Covid : Macron annoncera aujourd’hui de nouvelles restrictions

Screenshot_2020-08-31 (2) REPLAY - Point presse d'Emmanuel Macron depuis l'usine Seqens - AFP — AFP ,

Si officiellement, le reconfinement demeure exclu, la multiplication des restrictions à la liberté de circuler ou de commercer, risque fort de s’étendre à partir de cette semaine et d’agir comme un quasi-confinement.

Par Frédéric Mas.

Face à une seconde vague qui s’annonce « brutale », et même, peut-être, « pire que la première », selon les mots du président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy, la France se prépare à un quasi-reconfinement. Emmanuel Macron devrait prendre la parole ce soir pour informer la population française des mesures d’exception visant à ralentir la circulation d’un virus qui fait paniquer gouvernements et populations dans le monde depuis des mois.

Si officiellement, le reconfinement demeure exclu, la multiplication des restrictions à la liberté de circuler ou de commercer, qui risque fort de s’étendre à partir de cette semaine, agit comme un quasi-confinement, et conduit le pays à une récession que les largesses de l’État -largesses payées par l’impôt et surtout l’endettement- ne suffiront pas à résorber.

Un quasi reconfinement inefficace ?

Or rien ne garantit que le quasi-reconfinement puisse avoir un effet sur l’amélioration générale de la santé publique de nos concitoyens.

Le cas de l’Argentine devrait nous faire réfléchir sur le maximalisme sanitaire qui a le vent en poupe en France. Les Argentins sont confinés depuis maintenant le 20 mars, et les cas Covid n’ont pas cessé de progresser depuis. Pire encore, la population, lassée des mesures autoritaires de l’État, s’est relâchée, et néglige totalement les gestes barrières et autres précautions recommandées pour stopper la progression de la Covid.

A cela s’ajoute une crise économique sans précédent qui ralentit le rétablissement de la situation normale. Toutes les stratégies mises en place par le gouvernement argentin ont échoué, et le fait d’avoir commencé par des mesures sanitaires maximalistes a à la fois lassé la population et permis aux gouvernants d’éroder le socle de libertés publiques constituant l’assise des démocraties représentatives.

C’est que l’OMS elle-même ne recommande le confinement qu’en dernier recours, comme mesure exceptionnelle, pour faire face à une situation où l’État et ses experts se trouvent dépassés par la pandémie.

Le confinement ne fait pas disparaître le virus, il fait gagner du temps aux décideurs politiques et au personnel soignant. C’est ce qu’avait rappelé le Dr David Nabarro dans une déclaration publique, il y a de cela quelques semaines :

« Le seul moment où nous pensons qu’un confinement est justifié est pour vous permettre de gagner du temps pour vous réorganiser, vous regrouper, rééquilibrer vos ressources, protéger vos travailleurs de la santé qui sont épuisés, mais dans l’ensemble, nous préférons ne pas le faire. »

Sacrifier les plus faibles économiquement pour que les autres survivent ?

Comme l’observe Ryan McMaken du Mises Institute, cette prudence observée par les experts de l’OMS vise essentiellement à protéger les populations précaires dans les pays économiquement les plus fragiles. Maintenir les échanges dans les pays en voie de développement est vital pour une population qui joue sa peau.

En Occident, le confinement est plus supportable parce que la population est riche, mais pour combien de temps ? Et cela justifie-t-il le sacrifice des entreprises et des emplois les plus précaires pour sauver le statut quo sanitaire ? Le calcul moral des experts n’est pas si moral que ça.

Par la peur et l’infantilisation de la population qui prévalent, le gouvernement en France risque fort d’installer durablement un chaos comparable. Ajoutons qu’additionner à la crise sanitaire une crise économique, comme en Argentine, garantit la prolongation simultanée des deux situations.

Non seulement le quasi-reconfinement ne garantit en rien le ralentissement du virus, mais il interviendrait comme un constat d’échec pour le gouvernement. Il s’agit, encore et toujours, de gagner du temps face à un virus méconnu, sans poser clairement le problème de la réforme impossible des hôpitaux publics « en tension », selon la formule consacrée. Et tout cela, des mois après la première vague.

Comme le rappelait Michel Negynas dans les colonnes de Contrepoints :

« Au lieu d’adapter les hôpitaux aux besoins, on veut modifier les besoins en fonction de l’état des hôpitaux… C’est une nouvelle manière d’administrer qui devient générale : pour l’électricité aussi, on va cet hiver demander aux Français de faire des efforts pour diminuer leur consommation, parce qu’on a arrêté des centrales. »

Remarquons également que le confinement français n’est qu’un quasi-confinement : dans le souci macronien permanent de trouver un moyen terme entre plusieurs solutions incompatibles, ici entre confinement et liberté de circulation, le compromis risque fort d’attenter aux deux solutions sans en conforter aucune.

Un quasi-confinement n’endigue pas complètement la circulation des personnes et donc du virus, et une restriction de la liberté de circulation comprime tout autant la reprise économique tout en érodant l’État de droit.

La mise sous tutelle indiscutée du pays par des bureaucrates et des experts

Aujourd’hui encore, toute marque de scepticisme face à des mesures à la fois autoritaires, trop générales et trop absolues, suscite non plus le débat mais les insultes et la reductio ad raoultum. Faire dépendre l’intégralité du bon fonctionnement du pays des décisions de l’exécutif informé et légitimé par un conseil scientifique qu’il a lui-même composé ne suscite pas beaucoup d’interrogations.

Entendre des scientifiques et des experts appointés sur les plateaux de télévision donner des leçons d’économie aux commerçants, aux indépendants et aux travailleurs précaires qui vont tout perdre dans cette histoire devrait provoquer le fou rire si la situation n’était pas aussi tragique. Les opinions de bistrot, professées doctement, deviennent maintenant paroles d’Évangile pour les médias et les décideurs.

L’État d’urgence permanent

Plus fondamentalement, la réponse des pouvoirs publics face à la crise qui se poursuit depuis maintenant des mois, c’est la mise entre parenthèse de l’État de droit et un état d’urgence sanitaire permanent qui prend des proportions qui étaient encore inimaginables il y a une décennie. Le sacrifice des libertés publiques s’est-il révélé efficace ? L’exécutif a-t-il en tête une stratégie de sortie politique de la crise covid ?

L’atomisation de la société, l’accélération de la défiance généralisée, la quasi-interdiction de la vie privée, le règne sans partage d’une bureaucratie incompétente, autant de maux que les éditorialistes et les faiseurs d’opinion prêtaient au « néolibéralisme » ou au « capitalisme débridé » ont été réalisés concrètement par les hommes de l’État, ses auxiliaires bureaucratiques et ses clientèles politiques apeurées.

Emmanuel Macron a sacrifié beaucoup de libertés au nom du bien commun sanitaire, il est désormais condamné à réussir pour convaincre les Français de la non vacuité de l’exercice.

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