Fumeurs et covid, encore des prétextes d’interdiction

Photo by Yao Hu on Unsplash — Yao Hu, CC-BY

Sommes-nous confrontés à de la surenchère politique ? Si la Covid-19 devient prétexte à des limitations de liberté pour une partie de la population au nom d’un bien commun, ici des fumeurs, que nous réserve l’avenir ?

Par Christophe de Brouwer.

La Galicie a pris dernièrement la décision d’interdire de fumer dans les rues trop fréquentées, aux terrasses de café et autres lieux extérieurs où les personnes sont en nombre. En soi, ce pourrait être une mesure de santé publique, radicale et exagérée certes, mais qui pourrait se défendre eu égard aux dangers de cette addiction.

Cependant cette décision ne se base pas sur ces dangers, mais sur un risque de transmission du virus.

Nous entrons dans une toute autre dimension.

La raison invoquée semble double : d’une part empêcher le retrait du masque pour cette activité et d’autre part éviter qu’un porteur sain et fumeur puisse contaminer d’autres personnes.

La santé publique a bon dos. Et nos libertés ont bien mal.

Attention, je ne plaide pas pour l’habitude tabagique qui tue beaucoup, beaucoup trop. Bien au contraire, nous devons lutter sans relâche contre ce fléau, mais faisons-le intelligemment.

Comme toute prohibition, et celle de l’alcool aux États-Unis en a été une démonstration dramatique, de telles mesures aboutissent souvent au contraire de ce qu’elles prétendent et aggravent le problème de santé publique.

Sauf à en faire des martyrs ou des héros, les fumeurs ne vont pas nécessairement réduire leur consommation avec de telles mesures, mais plutôt modifier leurs comportements, et potentiellement aggraver leur propre exposition et celle de leurs proches, dont les enfants, en fumant à domicile.

N’oublions pas que si le nombre de fumeurs est en diminution, et c’est heureux, par contre l’âge de la première cigarette s’abaisse constamment, ce qui est inquiétant. Et compte tenu de la propension des jeunes à contester l’autorité, une telle mesure ne va sans doute pas améliorer leur réaction à l’interdit.

Nous devons donc avancer dans le domaine de la prévention de la dépendance tabagique avec précaution et ténacité, et ne pas mélanger les genres.

Examinons cela.

Grosso modo, pour une personne dont le décès est attribué à la Covid-19, dix le seront à cause de leur tabagisme actif et une au tabagisme passif.

Le fumeur court davantage de risque d’être atteint par la Covid-19, ce qui est bien différent qu’être testé positif. Une récente étude (review) estime à 1,5 l’augmentation du risque, mais cela reste cependant un facteur mineur.

En termes de co-morbidités, le tabagisme n’est pas le seul, ni le plus important : obésité, âge, sexe, hypertension artérielle et autres pathologies du système cardio-vasculaire, diabète, déficit immunitaire, entre autres, pèsent sur la gravité de la maladie.

Les fumeurs ne semblent pas émettre davantage de micro-goutelettes que les non- fumeurs sauf s’ils toussent davantage : « Souffler de la fumée de cigarette n’est probablement pas différent d’une expiration normale. Le risque d’infection est donc le même que celui d’un non-fumeur. Toutefois, les fumeurs peuvent tousser davantage que les non-fumeurs. » (Institut néerlandais de Santé publique)

Tousser dans un masque, une fois, deux fois, passe encore, mais trois fois ? Sans compter que le masque perd alors sa fonction protectrice.

On a compris, tout cela n’a pas beaucoup de sens et peut provoquer une réaction inverse à celle souhaitée.

Et nous savons que devant l’obligation de changements radicaux de comportements sociaux et face aux réalités quotidiennes, l’adhésion de l’opinion publique peut se modifier considérablement. Plusieurs exemples nous le rappellent.

Une récente étude d’opinion de l’Université de Gand sur la motivation (vrijwillige motivatie) à porter un masque semble l’indiquer. Elle est en chute libre depuis les nouvelles mesures du port obligatoire de masque dans plusieurs villes de Belgique, alors qu’elle était bien présente au démarrage des préconisations des mesures barrières.

Mais lorsque cette population est confrontée à la réalité quotidienne de l’obligation, accompagnée de sanctions pour les réfractaires, avec le facteur aggravant de la chaleur estivale, et sans résultat palpable, manifestement cela passe beaucoup moins bien. Il en va sans doute de même en France et en Espagne.

Évolution de la motivation volontaire durant la crise covid-19.
Masque / 1,5 mètre / contacts sociaux.

Cette même étude montre que la motivation pour les gestes barrières est tombée à 35 % de la population sondée, alors qu’elle était d’environ 80 % en Belgique, comme en France ou en Espagne, il y a quelques semaines.

Les raisons scientifiques manquent cruellement pour justifier le port du masque partout et tout le temps, en France ou en Belgique, et ailleurs.

Il faut chercher d’autres raisons à cela.

Nous faisons donc face à des décisions politiques qui heurtent profondément les populations, lesquelles par ailleurs obtempèrent bon gré mal gré.

Alors que penser de la décision de l’Autorité de Galicie concernant l’interdiction de fumer dans les quartiers fréquentés de ses villes à cause de cette épidémie ?

Cela suscite des interrogations. Sommes-nous confrontés à de la surenchère politique ? Si la Covid-19 devient le prétexte à des limitations de liberté pour une partie de la population au nom d’un bien commun, sur des fondements politiques et non scientifiques, en l’occurrence ici des fumeurs, que nous réserve l’avenir ?

Nous dirigeons-nous vers d’autres restrictions de liberté pour des catégories de la population souffrant d’autres co-morbidités ? les diabétiques, les personnes âgées, les obèses, les cardiaques, les immuno-déprimés, etc. ?

Ces questions deviennent légitimes à la suite de ce genre de décisions politiques.

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