Nicolas Maduro, soupçonné de crime contre l’humanité

No Mas by A.Davey (CC BY-NC-ND 2.0) — A.Davey, CC-BY

Le président Nicolas Maduro est directement mis en cause pour avoir ordonné ou contribué à commanditer des crimes.

Par Laurent Sailly.

En septembre 2019, face à la détérioration de la situation politique au Venezuela, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies a confié à Marta Valiñas, juriste spécialisée dans les questions relatives à la justice internationale, la mission de faire la lumière sur les accusations portées par l’opposition vénézuélienne à l’encontre de Caracas, et ce depuis la mort de Hugo Chavez en 2013.

Un précédent rapport rédigé par des experts mandatés par l’Organisation des États américains avait déjà porté de lourdes accusations contre le régime. Mais le caractère partial du secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, ne lui avait pas permis de trouver écho.

Le 23 septembre prochain, la mission d’enquête présentera son rapport devant les membres du Conseil. Mais le rapport rendu public le 16 septembre dernier a déjà livré ses conclusions.

Le président Nicolas Maduro directement mis en cause

Madame Valiñas, chef de la mission, déclare :

« Sur la base des informations recueillies, nous avons des motifs raisonnables de croire que de graves violations des droits de l’Homme et des crimes internationaux ont eu lieu au Venezuela au cours de manifestations, mais aussi via une répression politique ciblée et dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre. »

Elle assure également avoir de « bonnes raisons de penser que le président [ainsi que le ministre de l’Intérieur et celui de la Défense] ont ordonné ou contribué à commanditer les crimes avérés, [dont certains] tombent sous le coup de crimes contre l’humanité. »

Francisco Cox, enquêteur, affirme que la mission a « des raisons de penser que le président Nicolas Maduro a donné des ordres afin de cibler certaines personnes en particulier [et que] ces personnes ont été surveillées, écoutées, prises en filatures et, finalement, détenues de manière arbitraire… »

Le rapport souligne la participation directe d’officiers supérieurs de l’armée, des hauts dirigeants de la police et de l’ensemble du gouvernement, dans une politique d’État de réduction au silence des opposants politiques.

Des milliers d’exécutions extrajudiciaires et un recours systématique à la torture

Le rapport de 411 pages pointe les 5094 personnes tuées par les forces de l’ordre, depuis 2014, dans le cadre d’« exécutions extrajudiciaires », c’est-à-dire sans procès.

Marta Valiñas affirme :

« Ces exécutions ne peuvent pas être mises sur le compte d’un manque de discipline au sein des forces de l’ordre. Ces meurtres semblent entrer dans le cadre d’une politique d’élimination de membres indésirables de la société sous couvert du combat contre la criminalité. »

Dans une vidéo authentifiée par la mission d’enquête, on peut voir les agents des Forces Spéciales de la Police (FAES), créées en 2016, « encouragées à tuer les criminels sans compassion ».

Le rapport cite l’ancien directeur des services de renseignement du pays (SEBIN), Christopher Figuera, qui a déclaré « que le président Maduro décidait qui devait être torturé, qui devait rester en détention et qui pouvait être libéré ». Les viols, les passages à tabac, les chocs électriques, les simulacres d’exécution… avaient été érigés en méthodes d’interrogatoires.

Un fachisme latin d’extrême gauche

Ce rapport dénonce le fachisme du gouvernement vénézuélien qui s’inspire des pires dictatures d’extrême droite latino-américaine des années 1970. Ainsi, les colectivos, groupes de civils anonymes, sont chargés des basses œuvres du pouvoir.

Le bilan humain de la dictature de Maduro place désormais le Venezuela parmi les régimes les plus meurtriers d’Amérique latine de l’histoire moderne, au même niveau que la dictature chilienne du général Pinochet (3200 morts ou disparus entre 1973 et 1990) et largement devant le Paraguay (400 de 1954 à 1989), l’Uruguay (174 de 1973 à 1985) et le Brésil (140 de 1964 à 1985). Seul le terrible pouvoir argentin fait « mieux » avec 30 000 morts ou disparus entre 1976 et 1983.

Jean-Luc Mélenchon, le Maduro français

En septembre 2017, l’hebdomadaire L’Express titrait : « Jean-Luc Mélenchon veut faire comme Maduro ». Alors que l’opposition vénézuélienne avait déjà alerté le monde sur les violences caractérisées du régime chaviste et que depuis 2015 le président Maduro empêche l’Assemblée nationale élue de se rassembler, Jean-Luc Mélenchon rappelle son entier soutien à son ami Nicolas.

Le chef de file de La France Insoumise renouvellera ce soutien franc et massif en février 2019, considérant le dictateur comme président du Venezuela. Prenant à contre-pied le président de la République, Emmanuel Macron, lui qui venait de reconnaître Juan Guaido comme président en charge, le député LFI a aussi condamné les putschistes de l’opposition.

Au niveau international, Londres et Madrid ont également reconnu l’autorité de Juan Guaido, Nicolas Maduro ayant refusé de convoquer une nouvelle élection présidentielle.

Si Raymond Aron était encore de ce monde !

Il est à souhaiter que les instances de justice internationales soient saisies et que les dirigeants vénézuéliens soient poursuivis.

En France, l’aveuglement des intellectuels gaucho-communistes ne leur ayant pas permis de voir les 50 millions de victimes des régimes soviétiques, il est à craindre qu’ils ne s’intéressent guère aux milliers de morts du régime chaviste. La France est pleine de Jean-Paul Sartre et vide de Raymond Aron…

 

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