Google, Facebook, Twitter : la tentation du « safe space »

La liberté d’expression n’est pas seulement une nécessité pour faire vivre la démocratie et un principe libéral fondamental. Elle reste aussi le meilleur argument de vente pour des médias sociaux.

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Google, Facebook, Twitter : la tentation du « safe space »

Publié le 12 janvier 2021
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Par Frédéric Mas.

Ron Paul, ancien député et ancien candidat à la présidentielle, figure de proue du mouvement libertarien aux États-Unis, a signalé avoir été bloqué par Facebook. La publication d’un article critique à l’endroit de la décision de bannir Donald Trump de Twitter pourrait être à l’origine de ce blâme virtuel, ce qui inquiète à juste titre les amis de la liberté.

Pour les géants du net, défendre la liberté d’expression ne semble plus de saison face à une extrême droite qui a fait le lit du trumpisme et fait trembler la démocratie américaine sur ses bases.

Peu importe si les contours de cette menace sont assez flous, elle est suffisamment réelle à leurs yeux pour avoir la main lourde en matière de modération. Le risque politique mais aussi commercial d’une modération précipitée est de transformer les réseaux sociaux en safe space, c’est-à-dire en lieux virtuels préservés de toute confrontation d’idées différentes que celles professées par leurs éditeurs. Cela risque fort d’affadir l’offre proposée par les réseaux sociaux dominants.

La responsabilité des géants du Net

Après les événements violents de Washington de la semaine dernière, il se pourrait que les GAFAM aient pris conscience de leurs responsabilités. L’élection de Donald Trump leur est imputable en partie, la polarisation du débat public n’existerait pas sans eux, et la circulation des fake news en vogue dans une partie de l’opinion publique est boostée par leur présence.

L’éviction numérique de Donald Trump ne serait finalement que le point final d’une longue et coupable histoire d’hésitation de la part des réseaux, tiraillés entre le besoin de satisfaire leurs clients et la nécessité de protéger la démocratie de ses ennemis.

Il est assez probable que la menace de régulation par les États soit à l’origine de cette prise de conscience. Jusqu’à présent, ceux-ci se contentaient de faire pression sur les réseaux pour qu’ils modèrent eux-mêmes leurs contenus. La censure était en quelque sorte externalisée.

Avec la déconvenue spectaculaire de Trump et le climat insurrectionnel qu’elle charrie, la pression sur les GAFAM est au maximum : accusée à gauche d’avoir fait élire Trump, elles sont aussi accusées à droite de l’avoir censuré injustement. Dans les deux cas, la demande pour briser l’oligopole par des lois anti-trust ou des mesures d’encadrement contre les fake news réapparait, et oblige les réseaux à donner des gages au pouvoir politique en serrant la vis.

Une stratégie commerciale risquée

Seulement, la chasse au trumpisme, qu’elle soit volontaire ou forcée, n’est pas une stratégie commerciale très prudente. Si les GAFAM entendent redorer leur réputation par le bannissement des comptes et des sites jugés indignes d’apparaître sur leurs plateformes, ses clients droitiers pourraient ne pas apprécier d’être catalogués parmi les ennemis du genre humain.

D’ailleurs, Twitter et Facebook dévissent en bourse depuis le bannissement de Donald Trump.

Les marchés anticipent la grogne des conservateurs contre les nouveaux médias, et la disparition de Parler ou de Gab ne va pas améliorer les choses.

Chasser le trumpisme des médias sociaux se fait au nom de la lutte contre les discours porteurs de violence. Certains critiquent déjà le deux poids deux mesures entre la parole de Trump et celle des dirigeants de l’Iran ou de la Turquie. D’autres font remarquer qu’au nom de la protection des utilisateurs des différents médias, on élimine au fur et à mesure les discours déviants.

Aujourd’hui on élimine l’alt-right et les trumpistes, demain ce sera les libéraux et les conservateurs classiques, qui deviendront la nouvelle extrême droite dangereuse à proscrire. Ou les trop gauchistes ou trop populistes aux yeux des dominants. C’est déjà ce qui arrive dans l’édition ou les médias plus traditionnels ; qu’on pense aux procès en sorcellerie adressés à Jordan Peterson ou à Bari Weiss.

