Macronie : Buzyn et les copains d’abord

Agnès Buzyn, ministre de la Santé BY Mutualité Française (CC BY-NC-ND 2.0) — Mutualité Française, CC-BY

À 58 ans, Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé du gouvernement Édouard Philippe va rejoindre le directeur général de l’OMS à Genève.

Par Laurent Sailly.

Malgré le nouveau monde annoncé par Emmanuel Macron lors de son élection en 2017, les étranges petits arrangements entre amis n’ont pas cessé et se sont même amplifiés !

À 58 ans, Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé du gouvernement Édouard Philippe, quitte à la fois le monde politique et la France. En effet, elle a annoncé dans L’Opinion, rejoindre, à Genève (Suisse), Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé depuis le 1ᵉʳ juillet 2017.

Quel est ce monde qui récompense la défaite, la lâcheté et le mensonge ? Car Agnès Buzin incarne à la fois l’échec de LREM aux élections locales (sa liste finira troisième aux élections municipales de Paris en 2020) et l’incapacité du gouvernement à maîtriser l’épidémie de la Covid-19.

Si on occulte ses auditions par les différentes commissions parlementaires sur sa gestion catastrophique de la crise sanitaire et ses confidences publiées par Le Monde au surlendemain du premier tour qui ont signé sa disgrâce, la spécialiste des leucémies et de la greffe de moelle s’était faite discrète. Elle avait même repris pendant plusieurs semaines sa blouse de médecin à l’hôpital Percy de Clamart. En attendant. Mais en attendant quoi ?

En août dernier, selon Le Canard Enchaîné, Emmanuel Macron aurait bien vu son ancienne ministre de la Santé à la tête d’Universcience, établissement public regroupant le Palais de la Découverte et la cité des Sciences et de l’Industrie.

Mais la présidence va échoir au président en poste, Bruno Maquart, ancien directeur de cabinet de la ministre de la Santé de François Hollande, Marisol Touraine. En effet, début décembre, Roselyne Bachelot, ministre de tutelle de l’établissement public reconduisait celui-ci dans ses fonctions.

Face à ce nouveau camouflet, Agnès Buzyn n’a pas eu à attendre longtemps pour se voir proposer la fameuse fonction onusienne.

Malheureusement pour notre République, Agnès Buzyn n’est pas une exception. Emmanuel Macron s’est même fait une spécialité dans le recyclage de ses anciens collaborateurs.

Ainsi, nous citerons pour l’exemple, Muriel Pénicaud, ministre du Travail jusqu’en juillet 2020, est nommée ambassadrice, représentante permanente de la France auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). À ce poste, elle remplace Jean-Pierre Jouyet, ancien secrétaire général de la présidence de la République de François Hollande, puis ambassadeur en Angleterre, à peine un an après son entrée en fonction.

Toujours au ministère du Travail, Claire Scotton, énarque, directrice adjointe du cabinet de Muriel Pénicaud est bombardée directrice de la stratégie RH d’Orange, multipliant au passage par trois sa rémunération selon des sources syndicales.

Je pourrais remplir des pages d’exemples de ce type : François Bayrou, Karim Amellal, Frédéric Calandra, Christophe Castaner, Sibeh Ndiaye, Ségolène Royal, François-Antoine Mariani, Anne Clerc, liste pour les années Macron loin d’être exhaustive.

Amusez-vous à lire leurs biographies et vous assisterez au plus grand jeu de chaises musicales, où personne ne perd puisque dans cette version on ne retire aucune chaise mais au contraire on en ajoute une à chaque tour !

Sous la coupe des princes qui nous gouvernent, sauf cas exceptionnel, tous les postes sont distribués comme autant de récompenses sous le seul motif du « car tel est notre bon vouloir » hérité de la monarchie absolue.

Si vous êtes haut-fonctionnaire, un poste d’ambassadeur vous attend quelque part dans le monde ; si vous ne l’êtes pas, vous finirez préfet à 10 000 euros par mois sans forcément d’affectation particulière. Les autres occuperont une des multiples présidences à la main du président de la République, ou sera créé pour vous un poste de délégué interministériel…

Ce système explique en grande partie l’exponentielle croissance de la bureaucratie française. Impossible de supprimer une « autorité » quelconque quand vous avez tant de monde à recaser ; sans oublier votre propre recyclage, la vie étant faite de haut et de bas.

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