Jean Castex, l’homme des « territoires » au secours de Jupiter

Espérons que notre nouveau Premier ministre « issu des territoires » modère le centrisme autoritaire macronien et introduise un peu de subsidiarité dans son logiciel de fonctionnement.

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Jean Castex, l’homme des « territoires » au secours de Jupiter

Publié le 17 juillet 2020
- A +

Par Frédéric Mas.

Certains se sont amusés de son accent, d’autres se sont scandalisés qu’on puisse s’amuser de son accent. Jean Castex n’est pas un technocrate comme les autres, c’est un « homme des territoires », attaché à la démocratie locale et au terrain, si on en croit ses promoteurs.

Derrière l’énarque, ancien conseiller à la Cour des comptes et désormais Premier ministre, il y a l’élu du Sud-Ouest au parcours atypique. La communication gouvernementale pour nous vendre le nouveau collaborateur d’Emmanuel Macron mise donc sur ses origines, comme pour faire oublier la « verticalité » du pouvoir bureaucratique, la morne uniformité de ses élites et son emprise à la fois tentaculaire et impuissante sur ces fameux « territoires ».

Derrière Jean Castex, le pouvoir central

C’est toujours le Premier ministre et le pouvoir politique parisien qui font la pluie et le beau temps dans le pays. Parler de « territoires », c’est admettre que la France se divise en deux, Paris et le reste.

Jean Castex a beau être élu local, comme le fut Édouard Philippe avant lui, ce n’est pas ce qui compte au sein des institutions de la Ve République. Structurellement, le déséquilibre en faveur de l’exécutif donne à la technocratie un poids bien supérieur à celui des élus dans la fabrique des décisions publiques1.

Pour gouverner, Emmanuel Macron s’est largement appuyé sur la haute fonction publique, quitte à négliger, voire à mépriser les élus, en particulier ceux des collectivités territoriales. Les élections municipales n’ont fait que confirmer cette coupure entre l’exécutif et les pouvoirs locaux.

Qu’il s’agisse de taxer, de réglementer la circulation sur les routes, de gérer la crise sanitaire, ou de la liberté d’expression, c’est toujours au pouvoir central de décider, quel qu’en soit le coût pour l’ensemble de la population, conformément à l’esprit des institutions voulues par le général de Gaulle.

Entre le Macron aux accents libéraux de la campagne présidentielle, et celui aux accents bonapartistes de sa pratique du pouvoir, on est passé, selon le bon mot d’Alain Madelin, du « laissez faire » au « laissez-moi faire2 ».

Jean Castex, Monsieur déconfinement

Jean Castex a fait ses preuves comme « Monsieur Déconfinement », au moment où la France a momentanément été absorbée par sa superstructure bureaucratique.

L’État d’urgence sanitaire a confié la conduite politique, économique et sociale du pays à ces experts autoproclamés, chargés de confiner et de nous déconfiner dans les moindres détails en sacrifiant nos libertés et notre prospérité.

Ce moment orwellien que nous sommes en train d’effacer de nos mémoires a visiblement été vécu par certains comme un triomphe méritant louanges et récompenses.

Aujourd’hui, Jean Castex ne semble pas plus attaché aux libertés que ses prédécesseurs. Ses propos inquiétants sur l’anonymat sur internet promettent la même tempérance que Laetitia Avia sur le sujet.

C’est pourtant de la vitalité de la société civile que sont nées les solutions de sortie de la crise sanitaire. Sans la vigueur de nos entreprises, l’ingéniosité des citoyens et l’endurance de nos commerces et des pouvoirs locaux, les décisions du pouvoir central seraient restées de l’ordre du flatus vocis.

Espérons tout de même que notre nouveau Premier ministre « issu des territoires » modère le centrisme autoritaire macronien et introduise un peu de subsidiarité dans son logiciel de fonctionnement.

  1. Philippe Raynaud, L’esprit de la Ve République, Perrin, 2017.
  2. Cité in Jean-Marc Daniel, La valse folle de Jupiter, L’archipel, 2018.
Voir les commentaires (18)

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Créer un compte Tous les commentaires (18)
  • Quand on met en avant ses origines plutôt que ses réalisations, on ne vaut pas grand chose.

