L’État obèse est un roi-nu

Fat Cat Picture Moe by Dan Perry on Flickr (CC BY 2.0) — Dan Perry, CC-BY

Le rebond du Covid-19 nous montre à quel point notre État obèse est un roi-nu, il ne dispose pas des moyens nécessaires pour assurer ses fonctions essentielles.

Par Eddie Willers.

« On s’était progressivement habitués à être une société d’individus libres. Nous sommes une nation de citoyens solidaires ». S’il fallait ne retenir qu’une citation de la dernière déclaration de notre président, je choisirais celle-ci.

Elle présente de façon assez claire le fond de pensée relativement illibéral de notre président. Alors que la crise sanitaire que nous traversons peut justifier certaines atteintes à nos libertés, le caractère solennel de cette déclaration nous donne une douloureuse impression d’irréversibilité.

L’incurie de l’État obèse

Dans un pays qui a depuis longtemps oublié le premier mot de sa devise, la crise du Covid-19 donne l’opportunité à l’État de continuer sa prédation.

Que les choses soient claires, j’étais largement en faveur du confinement en mars et la situation épidémique actuelle est hors de contrôle, il convenait donc d’agir pour réduire la diffusion du virus. Néanmoins, c’est à chaque fois l’incurie de l’État, censé nous protéger, qui nous a poussé au bord du précipice et nous a donc placés dans cette situation où nous n’avons d’autre choix que de restreindre fortement nos libertés.

La gestion de la deuxième vague est impardonnable. Le mouvement de montée inexorable des cas se voyait depuis la mi-août mais croissait de façon lente. Le gouvernement avait donc largement le temps de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour détecter et isoler les cas positifs.

Cependant, à nouveau, les ARS et l’assurance maladie ont été incapables de suivre les cas positifs ainsi que les cas contacts et de les isoler, les temps de réponse des tests ont été beaucoup trop longs. Le travail lamentable de nos administrations souffre grandement des comparaisons internationales : en Corée du Sud, au Japon, à Singapour, en Nouvelle-Zélande, à Hong-Kong… Tous ces pays ont réussi à contenir les rebonds de l’épidémie.

Certains se plaignent du manque de moyens et de l’insuffisance de lits de réanimation. Nul besoin de faire de la démagogie : l’objectif n’est pas d’accueillir des patients en réanimation mais de faire en sorte qu’ils ne s’y retrouvent pas, et ce d’autant plus que nous n’aurions pas forcément le personnel qualififié. Quand une épidémie se diffuse de façon exponentielle, de toute façon combien en faudrait-il ? 10 000 ? 100 000 ? un million ?

Nouvelle cible des restrictions : les jeunes

Il faut l’endiguer et casser les diffusions, ce que nous avons été incapables de faire. Et lorsqu’un État qui a failli à sa gestion de la croissance des cas positifs décide de mesures aussi liberticides que le couvre-feu, la potion est amère.

Elle l’est d’autant plus qu’elle vise à nouveau un public qui porte le coût de cette crise : les jeunes. Aucune mesure de fermeture des clubs de troisième âge, des clubs de bridge, aucune limitation des rencontres entre personnes de plus de 65 ans… Les retraités, public à risque s’il en est, pourront se retrouver et profiter des loisirs ouverts dans la journée pendant que les actifs continueront de trimer pour payer leurs retraites et rentreront docilement chez eux le soir.

Demandez des efforts aux actifs qui ne sont pas les premières victimes de cette maladie et n’en demander quasiment aucun aux retraités plus fragiles, j’avoue que la pilule est difficile à avaler. Alors quand des retraités sont venus se plaindre de l’absence de revalorisation de leur complémentaire AGIRC-ARCCO, dans un contexte où le PIB va s’effondrer de 10 % sur l’année, je dois avouer que la coupe était pleine.

Je me confine six semaines en mars-avril, j’accepte de nouveau de perdre ma vie sociale avec un couvre-feu de six semaines, je verse chaque mois des pensions démesurées à des retraités qui ont insuffisamment cotisé, je vais devoir supporter le poids gigantesque de la dette accumulée lors de cette crise, je subis la gestion cataclysmique d’un État défaillant, je ne supporterai pas les jérémiades d’une génération de privilégiés.

Le rebond du Covid-19 nous montre à quel point notre État obèse est un roi-nu. Plombé par le poids démesuré des engagements de retraite, il ne dispose pas des moyens nécessaires pour assurer ses fonctions essentielles, celles de protéger ses citoyens. Espérons que le couvre-feu et les vacances permettront de faire reculer l’épidémie car chaque rebond est une occasion pour l’État de montrer son incompétence et de s’en prendre à nos libertés. Espérer, il ne nous reste plus que cela.

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