Macron charge le séparatisme… et piétine la liberté scolaire

Capture d'écran France 24 — France24,

Macron a saisi l’occasion de la question légitime des « séparatismes » pour faire entrer tout le monde, absolument tout le monde dans le système de l’Éducation nationale. Rien en dehors de l’État.

Par Nathalie MP Meyer.

Il avait bien commencé, ce discours d’Emmanuel Macron sur « les séparatismes » qui menacent notre cohésion républicaine.

Le séparatisme ennemi des libertés

Attentif à se garder de tout angélisme naïf vis-à-vis des poussées politiques de l’islam sans tomber pour autant dans l’amalgame facile qui transforme chaque musulman en terroriste, il n’en désigne pas moins très clairement le seul véritable ennemi qui provoque nos valeurs occidentales de liberté jusqu’à tuer les « infidèles », à savoir le « séparatisme islamiste » :

« Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamiste. C’est un projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République […] »
« Et c’est ce qui fait qu’on en vient ainsi progressivement à rejeter la liberté d’expression, la liberté de conscience, le droit au blasphème. Qu’insidieusement, on conduit à se radicaliser. »
« Force est de constater qu’il y a un islamisme radical qui conduit à nier les lois de la République, qui conduit à banaliser la violence et qui a conduit […] à créer des conditions de dérives politiques mais aussi de dérives violentes, celles du terrorisme islamiste. »

Un constat sans fioriture que le Recteur de la Grande Mosquée de Paris partage. Dans une tribune publiée jeudi dernier, à la veille du discours du Président, il disait ceci :

« Existe-t-il véritablement sur notre territoire une volonté de se délier de la République ? La réponse est oui. […] Certains représentants de l’islam de France – comme certains responsables politiques d’ailleurs – sont très souvent dans le déni. Par calcul, par cynisme, par facilité, probablement parfois par lâcheté, un certain nombre d’acteurs représentatifs, d’élus locaux se sont refusé à voir la situation à laquelle nous faisons face aujourd’hui. »

Quelle situation ?

Celle qui, du voile islamique à la burqa en passant par les menus dans les cantines, les horaires de piscine pour les femmes musulmanes, les esclandres à l’hôpital ou à l’école, la criminalité et les trafics en tous genres et le soutien scolaire assuré par des associations liées à l’islam politique, a engendré les « territoires perdus de la République » sur lesquels les autorités publiques ont préféré jeter un voile pudique et d’abondantes subventions afin de ne pas avoir à remettre en cause les grands principes de l’antiracisme et du « vivrensemble » pourvoyeurs de satisfaction morale et surtout de votes, comme l’avait calculé le think tank du Parti socialiste Terra Nova.

À écouter Emmanuel Macron au début de son intervention, on aurait donc tout lieu de penser que c’en est fini de la culture de l’excuse, des discours victimaires et du clientélisme électoral vis-à-vis des dérives de l’islam et qu’enfin les pouvoirs publics se décident à prendre le problème à bras le corps, là où il se trouve, et pas à côté. C’est d’autant plus important qu’il en va de nos valeurs et de nos libertés, comme Macron l’a dit lui-même.

Lutter contre le séparatisme en interdisant l’enseignement à domicile ?

Il est donc hallucinant de constater ensuite que parmi toutes les mesures (dont certaines très utiles) que le gouvernement présentera en décembre prochain dans un projet de loi sur la lutte contre les séparatismes, l’axe privilégié consiste à restreindre encore plus les conditions d’exercice des écoles hors contrat (après l’encadrement renforcé mis en place par la loi Gatel de 2018) et à interdire l’enseignement à domicile à l’exception des cas motivés par la santé des enfants :

La liberté scolaire n’a pas l’air de faire partie des libertés que M. Macron est décidé à nous accorder. C’est pourtant un droit qui figurait à l’article 4 de la loi Ferry de 1882 et qui figure dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 en son article 26 alinéa 3 : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. »

Le Code de l’éducation le stipule d’ailleurs très précisément : « Article L-131-2 : L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix. »

Il n’est donc pas exclu que les dispositions envisagées donnent lieu à une belle bataille constitutionnelle.

Mais ce qui est certain, c’est que M. Macron a saisi l’occasion de la question légitime des « séparatismes » pour faire entrer tout le monde, absolument tout le monde (voir tableau des effectifs ci-dessous) dans le système de l’Éducation nationale, exactement comme il a pris prétexte du problème légitime des régimes spéciaux pour faire entrer tout le monde, absolument tout le monde, même les régimes autonomes (équilibrés ou excédentaires) dans notre système de retraite par répartition.

Répartition des 12,5 millions d’élèves – Chiffres et estimations de la rentrée 2020 :


Sources : Education nationale ici et iciLe Monde.

