1 jeune, 1 problème. Pardon, 1 solution.

La Ministre de l’Emploi lance un énième site pour aider l’emploi chez les jeunes. Ca ne sert à rien mais ça occupe des fonctionnaires.

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Mes aventures à Pôle Emploi by philippe leroyer(CC BY-NC-ND 2.0)

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1 jeune, 1 problème. Pardon, 1 solution.

Publié le 23 novembre 2020
- A +

par h16

Cela va sans dire, mais toujours mieux en le disant : les problèmes modernes requièrent des solutions modernes et quoi, mieux que la République Française du Bisounoursland, peut offrir des solutions modernes et classieuses à des problèmes actuels ? C’est ce que démontre récemment avec brio Élisabeth Borne, l’actuelle occupante des pantoufles de ministre du Travail, qui vient tout juste de lancer un nouveau site pour l’emploi des jeunes. Musique !

Et la puissance de la plateforme commence dès son nom.

Les pouvoirs publics, dont on sent au vu du résultat qu’ils ont lourdement charbonné sur le sujet, ont longtemps hésité pour ce nom de plateforme tant l’enjeu était grand : destinée à aider les jeunes qui cherchent actuellement un emploi, une formation ou une mission de service civique en cette lourde période covideuse et de l’autre les entreprises, la fine équipe qui s’est attelée à trouver un nom à ce nouveau produit a très probablement hésité entre LeBonCouin et PaulEmploy avant de se fixer sur 1jeune1solution.

« Le plan 1 jeune 1 solution, lancé le 23 juillet 2020, vise à offrir une solution à chaque jeune » s’égosille gaiement la réclame gouvernementale. Le contrat est clair : à chaque jeune, on fournit UNE solution. Pas Deux. Si le jeune n’est pas content, il n’a qu’à aller à Pôle Emploi, pardi.

Décidément, que voilà un groupe nominal ô combien percutant puisqu’il fait irrémédiablement penser à « un problème, une solution » et indique implicitement que, pour notre Grande et Belle Administration, un jeune est bien plus sûrement un problème qu’autre chose. Il est vrai que si l’on s’en tient à la presse et son vocable alternatif, le jeune est trop souvent celui qui, déçu, a bouté le feu à quelques voitures ou évacué son stress en tabassant quelques grands-mères.

On comprend dès lors qu’avec l’augmentation vigoureuse du nombre de jeunes au chômage suite aux crises sanitaires et économiques que le pays subit actuellement, sa Grande et Belle Administration se soit dit « oh zut, nous avons un problème de jeunes, il nous faudrait une solution ! » qui aboutit naturellement à ce nom grotesque.

Et au-delà du nom, il faut se rendre à l’évidence : cette magnifique nouvelle plateforme (qui, au passage, injurie le visiteur parce que ses certificats de sécurité ne sont pas à jour) n’est pas exactement l’outil idéal pour enfin résoudre le chômage des jeunes. Bien plus pragmatiquement, c’est un outil essentiellement destiné à dédouaner la ministricule de toute action supplémentaire.

Conformiste jusqu’au bout du brushing poivre et sel, Élisabeth Borne est, pour ainsi dire, entièrement conçue pour conserver son poste. Pour cela, elle veut bien faire et ses capacités de politicienne moyenne, très moyenne, font « tilt » lorsqu’on lui parle de 1Jeune1SolutionFinale : c’est une bonne idée, car ça entre confortablement et sans racler sur les bords dans le petit tiroir étriqué de ce qu’on lui a appris à l’École d’Administration. Mieux : ça n’a aucun impact sur le reste de l’agitation gouvernementale. Certes, le décalage avec la réalité de terrain est abyssal mais administrativement, tout ça a du sens : le gouvernement fournit un service pour aider des gens, des choses se passent, des actions sont menées, il y a un truc, donc c’est idéal !

La suite, à savoir mettre en place une pompeuse conférence de presse et une communication ministérielle pour lancer le bidule, est d’une logique implacable : elle montre ainsi qu’elle n’est pas l’élève qui rendrait son devoir d’une seule feuille, torchée, froissée, avec une trace de godasse et une tache de café dessus, non ! Elle est cette élève propre sur elle qui rend un très propre devoir d’une feuille, avec trois ligne écrites proprement, bien écartées sur la feuille pour prendre toute la place. Elle a mis la date et son nom et c’est tout mais, soulagée, elle pense avoir fini, et elle est vraiment convaincue de tenir un truc qui va marcher.

C’est si mignon ! C’est un peu comme son « plan Vélo » de mai 2020, celui qui vit naître un réseau de réparateurs de vélos « agréés » à 50 boules la réparation entièrement subventionnée par l’État ! Du vélo au chomdu, du boyau au boulot, c’est Zabou Les Bons Tuyaux !

