Masques obligatoires (presque) partout, ou comment rendre Paris invivable

Prendre les mesures les plus restrictives d’Europe en matière de libertés individuelles au nom du Bien Public Sanitaire risque fort de démoraliser nos concitoyens et d’approfondir la récession.

Par Frédéric Mas.

Depuis ce matin, le masque est obligatoire à Paris, comme dans tous les départements de la petite couronne. Le maire de Paris, Anne Hidalgo, s’en était faite l’avocate dès le début du mois d’août, et en concertation avec le préfet, voilà la mesure prise.

Mais ce n’est pas tout. Pour conjurer le retour du virus et le risque de pandémie qui paralyse nos concitoyens, il est probable que la capitale règle son pas sur celui de Marseille, qui a restreint les horaires des bars et des restaurants à 23 heures maximum. La guerre contre le virus demande des mesures exceptionnelles, des restrictions aux libertés individuelles et bien sûr, pour couronner le tout, un couvre-feu. Endiguer la circulation active du virus est à ce prix, nous dit-on.

Il y a eu comme un flottement dans ce nouveau geste autoritaire de l’administration. Les vélos et autres deux roues seront-ils logés à la même enseigne que les piétons ? Faudra-t-il un masque pour chevaucher son vélib ? Après tout, il y a quelques mois, au moment du déconfinement, les pouvoirs publics nous avaient survendu les vélos comme une manière efficace de pratiquer les distanciations sociales.

Le vélo comme véhicule de distanciation sociale

C’est d’ailleurs ce qui a justifié à l’époque une rallonge de quelques dizaines de millions d’euros d’argent public pour inciter nos concitoyens à préférer la petite reine à la voiture. Les temps changent, et dans un premier temps le préfet devenu médecin s’est fait inflexible. Il faudra désormais pratiquer les distanciations sociales sur sa bécane avec le masque, même s’il coupe la respiration et gêne la vision. Il faudra suffoquer pour être écocitoyen.

Les automobilistes ne seront plus les seuls en ville à subir les tracasseries ordinaires des pouvoirs publics pour transformer ce qui jusqu’alors était un plaisir en activité invivable. Eh puis rétropédalage ce matin, une heure à peine après la mise en place du dispositif. Finalement, les deux roues pourront éviter le masque, ainsi que les joggueurs. Ouf, les administrations se coordonnent un peu entre elles.

À Bruxelles, le port du masque obligatoire pour les vélos et les scooters avait déjà suscité des protestations, et des mesures d’assouplissement de la part des autorités. Le Préfet de Paris n’en avait visiblement pas entendu parler, ou il a découvert l’existence de la capitale belge ce matin dans une note qu’on lui a transmise.

Les cyclistes et les hipsters à trottinette éviteront les vexations du masque, mais le reste des Parisiens ? Imaginez, des milliers de jeunes actifs et étudiants qui s’entassent dans des logements minuscules, chers et de médiocre qualité vont devoir s’entasser dans des transports en commun bondés et mal aérés pour rejoindre leurs universités ou leurs boites.

Les moments où ils pourront respirer à l’air libre seront rares, suffisamment rares pour rendre la vie des plus précaires et des plus vulnérables invivables. Heureusement, il y a encore les cafés et les restaurants. Enfin, jusqu’à l’extinction des feux à 23 heures, si le pire des scénarios se réalise.

Rassurer la population

L’interdiction des masques en extérieur est avant tout une mesure politique visant à rassurer une population paralysée par la peur distillée par les autorités.

Si le port du masque en intérieur trouve des justifications dans la littérature scientifique, le faire en extérieur n’a qu’un seul but, rassurer les esprits les plus craintifs, au détriment de la vie quotidienne des citoyens ordinaires. Paris s’est déjà vidé de ses touristes, et le choc économique à venir risque d’être extrêmement sérieux.

Prendre les mesures les plus restrictives d’Europe en matière de libertés individuelles au nom du Bien Public Sanitaire risque fort de démoraliser nos concitoyens et d’approfondir la récession.

L’attractivité de Paris, déjà mise à mal par sa saleté et les précédents épisodes de désordre que furent les grèves et le mouvement des Gilets jaunes, risque d’en prendre un coup. Si au lieu de miser sur le paternalisme administratif à tous les étages, on laissait les citoyens français se comporter en adulte et prendre leurs responsabilités en matière de santé ?

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