Au passage, il commet lui aussi une indélicatesse d’amalgame en faisant comme si toutes les familles qui choisissent l’instruction à domicile étaient des familles effectivement ou potentiellement djihadistes, tandis que les établissements de l’Éducation nationale seraient tous sans exception un refuge d’excellence académique et de paix républicaine.

À ma connaissance, ni le responsable de l’attentat au couteau devant les anciens locaux de Charlie Hebdo le 25 septembre dernier, ni Mickaël Harpon qui a tué 4 personnes dans la Préfecture de Police de Paris il y a tout juste un an, ni Amedy Coulibaly qui s’est illustré en janvier 2015 dans la tuerie de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, ni les frères Kouachi qui ont vidé leur kalachnikov deux jours avant sur les personnes présentes dans les bureaux de Charlie Hebdo n’ont suivi un enseignement à domicile.

En fait, les deux premiers constituent même l’exemple parfait des failles et négligences répétées des services de l’État dans la lutte contre le terrorisme : le premier avait menti sur son âge à son arrivée en France pour bénéficier du statut de mineur isolé et le second avait donné des motifs d’inquiétude à ses collègues qui n’ont pas été pris en compte par la hiérarchie.

De plus, on sait depuis un moment grâce aux enquêtes internationales et aux tests de l’Éducation nationale que le niveau des élèves qui fréquentent les établissements publics laisse énormément à désirer, qu’il s’agisse de maths, de science ou des matières plus littéraires. Aux dernières nouvelles qui remontent à la veille du grand discours d’Emmanuel Macron, il y a lieu de s’alarmer de la situation en mathématiques : entre 2014 et 2019, la part des élèves de CM2 ayant des acquis fragiles voire insuffisants dans cette matière est passée de 42,4 % à 54,4 %.

On sait également que l’école dite républicaine est le siège de dérives communautaires incessantes en provenance de l’islam : tel élève refuse le rouge dans les classes car cette couleur n’est pas autorisée par le Coran, tel autre ne veut pas aller à la piscine car s’il boit la tasse, cela va casser son jeûne du ramadan, etc. etc.

Elle est aussi le lieu d’une violence de plus en plus prégnante entre élèves ou vis-à-vis des enseignants dont ces derniers ont fini par parler en masse avec le hashtag #pasdevague suite au braquage d’une de leur collègue par un élève qui pointait sur elle une arme factice mais très convaincante.

Rien en dehors de l’État

Et si les parents qui choisissent le privé hors contrat ou l’instruction à la maison avaient prioritairement en tête le souhait de faire accéder leurs enfants à un enseignement serein, de qualité, pédagogiquement innovant et adapté à leurs profils particuliers ?

Il existe sans aucun doute des établissements scolaires plus ou moins clandestins qui dispensent une propagande religieuse à relents djihadistes. Mais si l’on en croit Françoise Gatel, l’auteur de la loi du même nom votée en 2018 sur le contrôle accru des écoles hors contrat, au bout d’un an, son initiative avait permis de fermer quatre écoles fondamentalistes… sur 1700 établissements !

Quant aux enfants déscolarisés par pure idéologie islamiste sous couvert de recevoir un enseignement familial, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer estimait en début d’année que « 2000 à 3000 situations de jeunes peuvent poser problème ». Mais, ajoutait-il, ils « sont suivis de près ».

Dans la mesure où les contrôles existent et où les préfets disposent déjà de la possibilité de faire obstacle aux dérives islamistes et sectaires effectives, pourquoi tout interdire ? Pourquoi rendre l’existence d’une école hors contrat comme La Cordée, dont je vous ai déjà parlé, encore plus compliquée et encore plus inaccessible aux parents qui recherchent des solutions éducatives adaptées à leur enfants ?

La Cordée et les écoles qui lui ressemblent n’ont nulle intention « séparatiste ». Ce serait même tout le contraire. Elles souhaitent simplement proposer autre chose pour des enfants (et des parents) qui ne trouvent pas leurs marques dans l’Éducation nationale : enfants en échec, enfants perturbateurs, enfants qui manquent d’assurance, enfants tiraillés entre deux cultures… et qui très vite décrochent d’un système trop uniforme ne sachant pas traiter les cas particuliers en dépit des sommes faramineuses qui y sont déversées.

Dans nos sociétés occidentales ouvertes, rien n’est plus légitime que d’imaginer des solutions éducatives en rapport avec la multitude des profils d’élèves. Et rien n’est plus contraire aux valeurs de liberté dont M. Macron se targue d’être un grand défenseur à travers sa lutte contre les « séparatismes » que cette prétention à vouloir couler tous les élèves dans le même moule. Un moule qui fait de moins en moins ses preuves tout en décernant de plus en plus de diplômes du bac.

Après notre amie l’Urssaf, après les Jours Heureux qui reviendront (titre du programme du Conseil national de la résistance qui a fondé notre désespérant système social) et après la nomination d’un Haut-Commissaire au plan, Emmanuel Macron nous confirme qu’il ne conçoit rien en dehors de l’État.

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