Bons tuyaux pour la Boborne, mais percés pour tous les autres : ce gouvernement (comme les précédents) persiste à créer des commissions, autorités et autres agences sous forme de site web ou d’app-mobile fluorescentes mais n’ont toujours pas compris que ceux qui veulent travailler se passent (heureusement) déjà d’eux : LeBonCoin ou LinkedIn ont fait plus pour l’emploi en France sur la dernière année que Pôle Emploi en 10 ans et ces ministricules coûteux en cinquante.

Au passage, on pourrait voir de la propagande dans cet énième site gouvernementable et destiné à une mort lente et molle. Ce serait presque mieux que la réalité, cantonnée à un petit accès de zèle : quelqu’un de haut placé a probablement voulu que quelque chose, n’importe quoi, soit fait, et les petits cafards bureaucratiques se sont agités. Un appel d’offre a du être lancé, des sous gratuits des autres dépensés, et une réponse totalement institutionnelle, scolaire, inutile et molle a été apportée accolée à un problème chronique. Plouf.

Bon, on rigole on s’amuse, mais malgré tout et comme le soulignent humidement d’autres canards en verve, « ce sont déjà plus de 20 000 offres d’emploi qui sont déjà recensées, précisent Le Parisien et France Info. » ! Fouyaya, 850 000 jeunes, 20 000 offres, voilà qui couvre déjà plus de 2 % de la demande !

Et ça tombe bien car, comme nous l’apprend un autre article concomitant, ça embauche à tour de bras. Ou presque : « les temps vont être durs, et trouver un emploi sera compliqué » semble pourtant indiquer le président du Medef, dès la quatrième ligne de l’article.

Manifestement, ce n’est pas tout à fait gagné pour la nouvelle plateformichette gouvernementale payée avec votre argent pour faire un travail qui est déjà réalisé par d’autres plateformes, un peu mieux dans le privé et n’importe comment dans le public.

Mais au moins Zabou pourra dormir tranquille, et à mesure que le reste du gouvernement, pour de sombres prétextes sanitaires, détruit consciencieusement l’artisanat, les petits commerces et le job des indépendants, les bidulotrons étatico-insignifiants pourront alors s’exprimer à leur pleine mesure : le pays n’étant plus qu’un vaste champ d’expérimentations collectivistes miteuses, les seules entreprises à pouvoir encore embaucher seront les grosses compagnies bien vues par Bercy, avec tout le personnel nécessaire pour faire face à la cataracte de paperasse délirante que tous ces stages plus ou moins subventionnés génèrent.

Et petit à petit, la France deviendra le pays où la transition vers le zéro indépendants sera la plus facile.

Le Monde d’Après va être facilement centralisé, planifié et délicieusement crony-corporate.

corporations in bed with government
—-
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  • faire parler de soi et faire croire que l’on agit : l’ambition s’arrête là !

    mais curieusement, ils n’ont pas vu qu’ils allaient surtout passer pour des imbéciles…

  • A la fin de ma thèse (en économie) j’ai eu le droit à quelques mois de chômage, à condition bien entendu de m’inscrire à Pôle Emploi.
    Premier contact, véridique :
    – Vous cherchez quoi comme travail Monsieur ?
    – Je cherche un Post Doc Madame !
    – Hein ? Une poste dans quoi ?
    – Non, un POST DOC, comme après une thèse..
    – Ah mais vous êtes médecin ?
    – Voilà c’est ça, en économie.
    – Ah mon cher Monsieur, dans ce cas je pense qu’il vaut mieux que vous utilisiez votre réseau.
    – Merci Madame pour votre aide, j’en prends bien note !

    Trois semaines plus tard je recevais une offre pour être réceptionniste dans les P.O parce qu’il était demandé de parler allemand et qu’a priori je devais avoir le seul CV où il était marqué « Allemand’ à langues parlées.
    Ah oui et au fait, j’ai traversé la rue pour aller sur LinkedIn, et là hop j’ai trouvé !

    • Quelle idée de chercher un post doc à pôle emploi aussi… vous vouliez rire ou perdre votre temps? M’enfin ça fait toujours cette anecdote à raconter 😉

      • Loin de moi l’idée de trouver un post-doc (ou n’importe quel job) par Pôle emploi. Et du coup j’ai finit dans le privé..
        Cela étant notre ministre du travail a trouvé la solution, la génération après moi sera beaucoup plus familière de Pôle Emploi, vu la cohorte de nouveaux inscrits qui va arriver, et en particulier leurs parents.
        On peut dire qu’elle a mis dans le mille, Borne !

