Chine : avec le Coronavirus, Pékin sur le banc des accusés

La crise sanitaire est en effet devenue une bataille géopolitique. En Europe et aux États-Unis, la Chine de Xi Jinping inquiète par sa volonté de puissance.

Par Frédéric Mas.

Dans un entretien donné au Financial Times, Emmanuel Macron a soutenu qu’il existait certaines zones d’ombre dans la manière dont la Chine a géré la pandémie de Coronavirus qui touche aujourd’hui le monde entier.

Ces réserves de la part du chef de l’État français rejoignent celles de ses homologues anglais et surtout américain. En effet, l’administration Trump a accusé Pékin d’avoir dissimulé la gravité du Coronavirus et a coupé les vivres à l’OMS, sous influence chinoise.

Opacité et autoritarisme

Dès février, le gouvernement chinois répond à la crise du Coronavirus qui est en train d’exploser à Wuhan par un contrôle autoritaire accru, le musellement des médias locaux, puis internationaux, et une intense propagande sur sa « bonne gouvernance ». Faisant porter la mauvaise gestion de la crise sanitaire sur la province de Hubei, le gouvernement national chinois reprend la main et organise le confinement de la ville d’où est partie la pandémie.

Comme l’a noté Tom Palmer dans Contrepoints :

« Les dirigeants des régimes autoritaires se servent de la pandémie de Covid-19 comme prétexte pour renforcer et étendre des pouvoirs injustifiés. En Chine, où l’autoritarisme a attisé la propagation du virus en réduisant notamment au silence et en punissant les médecins qui tentaient d’avertir la population, le Parti communiste (PCC) se vante que ses pouvoirs sans limites et sans justification ont en réalité sauvé la Chine. »

Dès le début de la crise, l’OMS avait été accusée de tergiverser avant de déclarer l’urgence internationale face à l’épidémie le 30 janvier dernier. En cause, la Chine, qui aurait tout fait pour peser sur l’institution, éviter une situation qu’elle savait mortelle à tout point de vue, en particulier sur son économie nationale et surtout écarter les avertissements de son ennemi mortel Taïwan.

Le fonctionnement par nature opaque et arbitraire de l’État totalitaire chinois rend les informations transmises par ses représentants sujettes à caution, comme le sont une grande partie des chiffres transmis à l’extérieur du pays.

Le gouvernement chinois en profite toutefois pour multiplier les gestes internationaux, en particulier pour aider une Italie submergée par la crise à un moment où l’Union européenne est prise en défaut d’indécision et de faiblesse. Mais dès mars, plusieurs voix se sont élevées pour accuser la Chine d’instrumentaliser son aide internationale pour faire oublier sa mauvaise gestion de la pandémie.

Depuis, plusieurs voix se sont élevées sur la scène internationale pour punir la Chine.

Trumpisme et mise en cause de l’OMS

Toujours en campagne électorale, Donald Trump n’a pas mâché ses mots et a clairement désigné Pékin comme responsable de l’extension de ce qu’il a appelé le « virus chinois ». Comme une partie de la droite partout en Occident, le président américain fait de la crise sanitaire un prolongement de leur combat anti-Chinois et anti-communiste. Certains commentateurs observent qu’une telle attitude n’est pas totalement dénuée d’arrière-pensées politiques nationales.

Alors que le bilan s’alourdit partout en Occident, désigner Pékin comme principal responsable de la crise pourrait permettre de dédouaner en partie nos élites politiques qui ont failli à leur mission et décourager certaines nations de recourir à l’aide chinoise.

Seulement prudence, nous entrons de plain-pied dans ce que Machiavel appelait le « brouillard de guerre », cette incertitude sur des informations parcellaires, où se mêlent demies-vérités, propagande, véritables informations et communication politique. Et qui dit brouillard de guerre, dit guerre.

Pire que l’épidémie et la récession, la guerre ?

La crise sanitaire est en effet devenue une bataille géopolitique. En Europe et aux États-Unis, la Chine de Xi Jinping inquiète par sa volonté de puissance. Tous redoutent qu’à l’occasion de la crise, la Chine étende son influence sur le monde au détriment de la liberté et de la démocratie.

Tout en restant attentif à ces questions, il ne faudrait pas que la crise sanitaire et politique mondiale ne débouche sur une situation pire encore, à savoir la guerre. Et pas seulement la guerre économique.

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