Xavier Gorce : de la fin de la liberté d’expression au nouveau délit de blasphème

La liberté d’expression s’amoindrit considérablement en France. Il est plus inquiétant encore que l’opinion publique suive cette tendance en concrétisant un nouveau délit de blasphème contre la bien-pensance.

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Free Speech by John Nakamura Remy(CC BY-SA 2.0)

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Xavier Gorce : de la fin de la liberté d’expression au nouveau délit de blasphème

Publié le 1 février 2021
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Par Adnan Valibhay.

Le dessinateur Xavier Gorce a récemment été victime de l’un des maux de notre époque : la censure. L’outrecuidant a osé dépeindre dans les pages du journal Le Monde une caricature dans laquelle un personnage déclame :

Si j’ai été abusée par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ?

Grand mal lui en a pris. Très vite, les procès d’intention se sont lancés. Très vite, il a été accusé de minimiser l’inceste. Très vite, il a été accusé de transphobie par diverses associations LGBT. Très vite, le directeur de rédaction du journal s’est empressé de présenter ses excuses. Très vite, Le Monde a cessé d’être Charlie.

Cela est significatif de la déliquescence à laquelle est confrontée l’une de nos plus belles libertés : la liberté d’expression. On peut la caractériser comme étant le droit reconnu à l’individu de faire connaître le produit de sa propre activité intellectuelle à son entourage.

L’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 énonce :

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

La loi sur la liberté de la presse de 1881 consacre pleinement ce principe en lui prévoyant néanmoins quelques exceptions notables : injure, diffamation, appel à la commission d’un crime ou d’un délit.

La loi Pleven de 1972 lui a inséré une nouvelle limite en instaurant un nouveau délit : le délit de provocation publique à la haine raciale.

La loi Gayssot de 1990 poursuit cette tendance en prévoyant des sanctions pénales à l’encontre de ceux dont l’opinion irait à l’encontre de celle émise par le tribunal de Nuremberg.

La loi Taubira de 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité accentue encore ce mouvement en cloisonnant davantage cette liberté.

Il est inutile de citer toutes les initiatives législatives restreignant ce droit tant ces dernières sont nombreuses.

Il est toutefois possible d’établir une autre conséquence concrète de ces divers textes : la généralisation des habilitations conférées aux associations à exercer les droits reconnus à la partie civile à raison de certaines infractions portant atteinte aux intérêts qu’ils défendent. Laquelle entraîne par voie de conséquence une « privatisation » de l’action publique au détriment de la liberté d’expression.

En effet, n’importe quelle association LGBT peut se porter partie civile avec l’accord de la victime présumée de propos homophobes, à la seule condition qu’elle soit régulièrement constituée depuis au moins cinq ans à la date des faits.

Fort heureusement, le régime répressif est privilégié concernant les abus du droit d’expression, ce qui signifie concrètement que la sanction sera postérieure aux propos outrepassant les limites légales.

Néanmoins, depuis l’ordonnance Dieudonné de 2014 du Conseil d’État un doute subsiste quant à la pérennité de cette règle de principe. En effet, la Haute assemblée a admis l’interdiction, à titre préventif, d’un spectacle où il existait un doute raisonnable que soient commis des infractions aux lois mémorielles. Jack Lang lui-même, par ailleurs agrégé de droit public, s’est ému de cette jurisprudence en estimant à juste titre qu’elle constituait une profonde régression des libertés fondamentales.

Ce bref panorama tout à fait non exhaustif de lois et jurisprudences amène à la conclusion suivante : la liberté d’expression s’amoindrit considérablement en France. Il est plus inquiétant encore que l’opinion publique suive cette tendance métapolitique et juridique en concrétisant un nouveau délit de blasphème : le blasphème contre la bien-pensance.

Le cas Xavier Gorce qui a dû démissionner pour préserver sa liberté et son honneur, valide cette hypothèse. Qui aurait pu croire que le pays de Voltaire en viendrait à tolérer de telles atteintes à la satire ? Qui diantre aurait pu croire que l’humour serait si sévèrement sanctionné non pas uniquement juridiquement mais également socialement ?

