incarcération pour les peines allant jusqu’à 2 ans ferme (mais recours aux alternatives), prisons délabrées et surpeuplées.

Or il est raisonnablement établi que le succès d’une politique pénale ne se fonde pas sur des quantum de peines élevés mais sur la certitude du châtiment. Autant dire qu’en la matière la France fait preuve d’une belle constance dans l’erreur.

Le ministre de l’Intérieur a beau nommer les choses de façon plus juste, il n’a pas de quoi célébrer quoi que ce soit car l’échec de ce ministère est également patent. Les ministres peuvent facilement se tailler une image de « durs » à renfort de postures médiatiques et de coups de menton autoritaires. Derrière ces apparences, la politique suivie depuis longtemps consiste à éviter à tout prix les morts dans le camp d’en face.

Depuis l’affaire Malik Oussekine à celle de Rémi Fraisse, les politiques refusent d’avoir à assumer le décès d’un manifestant ou d’un délinquant. Le résultat est que les forces de l’ordre doivent avoir cela en tête et que la protection de l’ordre public passe en second. Ainsi, le pillage des Champs-Élysées à la suite de la défaite du PSG n’est en rien une surprise mais le résultat prévisible d’un choix politique.

Cette faillite de la chaine pénale, des forces de l’ordre à l’exécution des peines, a des conséquences de plus en plus néfastes pour la société française. La violence va en augmentant car ce qui pourrait la mettre en échec, d’un meilleur usage des forces de police à l’exécution systématique des peines, est volontairement saboté par les politiques.

Ce petit jeu de posture ne devrait plus pouvoir durer très longtemps du fait de la société française. Cette dernière reste très moutonnière et les honnêtes gens respectueux de l’autorité.

Toutefois, la période estivale a montré que cela est en train de changer. La vague d’incident de l’été, des bandes de jeunes de la Grande-Motte au pillage des Champs-Élysées, a engendré un ras-le-bol rarement vu et la constitution de groupes de citoyens cherchant à lutter contre cette violence.

Nous sommes encore loin des milices armées des États-Unis et la société française, désarmée par tous les gouvernements depuis 1939, a perdu l’habitude d’utiliser des armes mais cette hypothèse n’est plus à ignorer.

L’État en perte de légitimité

Le plus grave avec cette polémique autour de l’ensauvagement de la société française n’est pas tant la possibilité, encore faible, de voir apparaître des milices armées d’honnêtes gens avec tous les risques que cela comporte mais ce que cela traduit comme perte de légitimité de l’État et des politiques.

L’État français est construit sur le mythe du contrat social par lequel les individus ont renoncé à se faire justice eux-mêmes et à la guerre pour se défendre contre les autres, au profit de l’État : charge pour ce dernier d’assurer la sécurité des personnes et des biens ainsi que la bonne administration de la justice.

Il s’agit des fonctions régaliennes de l’État, la justification de son existence, sa légitimité. Il est malheureux de constater que ce sont précisément ces missions qui sont depuis trop longtemps négligées ; et le retour à l’état de nature, de la guerre de tous contre tous, est la conséquence logique de cet abandon.

La suite est que l’État est en train de perdre sa légitimité et ce qui justifie son existence. Dès lors, chacun d’entre nous est en train de récupérer les droits qu’il lui avait abandonnés : se protéger comme bon lui semble et se faire justice lui-même.

Une telle situation ne sera pas souhaitable mais au moins les Français pourraient assurer leur propre défense, celle de leurs proches et de leurs biens, là où aujourd’hui ils doivent assister, impuissants, à la destruction de leurs vies sans que les pouvoirs publics ne réagissent autrement que par des communiqués sans effets.

L’hypothèse présentée n’est pas encore d’actualité. Ce qui est par contre certain, c’est que la violence va continuer à progresser tant que les politiques répondront seulement par des lois inutiles et une réduction supplémentaire des libertés individuelles. Il conviendra donc de mettre au goût du jour, pour chacun d’entre nous, ce vieux proverbe romain :

« Si vis pacem, para bellum.
Si vis bellum, arma para »

« Si tu veux la paix, prépare la guerre.
Si tu veux la guerre, prépare tes armes ».

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.