Si demain, sous la pression politique ou idéologique des nouveaux maîtres de Washington, les réseaux sociaux en venaient à se transformer en pure vitrine pour vendre l’idéologie all inclusive et woke poussée par une gauche culturelle radicalisée, il y a fort à parier qu’ils perdraient beaucoup de leur attrait auprès d’une grande partie de leurs utilisateurs.

La liberté d’expression n’est pas seulement une nécessité pour faire vivre la démocratie et un principe libéral fondamental. Elle reste aussi le meilleur argument de vente pour des entreprises qui, historiquement, n’existeraient pas sans elle.

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  • Voire. Une étatisation maximum peut permettre aux réseaux soumis une excellente profitabilité, il suffit pour cela de rendre leur utilisation peu ou prou obligatoire. Après tout, On voit le nombre d’opérateurs privés chez nous proliférer et prospérer grâce à la réglementation et aux obligations édictées (notaires, huissiers, architectes, syndics, avocats, diagnostiqueurs en tous genre, RGE, …). L’idée selon laquelle l’appât du gain permettrait à la liberté de subsister me paraît bien optimiste.

  • Disparition de Gab? Gab est en train d’exploser en nb d’utilisateurs.

    • Ce qui est arrivé a Parler est arrivé a Gab il y a 4 ans. Mais eux on anticipé les choses et constituer leur propre serveurs. Mais ce qui est inquiétant c’est le nombre d’intervenant ici qui défende et justifie ce qui viens d’arrivé a Parler. Un cartel d’entreprise de la high-tech se coordonne mutuellement pour éliminé un concurrent, « un déviant idéologique ». Et font pression sur un nombre incalculable d’entreprises intermédiaire pour qu’ils ne travaille plus avec eux sous peine du même sort. Ça ne me parait pas très libéral tout ça.

      • Gab est dans une vraie logique de résilience.
        Sinon c’est fun de voir ce qui arrive ici quand le droit à la propriété des entrepreneurs se clashe frontalement avec le droit à la liberté d’expression. J’ai parfois l’impression d’assister à une discussion sur le sexe des anges circa 1453…

    • Le site est harcelé de toutes parts, ils serait étonnant qu’il survive encore quelques jours.
      Le CEO et toute sa famille ont été bannit par les cartes de crédit.
      Même en Corée du Nord il est probablement plus compliqué pour le régime de faire disparaître des plates-formes qu’aux USA :/

  • La liberté d’expression ne passera pas par Twitter ou autres. Il y a eu un moment où les sites d’actualité et autres étaient très ouverts aux utilisateurs : commentaires structurés (comme ici), flux RSS facilement identifiables, identification OpenID privée… De nombreux sites ont voulu contrôler les flux et les réseaux sociaux leur ont donné les moyens de le faire. Les pouvoirs publics eux aussi ont essayé d’identifier des interlocuteurs et préfèrent que nous, usagers, nous soyons des clients de grosses entreprises plutôt qu’une multitude d’acteurs individualisés et émancipés.
    Alors en effet un certain nombre d’usagers vont chercher des solutions de remplacement à Twitter, et vont se retrouver avec les mêmes problèmes à moyen terme, parce que le problème est structurel mais ni technique ni idéologique.
    Nous avons plutôt besoin de services largement décentralisés et maillés, de telle sorte qu’ils soient impossibles à couper et effacer. Alors la technologie de la blockchain peut aider dans certains cas, mais la plupart du temps il est possible de faire bien plus léger. Le souci c’est que les autorités de contrôle font tout pour nous empêcher de pouvoir nous débrouiller sans eux, et, sociologiquement, nous avons aussi du mal à partager l’usage de nos moyens privés de telle sorte qu’ils puissent s’organiser en réseau, alors que c’est indispensable (les experts techniques qui travaillent à proposer des services se coincent eux-même aussi en publiant des solutions fermées et souvent un peu hermétiques).