Nous revoilà donc au temps de la Ligue pour la vertu avec de nouveaux fanatiques.

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  • OK OK..
    Admettons que l’expressions « doive » être réglementée, elle le sera pas l’état, quel sera le contrepouvoir pour empêcher que l’etat en use pour se protéger ..

    Le constat est que il existe une tendance naturelle chez l’etat à accroitre son pouvoir..

    Sans liberté d’expresion comment va on débattre de ses limites?

    et la France est pleine d’intellectuels …

  • ll est souvent dit que le pire ennemi de la liberté d’expression, c’est le non-usage de celle-ci. Perso, je pense aussi que son ennemi est elle-même. Certains propos sont inacceptables et attirent l’opprobre (réactif) et les volontés de « plus jamais ça » (préventif). Fixer la limite sera toujours un jeu délicat.

    • Si vous jugez certains propos inacceptables, rien ne vous oblige à les accepter. Vous pouvez au choix refuser de les entendre, ou vous en servir pour décider de ce que vaut celui qui les émet.

      • Je peux refuser d’écouter, mais je ne peux refuser d’entendre. Imaginez le KKK ou Daech qui défile dans la rue en scandant des slogans haineux, ou avoir des écrivains défendre la pédophilie à la télé (ça a existé ya quelques décennies), c’est pas facile…

        • Ben rien n’est facile… Mais empêcher de crier pousse à la facilité et à l’absence de sens critique chez ceux qui sont susceptibles d’entendre, certains que d’autres se chargeront à leur place d’éviter que les mauvais ne crient.

          • Rien n’est facile en effet, mais il y a des cas où l’expression d’une opinion/idée/croyance nuit à autrui. Les représentations de noirs en singe, des hommes en violeurs, des juifs en voleurs, etc… c’est pas jojo (je ne parle pas ici des délires victimaires des uns et des autres et des « éveilles dits progressistes », je parle d’images et dessins explicites).
            Autre exemple : aux USA, des personnes sont persuadées que les tueries dans les écoles sont des coups montés / fakes visant à interdire les armes etc et que les parents des « victimes » sont des acteurs. Ces sachants pas-moutons vont parfois manifester devant les maisons des parents endeuillés en les traitant de menteurs etc. La libre expression de cette idée grotesque est, selon moi, une agression psychologique.
            Rien n’est facile… c’est pour ça qu’il faut en discuter et éviter le « préventif ».

    • quand on demande des limites à la liberté d’expressions, c’est qu’on ne veut pas voir que la société se délite et perd sens..il n’y a plus de valeurs communes..

      et on dit je te hais… ou je hais tes valeurs!

      Mais ne pas le dire ne guérit pas de la haine.

  • Mon post s’est évaporé, La liberté d’expression a de l’avenir !

  • Qui aurait cru qu’au XXIe siècle on assisterait à une résurrection de l’Inquisition?

  • Vous venez de découvrir l’eau chaude, les mecs.
    ça fait bien longtemps que des dizaines de dessinateurs de presse sont censurés, condamnés, embastillés.
    Un écrivain par exemple peut être emprisonné sans jugement, pour un simple Twitt.

    • En France ? Source ?

      • En France, bien évidemment.
        Vous avez par exemple le dessinateur de presse Konk, qui n’a jamais pu reprendre son travail après quelques dessins subversifs.
        Et tout récemment l’écrivain, essayiste et historien Hervé Ryssen, qui est incarcéré à Fleury-Mérogis depuis 4 mois, sans jugement, pour un simple Twitt, qui n’a pas plu à une certaine minorité agissante.

  • Chaque rédaction est encore libre de choisir ce qu’elle veut publier ou non. La liberté de dire ce que l’on veut requiert la liberté de ne pas dire ce que l’on veut.

  • Les commentaires sont fermés.

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