Jean Castex, l’homme des « territoires » au secours de Jupiter

Espérons que notre nouveau Premier ministre « issu des territoires » modère le centrisme autoritaire macronien et introduise un peu de subsidiarité dans son logiciel de fonctionnement.

Par Frédéric Mas.

Certains se sont amusés de son accent, d’autres se sont scandalisés qu’on puisse s’amuser de son accent. Jean Castex n’est pas un technocrate comme les autres, c’est un « homme des territoires », attaché à la démocratie locale et au terrain, si on en croit ses promoteurs.

Derrière l’énarque, ancien conseiller à la Cour des comptes et désormais Premier ministre, il y a l’élu du Sud-Ouest au parcours atypique. La communication gouvernementale pour nous vendre le nouveau collaborateur d’Emmanuel Macron mise donc sur ses origines, comme pour faire oublier la « verticalité » du pouvoir bureaucratique, la morne uniformité de ses élites et son emprise à la fois tentaculaire et impuissante sur ces fameux « territoires ».

Derrière Jean Castex, le pouvoir central

C’est toujours le Premier ministre et le pouvoir politique parisien qui font la pluie et le beau temps dans le pays. Parler de « territoires », c’est admettre que la France se divise en deux, Paris et le reste.

Jean Castex a beau être élu local, comme le fut Édouard Philippe avant lui, ce n’est pas ce qui compte au sein des institutions de la Ve République. Structurellement, le déséquilibre en faveur de l’exécutif donne à la technocratie un poids bien supérieur à celui des élus dans la fabrique des décisions publiques1.

Pour gouverner, Emmanuel Macron s’est largement appuyé sur la haute fonction publique, quitte à négliger, voire à mépriser les élus, en particulier ceux des collectivités territoriales. Les élections municipales n’ont fait que confirmer cette coupure entre l’exécutif et les pouvoirs locaux.

Qu’il s’agisse de taxer, de réglementer la circulation sur les routes, de gérer la crise sanitaire, ou de la liberté d’expression, c’est toujours au pouvoir central de décider, quel qu’en soit le coût pour l’ensemble de la population, conformément à l’esprit des institutions voulues par le général de Gaulle.

Entre le Macron aux accents libéraux de la campagne présidentielle, et celui aux accents bonapartistes de sa pratique du pouvoir, on est passé, selon le bon mot d’Alain Madelin, du « laissez faire » au « laissez-moi faire2 ».

Jean Castex, Monsieur déconfinement

Jean Castex a fait ses preuves comme « Monsieur Déconfinement », au moment où la France a momentanément été absorbée par sa superstructure bureaucratique.

L’État d’urgence sanitaire a confié la conduite politique, économique et sociale du pays à ces experts autoproclamés, chargés de confiner et de nous déconfiner dans les moindres détails en sacrifiant nos libertés et notre prospérité.

Ce moment orwellien que nous sommes en train d’effacer de nos mémoires a visiblement été vécu par certains comme un triomphe méritant louanges et récompenses.

Aujourd’hui, Jean Castex ne semble pas plus attaché aux libertés que ses prédécesseurs. Ses propos inquiétants sur l’anonymat sur internet promettent la même tempérance que Laetitia Avia sur le sujet.

C’est pourtant de la vitalité de la société civile que sont nées les solutions de sortie de la crise sanitaire. Sans la vigueur de nos entreprises, l’ingéniosité des citoyens et l’endurance de nos commerces et des pouvoirs locaux, les décisions du pouvoir central seraient restées de l’ordre du flatus vocis.

Espérons tout de même que notre nouveau Premier ministre « issu des territoires » modère le centrisme autoritaire macronien et introduise un peu de subsidiarité dans son logiciel de fonctionnement.

  1. Philippe Raynaud, L’esprit de la Ve République, Perrin, 2017.
  2. Cité in Jean-Marc Daniel, La valse folle de Jupiter, L’archipel, 2018.
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