    • Après ma thèse (en maths appliquées) je passe également un temps au chômage en attendant le concours de MCF que j’avais raté pour quelques semaines. Bref, arrivé à l’agence en question (c’était pas encore « pole emploi », le gentil conseiller, regarde mon CV, voit que je suis « docteur » et me propose un job de vétérinaire au zoo de Vincennes… S’en est suivi 1/2h où j’ai du lui expliquer le monde étrange du supérieur et de la recherche. Puis j’ai été peinard jusqu’à ce que je change de conseiller, qui me collait des rendez vous (non déplaçables évidemment) quand j’annonçais que j’étais indisponible (pour assister à des conférences à l’étranger) avec pour conséquence à chaque fois (deux) un mois d’indemnité sucrées…
      J’ai eu un poste à la fac l’année d’après, puis je suis parti pour le monde plus riant des grandes écoles, mais mes souvenirs de l’administration du chômage me laissent penser qu’une belle part des demandeurs d’emplois lui est imputable directement !

    • Expérience vécue aussi pour ma part (thèse en biologie et écologie):
      1) Le discours de sourd pour faire comprendre que Docteur ne veut pas dire médecin;
      2) Le « conseil » d’aller à l’ANPE (à l’époque c’était pas encore Pole-Emploi) pour les Cadres et de me ré-inscrire chez eux !
      3) A nouveau le discours de sourd.
      4) Puis le coup de masse quand à la région géographique pour la recherche d’emploi : toute la France : »Ah non M, on ne fait que la Région Rhône-Alpes… »
      5) Le second « conseil » : recherchez par vous même !!!
      Au final : post-doc au Canada, puis employé comme expert environnement en entreprises privées puis j’ai monté ma propre boite !!!
      Conclusion : l’ANPE/Pole-Emploi et autres merveilles étatiste = gaspillage d’impôts !!!

  • +1
    ya des mecs payés pour inventer de l’acronyme, du genre améli pour assurance maladie en ligne… lol, c’est facile à retenir pour les bouseux et en meme temps ça veut vraiment dire qq chose… des cerveaux brillants je vous dis…
    arnaud d, on se commande une douzaine de bières, je suis sur qu’on peut en trouver des dizaines d’autres

    • Je crois me rappeler qu’ils avaient payé des types plusieurs milliers d’euros pour trouver le nom de la région issue des fusions de « Haute Normandie » et « Basse Normandie ». Et suspens.. Le nom trouvé fut « Normandie ». Y’a peut être effectivement un business à monter !

    • Pour Pôle Emploi je propose (idée originale de H16) :
      Entité Centralisée Unique Légale En Recherche Initiale d’Emploi.

    • Améli, j’aime bien ça rappelle une tante héroïne d’une chanson de mon adolescence et puis ça colle bien avec les promesses de la sécu…

  • Pour 1patientCovid1boitederivotril, c’est déjà fait.

  • La question qui se pose est: mais comment font-ils pour être aussi débiles? Pendant ce temps là, à l’étranger, tout le monde se moque des français!

    • Ah oui, l’Absurdistan des allemands de Die Zeilt !

      Ils ont bien sûr raison, mais on pourrait leur rétorquer qu’ils feraient de s’occuper de leur transition énergétique (Energiewende) qui les emmènent droit dans le mur.
      Et la France, qui ne suit JAMAIS l’Allemagne, surtout sur le plan économique, a suivi cette Energiewende depuis la loi de transition énergétique de 2016 de Mme Royal, poursuivie et amplifiée par E. Macron, qui nous emmène au même endroit ET DANS LE NOIR !
      Constatez qu’on ferme Fessenheim pour rouvrir immédiatement après 4 centrales à charbon, qu’on continue à subventionner grassement les ENRs intermittentes et qu’on fait grimper allègrement (40% en moins de 10 ans) les prix usagers de l’électricité qui vont rejoindre ceux des Allemands, au départ deux fois plus chers que les nôtres…
      Et Mme Pompili qui nous annonce benoîtement que l’on risque d’avoir des pannes et coupures tout en annonçant que l’on allait continuer à fermer des réacteurs nucléaires !!
      Ce pays est foutu…

    • Ils s’en foutent. C’est les français qui votent et qui payent. Et comme grace à notre merveilleuse Education Nationale ils ne comprennent pas plus de 10 mots « d’étranger » (anglais ou espagnol ou allemand… ou… mis à part l’arabe littéral) ils ne risquent pas de se rendre compte du fait qu’on se fout de notre gueule et de nos sévices administratifs incompétents et kafkaïens jusqu’au plus profond de la Mongolie inférieure !

  • A ma connaissance et contrairement à ce que vous suggérez, Elizabeth Borne n’est passée par aucune école d’administration, si étonnant que cela puisse paraître.

    • Si, Polytechnique… Qui est quand même une école qui forme des fonctionnaires qui d’ailleurs doivent 10 ans de carrière à l’Etat à leur sortie.

      • Une école qui forme des ingénieurs qui doivent rembourser leurs études financées par le contribuable, soit en espèces, soit en nature en travaillant pour l’Etat au lieu de d’enrichir.
        Et fonctionnaire n’est pas synonyme d’administratif.

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