      • Pour le lecteur qui a mis le -1, il suffit de regarder les interviews de D-M et le discours qu’il a fait lors de la passation. Il se définit comme « ministre de sang-mêlé ». Qui cela peut bien intéresser qu’il ait des origines italiennes? Comme si c’était le premier ou le dernier français qui avait des origines italiennes.
        Alors Dupond-Moretti a des très bon côtés (attachement à la séparation des pouvoirs jusqu’à preuve du contraire, respect des procédures judiciaires…) mais aussi des côtés plus inquiétants (victimisation, volonté d’interdire un parti politique…).

    • C’est comme moi: parti de rien, je ne suis arrivé à rien.
      Alors je traîne sur CP.

  • Cet énarque parfaitement inconnu fera comme tout les énarques: RIEN !

    • Si seulement! Mais il fera, comme tous les énarques, il agira à la façon de tous les énarques, en produisant des règlements, des lois, et des taxes.

  • Ce n’est pas lui qui a parlé de vichy ?
    T’ as le look coco, un superbe ministre du maréchal.. Dans les films, j’ai pas connu trop jeune.. Mais quand même il me fait penser aux rond de cuir de l’époque.. Il travaille pour la France, c’est la guerre, collabo va.. Rase les murs avant qu’on ne te rase gratis.

    • Si je peux me permettre, de quel département, d’ où est-ce que vous écrivez vos commentaires? J’ ai cru comprendre qu’ on était voisin, peut-être!
      Bon, il a la gueule de l’ emploi, c’ est sûr, mais il fait moins petite gouape que son chef et ses sbires.

  • Tout changer pour ne rien changer. Enfin, tout… Une petite poignée de ministres en fait.
    Le pire est le mensonge: entendre Castex, lors de la passation des pouvoirs, affirmer qu’à la fin de l’année dernière, « la France avait l’un des taux de croissance les plus élevés d’Europe » est insupportable. Mais le bon peuple ne voit rien parce qu’il ne sait rien, qu’il ne vérifie rien.
    Avec 1,3 % de croissance la France faisait partie des derniers de la classe.
    Et il faudrait faire confiance à cet individu? Qui, de plus, veut supprimer l’anonymat sur internet au prétexte que ça lui rappelle Vichy?
    Se rend-il compte que lui, nous rappelle Goebbels (plus c’est gros, plus ça passe…)?

  • Jean Castex ne semble pas plus attaché aux libertés que ses prédécesseurs. Ses propos inquiétants sur l’anonymat sur internet… »
    Ce type est un crétin! Le premier ministre Castex vient de dire que l’anonymat c’est Vichy… or ce qui a permis la résistance, c’est justement les pseudos, les fausses identités et l’anonymat. Comme l’écrit Charles Sannat ici : https://insolentiae.com/controle-des-reseaux-sociaux-le-castex-chinois-qui-part-bien-mal/

    • L’anonymat protège la liberté, et protège aussi la lâcheté.
      Méfions nous des réflexes trop simplistes.

      • Le relativisme peut avoir des conséquences malsaines, en particulier liberticides. La lâcheté fait partie de la nature humaine et ce n’est pas parce que les noms sur internet des intervenants sera visible que cela changera la nature des choses.
        Ensuite Castex fait semblant de ne pas savoir que pour l’État, l’anonymat n’existe pas sur internet. Un propos raciste ou une menace de mort proférée sur un forum et la police débarque chez vous dans la journée. Heureusement.

        • … sauf quand on a demandé à la police de ne pas faire de vagues, cf. affaire Mila (ou 2 « victimes de la société » ont quand-même fini par être identifiées, soyons honnête)…

  • Comme « on » nous la expliqué dès le début, nous sommes en guerre !

    Suite aux brillants débuts de la guerre 14, l’état a « limogé » 162 généraux ou colonels.

    Macron s’est contenté de « havriser » Philippe et de le remplacer … par lui même.

    • « Nous » sommes en guerre…
      Il fallait comprendre « nous, la super classe, les oligarques » sommes en guerre. Contre les peuples. Et ce n’est pas d’hier, bien que l’histoire s’accélère salement.
      Car la super classe a eu peur, avec l’épisode gilets jaunes, de la coalition de la classe moyenne contre leur système anti démocratique.

  • il ne va rien modérer du tout le sieur castex ; il va obéir à son têtu et intraitable maître comme un bon toutou ;

  • Ressouder la France en parlant de Vichy : nous aurait-on caché qu’il y a une zone « nono » qui va bientôt devenir partie intégrante de la zone occupée ? Est-il vrai que les FFI devront porter un gilet jaune ? Et où sont les Forces Françaises Libres ? Et CdG ?

  • Les commentaires sont fermés.

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