Plan post-Covid : le mensonge à coût fiscal nul

« En même temps » relance de la consommation et relance de l’offre, le plan à 100 milliards du gouvernement ne prévoit aucune baisse des dépenses publiques pour se financer. Ce plan sera donc financé par la dette qui n’est que de l’impôt différé.

Par Simone Wapler.

Pas de hausse d’impôts pour payer le plan de relance, répètent à l’envi Jean Castex et Bruno Le Maire. À moins de croire que l’argent tombe du ciel, il faudrait alors un plan d’économie d’ampleur similaire pour justifier de tels propos. Mais notre État obèse et impuissant ne prévoit aucun régime en ce qui le concerne. C’est le grand mensonge du « en même temps » : subventionner les consommateurs et « en même temps » les producteurs avec de l’argent public mais « en même temps » gratuit…

À moins, pensent certains naïfs, que le plan soit tellement miraculeux qu’il s’autofinancera : les recettes fiscales engendrées par le sursaut de notre activité économique paieraient les dépenses. Si l’expérience peut-être un guide, rappelons le plan de relance de 2008 à 26 milliards d’euros, a finalement coûté 34 milliards d’euros. À quelques départs en retraite près, il a été élaboré par les mêmes énarques. Est-il cependant possible que ce nouveau plan post-Covid – contrairement à tous ses prédécesseurs – s’autofinance au lieu de continuer à creuser le trou de la dette et à serrer l’étau fiscal ? Voyons cela…

Le côté « consommation » repose sur la croyance que la consommation enrichit. Cela revient à atteler la charrue avant les bœufs car vous ne pouvez acheter que ce que vous pouvez vous offrir ; autrement dit, la demande réelle n’existe que parce qu’il y a des revenus ; ces revenus eux-mêmes n’existent que parce que d’autres biens et services ont été déjà produits et vendus ; ces ventes ont donné lieu à des paiements de salaires ou de dividendes ; c’est ce processus antérieur qui donne du pouvoir d’achat. C’est la loi de Say, qui énonce que « l’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre ». Avant d’acheter plus, il faut produire plus. Cet aspect du plan ne produira aucune relance et que des dépenses. Ce qui nous amène au volet « offre » du plan post-Covid.

Dans le volet offre, nous voyons toujours en marche le mythe de l’État stratège et la négation de la démocratie du marché. Des fonctionnaires décideront avec de l’argent qui ne leur appartient pas d’investir dans des produits ou services qu’ils n’achèteront pas. Ce plan fleure bon le dirigisme et la planification : un commissaire au plan nous serait même prochainement donné en la personne de François Bayrou. Nul doute qu’il connaîtra un succès au moins égal à celui du ministre du Redressement productif incarné en son temps par Arnaud Montebourg. Le seul point positif de ce plan post-Covid est de mettre en lumière l’indispensable baisse de ces impôts dits de production. Mais, en l’absence de baisse des dépenses publiques, toute baisse d’un impôt est compensée par la hausse d’un autre.

La dette publique est un stock d’impôts

Comme tous ses prédécesseurs, ce énième plan échouera à produire de la vraie richesse et nous enfoncera un peu plus dans la dette. Le puits sans fond de la dette publique est ce qui reste de toutes les promesses de lendemains enchanteurs ciselés par les grands planificateurs.

Certains pensent que la dette publique n’a aucune importance. L’Allemagne ne vient-elle pas d’accepter enfin les eurobonds ? Les taux étant nuls, la dette est gratuite. Mieux encore : la dette pourrait être détruite par la Banque centrale. Le stock d’impôts pourrait donc se volatiliser. Ce sont aussi les mêmes qui pensent que le revenu universel est l’avenir des pays prospères et civilisés.

C’est oublier deux choses. En premier lieu, une partie de la dette est stockée sous forme d’épargne dans les assurances-vie des Français. L’annulation de la dette reviendrait donc à une confiscation de ce support d’épargne, soit un impôt de 100 %. En deuxième lieu, le remplacement de la dette par de l’argent frais sera inflationniste.

L’inflation est un impôt

Pour le moment, il n’y a pas d’inflation pour les biens de consommation produits à l’étranger mais nous la constatons sur l’immobilier depuis longtemps et probablement bientôt nous la verrons arriver sur les prix de l’électricité au fur et à mesure de la progression des énergies vertes bien plus coûteuses que l’électricité nucléaire. C’est ce qui s’est produit en Allemagne, c’est ce qui va se produire en France.

L’inflation est en réalité un impôt sur la consommation. Cet impôt profite à une seule entité : l’État qui prélève la TVA sur des rentrées artificiellement gonflées. C’est un impôt qui a le mérite (pour les autorités) d’être ni débattu ni voté. Ronger la dette par l’inflation revient donc à taxer tous les consommateurs.

Hélas, le mythe de l’argent gratuit a la peau dure. Il renait actuellement avec la Théorie monétaire moderne, nouvel habillage du chartalisme. Il revient aussi avec l’idée du « revenu universel ».

Ce plan post-Covid va échouer comme tous les autres. Alors nous reverrons une attaque d’un virus bien ancré en France, celui de la « rage de l’impôt », qui visera à faire payer les bêtises par ceux qui le peuvent encore et qui n’y sont pour rien.

Le « en même temps » n’existe pas, tout comme avoir le beurre et l’argent du beurre est impossible. La prospérité se passe de plans, de relances, de capitalisme d’État, de subventions, d’aides publiques, de manipulations monétaires. Elle n’a besoin que de prix honnêtes, de concurrence saine et d’impôts bien employés et non pas gaspillés.

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