Covid : l’autoritarisme, second virus chinois

CJCS meets with PRC Counterpart By: Chairman of the Joint Chiefs of Staff - CC BY 2.0

Il y aura probablement un jour un vaccin contre le virus responsable du Covid-19. Il faut craindre que l’on n’en découvre jamais contre le virus de l’autoritarisme.

Par Thierry Afschrift.

Au printemps dernier, la plupart des pays européens ont recouru à des méthodes très lourdes de confinement (France, Italie, Espagne, Belgique, Royaume-Uni) ou relativement plus allégées (Allemagne, Suisse, Pays-Bas).

Ces méthodes sont clairement inspirées de celles qu’avait utilisées auparavant la Chine, premier pays frappé par le virus, essentiellement dans la région de Wuhan. Cet État, qui reste une dictature communiste, a utilisé les moyens les plus répressifs et en proclame les succès, au moyen de statistiques jugées en général peu fiables.

Ceux qui ont recouru aux mêmes méthodes, sans avoir tous les moyens répressifs d’un État totalitaire, ont malheureusement dû déplorer les taux de décès par rapport à la population les plus élevés du monde : les statistiques présentent toujours en tête de ce triste classement la Belgique, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie.

Les méthodes expéditives ne sont pas les plus efficaces

Ceci montre que les méthodes les plus expéditives ne sont pas les plus efficaces.

Aujourd’hui, face à un regain de force du virus, les États hésitent à recourir à nouveau au reconfinement généralisé parce qu’il a montré qu’il impliquait une catastrophe économique sans précédent en temps de paix.

Mais ils ne renoncent pas à l’idée d’utiliser des méthodes dures, impliquant de graves entraves aux libertés. Ces mesures sont juridiquement permises aux États. Les Constitutions prévoient toujours des exceptions aux droits fondamentaux, pour des périodes de crise ou d’urgence.

Quant à la Convention Européenne des Droits de l’Homme, la quasi-totalité des droits qu’elle reconnaît sont affectés d’exceptions pour les circonstances exceptionnelles y compris, explicitement, les crises sanitaires, et une disposition d’urgence permet pratiquement de déroger à toutes les libertés. C’est sans doute une des faiblesses de cette Convention, mais en droit, les États ont le pouvoir de porter ainsi atteinte à nos libertés.

Tous les gouvernements d’Europe occidentale qui songent à réduire à nouveau les libertés et commencent à le faire, se basent sur des experts en général nommés par eux, et devant les avis divergents de ceux-ci recourent, en général sans citer de justifications scientifiques, à des mesures très variables.

On empêche les entrées ou sorties de certaines villes (Madrid), on instaure des couvre-feux de longue durée dans certaines villes (France), ou de courte durée dans tout le pays (Belgique), on ferme les restaurants partout (Belgique, Pays-Bas) ou dans certains endroits (France), on limite les contacts professionnels (télétravail) ou familiaux (« bulle » limitée de personnes à rencontrer) ou on se contente d’imposer le port du masque à l’intérieur (France, Suisse) ou à l’extérieur (France, Belgique, Berlin).

Un début de contestation

Les citoyens réagissent avec moins de soumission qu’en mars, et les tribunaux commencent à annuler certaines mesures excessives ou non-justifiées (Madrid, Berlin, Bruxelles).

Les couvre-feux sont sans doute les mesures les plus spectaculaires, parce qu’en général personne n’en avait connu depuis la guerre, et il s’agit d’une entrave symbolique particulièrement grave aux libertés. Comme dans les films évoquant la Seconde Guerre mondiale, on revoit des patrouilles circuler nuitamment dans les rues.

Certains, prenant appui sur l’expérience de la Guyane, croient à l’efficacité de ces mesures. D’autres en doutent très fort, se demandant si le virus est censé se disséminer lors de rencontres en plein air durant les nuits d’automne fraîches et pluvieuses. On dit même que le couvre-feu est pour les fêtards un bon prétexte pour rester à l’intérieur, là où le virus se dissémine le mieux…

Pourtant, certains scientifiques parmi les plus réputés proposent d’autres solutions. C’est ainsi que trois épidémiologistes de renommée mondiale, Martin Kulldorff (Harvard), Sunetra Gupta (Oxford) et Jay Bhattacharia (Stanford) ont lancé la « Déclaration de Great Barrington ».

Ils constatent que les politiques les plus dures ont non seulement causé une très grave crise économique, mais aussi qu’elles sont responsables d’un nombre considérable de décès en raison du report de nombreux soins, de diagnostics beaucoup plus tardifs avec des conséquences fatales, et d’une augmentation dramatique des famines, responsables suivant certaines organisations de 12 000 morts par jour.

Protéger une population ciblée

Ils ne se contentent pas de critiquer les mesures prises, mais proposent une politique fondamentalement différente. Ils constatent que pour la plupart des gens, la maladie n’est pas particulièrement dangereuse en comparaison d’autres virus ou de bactéries avec lesquelles on accepte en général de vivre. Ils précisent que ce virus n’est réellement dangereux que pour une petite portion de la population, qui doit, seule, être protégée si elle le souhaite.

Dès lors, ils préconisent des mesures adéquates permettant la protection efficace des personnes à risques lorsqu’elles-mêmes le jugent utile. Ils proposent de laisser vivre sa vie normale au reste de la population, en assumant le risque du virus comme de nombreux autres risques qui existent dans la vie de chacun.

Nos politiciens ne les écoutent pas, et les principaux organes de presse ne font guère écho à la Déclaration de Great Barrington, en dépit de la très grande notoriété de ces auteurs.

S’il en est ainsi, c’est parce que dans une partie de l’opinion publique et parmi les dirigeants, toute formule reposant sur la liberté individuelle est a priori suspecte. Nos ministres craignent par-dessus tout d’être accusés de ne rien faire. Mieux vaut prendre n’importe quelle mesure pour donner l’impression, manifestement fausse, de contrôler la situation. Ils restent tous enfermés dans un schéma de pensée qui trouve son origine dans la pratique des autorités chinoises à Wuhan.

Prendre le risque de la liberté

Peu leur importe qu’ils aient été responsables d’une terrible crise économique et de nombreux décès indirectement causés par le confinement, et non par la Covid-19. Pour avoir l’air d’exister, ils préfèrent instaurer la dictature sanitaire que nous connaissons, plutôt que de prendre « le risque de la liberté ».

C’est là sans doute le virus le plus grave auquel nous avons affaire, et qui lui aussi provient de Chine : le virus de l’autoritarisme, la volonté systématique d’agir par voie de mesures volontairement autoritaires, parce que selon eux, leur électorat s’imagine que seule la tyrannie est efficace en temps de crise.

Il y aura probablement un jour un vaccin contre le virus responsable. Il faut craindre que l’on n’en découvre jamais contre le virus de l’autoritarisme.

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