Reconfinement : quand faire peur aux citoyens nuit à l’économie

Photo by Chris Montgomery on Unsplash - https://unsplash.com/photos/smgTvepind4 — Chris Montgomery,

Outre la menace sanitaire, c’est désormais la menace politique qui plane, le gouvernement ayant clairement évoqué la perspective d’un reconfinement.

Par Jonathan Frickert.

Alors que le Conseil scientifique a évoqué ces derniers jours un risque de plus en plus fort de seconde vague et que l’épidémie de Covid-19 semble reprendre du poil de la bête, l’ancien monsieur Déconfinement devenu Premier ministre Jean Castex multiplie les déplacements avec l’objectif affiché d’inciter les Français à respecter les mesures barrières.

Outre la menace sanitaire, c’est désormais la menace politique qui plane, le gouvernement ayant clairement évoqué la perspective d’un nouveau confinement dans l’espoir de faire accepter les mesures barrières.

Cette menace risque toutefois de créer un effet boomerang en provoquant une incertitude des investisseurs et donc avoir des conséquences économiques désastreuses.

La menace du reconfinement

« Nous ne devons pas baisser la garde », a rappelé ce lundi Jean Castex lors d’un déplacement à Lille. Si le nombre de patients en réanimation périclitait depuis la fin du mois d’avril, il semble être reparti à la hausse depuis quelques jours.

Un constat sur lequel le Conseil scientifique tire la sonnette d’alarme, évoquant la « haute probabilité » de voir advenir une seconde vague pour début 2021 voire même la fin de l’année. Un constat dont le Premier ministre a bien pris note, évoquant toutefois un nouveau confinement généralisé en cas de hausse trop importante du nombre de cas.

La situation a amené certaines municipalités partout en France à imposer le port du masque dans certains lieux publics ouverts, de Lille à Nice en passant par Orléans.

Des arrêtés localisés qui correspondent à la méthode désormais privilégiée par les autorités, conscientes de l’objectif de penser de manière locale, mais également à la structure de l’épidémie dans l’Hexagone, où plusieurs clusters sont détectés un peu partout dans le pays.

Face à cette situation, le gouvernement envisagerait quatre scénarios, allant du maintien du dispositif actuel de traçage au reconfinement généralisé en passant par des reconfinements locaux et des mesures renforcées de contrôle.

Si l’idée d’un reconfinement total est pour l’instant écartée aussi bien par les médecins que par le gouvernement lui-même, une telle perspective est loin d’être réjouissante, en particulier quand on connaît l’impact du premier confinement.

Un premier confinement dévastateur

L’objectif du gouvernement semble être clair : brandir la menace du reconfinement afin de contraindre les récalcitrants à accepter les gestes barrières et en particulier le port du masque.

Une menace techniquement dissuasive quand on connaît les effets du premier – et espérons seul – confinement national, en particulier sur la santé psychologique des plus modestes, comme en témoigne une étude du centre de recherche LifeStyle de l’EM Lyon parue il y a quelques jours.

Mais c’est surtout l’impact économique de telles restrictions des libertés publiques qui interroge, car de son côté, l’Insee constate que malgré une large reprise à compter du déconfinement, mi-mai, le PIB aurait reculé de 14 % au deuxième trimestre pour une récession de 11 % prévue sur l’ensemble de l’année, là où la Banque de France estime qu’il nous faudra près de deux années pour retrouver notre croissance habituelle.

Un constat qui n’est pas sans rappeler le krach boursier de ce début d’année, déjà provoqué par la crainte qu’inspirait la crise sanitaire.

Ajouter de l’incertitude à l’incertitude

Revivre un tel épisode est donc peu réjouissant et provoque naturellement la crainte de tous. Une crainte qui se traduit par une paralysie dans les actions de certains, et notamment des acteurs économiques.

La clef d’une économie prospère est la confiance. Il s’agit là de la raison pour laquelle les libéraux estiment que l’efficacité économique repose notamment sur la sécurité juridique, avec des droits de propriété et des contrats respectés.

La peur est un des principaux moteurs d’instabilité et donc de crises. Éric Dalannoy, président d’un cabinet de conseil stratégie et transformation managériale, note ainsi que la crise sanitaire emporte avec elle peur et incertitude.

Une incertitude qu’il faut distinguer du risque, car elle est un puissant élément de blocage. Le risque est un moteur de décision. L’incertitude est un brouillard qui empêche d’avancer, mais peut rapidement se muer en panique et donc en effondrement économique comme on a pu le voir dans les grandes crises économiques de ces dernières décennies.

S’il existe des incertitudes naturelles, telles que la volatilité de certains indicateurs comme les taux d’intérêt, le travail de l’État est de ne pas créer de nouvelles incertitudes en laissant planer la perspective de mesures dont on ne sait pas si elles interviendront. Le cas typique étant celui d’un État où un coup d’État est perpétré tous les quatre matins avec, à chaque fois, un changement radical de politique.

Toutes proportions gardées, la menace du reconfinement et donc de freinage de l’économie, ne constitue rien de moins qu’un exemple d’incertitude provoquée unilatéralement par la structure étatique alors que l’économie n’avait pas besoin de cela.

Le danger du reconfinement

Le cas français est particulier. Là où la logique exigerait un État rassurant pour des citoyens responsabilisés, l’État français se charge de menacer des citoyens infantilisés.

L’État français est connu pour la succession de ses crises, notamment sociales. Des crises qui s’accélèrent depuis 2017. L’instabilité provoquée par la menace d’un ralentissement de l’économie provoqué par un reconfinement modéré voire un arrêt pur et simple de la machine dans un reconfinement pur et simple est un danger que semble largement sous-estimer l’exécutif.

La seule façon d’en finir avec la paralysie économique est de sortir de la psychose en renvoyant l’État à sa fonction de sécurisation.

Une clef qui nous permettra peut-être de mieux anticiper et d’alléger le fardeau de la crise à venir.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.