    De manière générale nous ferions mieux de revendiquer la liberté d’utiliser les technologies de type P2P plutôt que la protection des données personnelles.

    • il existe des alternatives comme retroshare, c’est vous qui herberez vos données, ils ne peuvent pas vous censurer, il faut couper internet pour empêcher de l’utiliser. Suffit que des sites connus qui ont subit la censure y viennent pour que ca décolle.

      • Mais absolument, il existe de nombreux services. Les niveaux de maturité ne sont pas tous les mêmes d’ailleurs. Maintenant est-ce que tout le monde est prêt à avoir une instance Diaspora chez lui ? à partager des ressources pour assurer du stockage dispersé ou une grille informatique ? J’ai l’impression que pour l’instant nous n’en sommes pas là.

  • Tout dans l’État, rien contre l’État, rien hors de l’État.

    Bruno Benito Mussolini Le Maire.

  • Le débat que posent les réseaux sociaux est celui de la différence entre la liberté d’expression et la licence de manipulation mentale. Il est aussi vieux que l’humanité. La stratégie de censure suivie par les GAFAM peut leur coûter cher sur le plan commercial comme sur le plan fiscal et légal. Actuellement les GAFAM bénéficient d’un régime fiscal lié à leur non-obligation de contrôle des contenus : ils viennent de le remettre en question. A plus long terme ces oligopoles seront ils démantelées sur le modèle de France Télécom à qui l’état à fait l’obligation d’acheminer les données des FAI ?

  • Merci de souligner la contradiction entre l’affirmation qu’il est libéral de laisser les réseaux dicter des règles à leurs clients, et le quasi-suicide que représente ce choix de bannir les abonnés les plus suivis au plan commercial. La liberté de perdre sa compétitivité, certes, on l’a, mais l’utiliser a quelque chose d’étrange…

    • C’est un calcul, par rapport à une clientèle. Ce n’est pas forcément un mauvais calcul, il faut parfois bien définir sa cible et se contenter de fidéliser celle-ci plutôt que de s’éparpiller.

    • Il se peut très bien que l’amour du pouvoir l’emporte même sur celui de faire des bénéfices.

  • Si les gens sortent de leur coma intellectuel l’avenir de Google tweeter Apple facebook sera d’être mentionné dans les livres d’histoires sur les plus grandes calamités ayant subit les hommes. Ils sont foutus, depuis trop longtemps ils sévissent, ils ont le melon.! Musk est bien plus intelligent et Amazon sans doute.

    • Vous dites bien;
      je ne comprend pas que l’on mette dans un même panier Amazon qui, de France ou d’Allemagne et même d’Italie, m’a livré de quoi becter et m’équiper depuis le début de la pandémie (et même avant) et Tweeter, Apple, Fesse bouc etc, qui ne m’ont servi à rien, que dalle, macache bezef…

    • de quels gens parlez vous au juste?

  • Enfin un article qui en parle. J’en avais marre de l’excuse des libéraux sur la soit disant propriété privée des GAFAM qui leur permet de faire tout et n’importe quoi sans qu’on ne puisse rien dire.

    • Le problème est que tout internet vit des gafam, cela sera très dur de s’en passer. Sur ce site, il y sont tous, c’est sans intérêt pour moi mais ils sont là dans l’ombre ou visible. Ce ne sont pas des sociétés privees comme les autres se sont des parasites de la pire espèce, ils vous bouffent le cerveau et puis vous bouffent votre vie.

      • Parler a tellement été harcelé qu’ils ont même perdu leurs avocats.
        L’utilisation d’autres serveurs est quasiment impossible car ils peuvent intimider toutes les autres compagnies et institutions bancaires.
        Ils peuvent faire disparaître les personnes et les informations sans laisser de trace. Cela ne s’est jamais produit, vous n’existez pas et vous n’êtes jamais venu au monde.

      • ce sont des entreprises comme les autres. C’est juste que ça se voit plus mais dans les autres secteurs il y a eu d’énormes consolidations avec suppression de la compétition. Il n’y a plus que 4 compagnies aériennes, 3 automobiles aux US..Quand on veut déréguler à outrance, on doit accepter les conséquences

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