Risque = incertitude

Nous ne connaissons pas le futur. C’est un fait. Mais une chose que nous pouvons faire c’est prévoir les états possibles du futur.

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Risque = incertitude

Publié le 29 mai 2013
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Nous ne connaissons pas le futur. C’est un fait. Mais une chose que nous pouvons faire c’est prévoir les états possibles du futur.

Par Guillaume Nicoulaud.

Nous disposons d’un modèle qui prédit que demain, le soleil se lèvera à l’est et se couchera à l’ouest. Il y a deux manières de concevoir ce modèle. La première, la méthode empirique, consiste à réaliser un très grand nombre d’observations et à en induire une loi : en l’espèce, le soleil s’est levé à l’est et couché à l’ouest dans 100% des observations ; d’où notre modèle. Une autre manière de procéder consiste à comprendre la mécanique céleste. De fil en aiguille, on comprend que c’est la terre qui tourne autour du soleil et que ce phénomène s’explique par la rotation de notre planète sur elle-même. De là, on en déduit que, parce que la terre tourne vers l’est, le soleil se lèvera demain à l’est et se couchera à l’ouest.

Quelle que soit la méthode utilisée, notre modèle de prévision va fonctionner. Pourtant, il existe une situation dans laquelle ces deux approches sont radicalement différentes dans leur capacité à prédire le futur : le black swan ; et si, pour une fois, le soleil se levait à l’ouest et se couchait à l’est ?

Du point de vue du positivisme logique, le modèle empirique est validé par l’expérience ; c’est-à-dire que le black swan n’est pas un état possible du futur ou, du moins, il n’est pas envisagé par le modèle de prédiction. Plus prudent, Karl Popper estimera que le modèle n’est pas validé mais non-réfuté jusqu’à preuve du contraire ; mais en pratique, les utilisateurs du modèle attendront d’observer un black swan pour intégrer cette possibilité au modèle de prédiction.

En revanche, le modèle déductif intègre – au moins implicitement – la possibilité d’un black swan. Il existe un état possible du monde dans lequel le soleil se lève à l’ouest et se couche à l’est : c’est ce qui arriverait si la terre se mettait à tourner dans l’autre sens. C’est-à-dire que l’équipe chargée de faire tourner le modèle peut intégrer dans ses calculs un ou plusieurs scénarios dans lesquels, suite à un événement extrêmement improbable et jamais observé, la terre se met à tourner vers l’ouest. Bien sûr, ils peuvent oublier d’envisager un certain nombre de scénarios mais au moins, le modèle intègre la possibilité d’un black swan.

Ce n’est pas parce qu’un emprunteur n’a jamais fait défaut qu’il ne peut pas faire défaut. Même si vous considérez l’emprunteur le plus financièrement solide au monde, il existe toujours, quelque part dans l’univers des possibles, un ou plusieurs cas où il ne vous remboursera pas – ou, du moins, pas intégralement. De ce point de vue, Nassim Taleb a nécessairement raison. Tout nos modèles empiriques, quel que soit leur degré de sophistication, ne sont que des approximations fondées sur la même hypothèse : le futur ressemblera, éventuellement à quelques écart-types près, au passé.

Mais cela ne signifie pas, à mon sens, que la prédiction soit impossible pour peu que par prédiction on cesse d’entendre la description d’un scénario unique, une prédiction de la Pythie. Nous ne connaissons pas le futur. C’est un fait. Mais une chose que nous pouvons faire c’est prévoir les états possibles du futur – i.e. une liste de scénarios – et leur associer des probabilités de réalisation. Bien sûr, nous risquons d’oublier des scénarios et nos probabilités ex-ante ne seront jamais que des estimations mais, ne serait-ce qu’en intégrant la possibilité d’un black swan, ils sont sans doute supérieurs aux modèles empiriques.

Un de ces scénarios, c’est le crash test. C’est un black swan a priori : peu importe qu’il soit probable ou non, il suffit qu’il entre, par un moyen ou un autre, dans l’univers des possibles. Le crash test, finalement, ce n’est rien d’autre que ce que font la plupart des entrepreneurs ; c’est le « raisonnement en perte acceptable », le deuxième principe de l’effectuation [1]. La seule chose dont vous puissiez être certain c’est qu’il appartient au champ des possibles que sa probabilité d’occurrence – peu importe les statistiques historiques – n’est pas nulle.

Le risque probabilisable au sens empirique du terme n’est qu’une vue de l’esprit, une béquille à laquelle nous nous raccrochons alors même que toute notre expérience nous démontre qu’elle est, pour l’essentiel, inopérante. C’est la Théorie Moderne du Portefeuille de Markowitz : elle fonctionne sauf quand vous en avez vraiment besoin. Là où Frank Knight (Risk, Uncertainty, and Profit, 1921) distinguait risque et incertitude, je ne vois qu’une chimère et une réalité concrète : peu importe que vous soyez entrepreneur ou trader à haute fréquence, le risque c’est l’incertitude et l’incertitude c’est le risque.


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Note :

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  • De Guillaume d’Ockham on connaît le principe d’économie (dit le Rasoir d’Ockham), mais on ignore l’autre principe (en fait le premier), dit d’Omnipotence, selon lequel Dieu du fait de sa toute-puissance, aurait pu créer les choses autrement. Si comme Spinoza l’on dit Dieu ou la Nature (deus siue natura), la question de cette toute-puissance reste d’actualité.
     » Aucun être A n’implique en soi l’existence nécessaire de B. On peut uniquement affirmer que B suit A régulièrement et naturellement (par exemple la fumée après le feu).
    Le monde créé apparaît ainsi pour l’homme comme un enchaînements de faits contingents. Ce ne sont pas des fondements a priori qui rendent sa chose possible, mais l’expérience et l’étude de ce qui arrive et qui se produit concrètement. » Atlas de la Philosophie, Peter Kunzmann, Franz-Peter Burkard et Franz Wiedmann.

  • « Même si vous considérez l’emprunteur le plus financièrement solide au monde, il existe toujours, quelque part dans l’univers des possibles, un ou plusieurs cas où il ne vous remboursera pas – ou, du moins, pas intégralement. De ce point de vue, Nassim Taleb a nécessairement raison. »

    Ceci est connu depuis longtemps par tous les statisticiens, mathématiciens ou physiciens dignes de ce nom. Il y a toujours des évènements possibles hautement improbables. Cela ne change pas le fait que vous ne pouvez rien faire ou pas grand chose d’efficace si vous intégrez des évènements hautement improbables ou alors à un prix rédhibitoire, si tant est que vous êtes capable de les lister et d’en évaluer la probabilité. Prenons l’exemple des digues sensées protégées contre les crues. Pour reprendre votre logique : on a jamais vu monter les eaux d’un fleuve jusqu’à 100M de haut (modèle empirique) mais cela ne veut pas dire que cet évènement est totalement impossible (modèle déductif). Une digue de 10M de haut sera dès lors totalement inefficace contre ce genre d’évènements. faut-il alors construire des digues de 100m, 500M 1000M de haut pour pallier ce genre d’évènements hautement improbables?

  • La loi impose que les Etats sont les emprunteurs financièrement les plus solides au monde. Ainsi, dans les mesures du risque bancaire (ratios de solvabilité, stress tests), les créances publiques sont affectées d’un risque nul (elles ne sont pas prises en compte dans le calcul du risque).

    Pourtant, l’Etat est le pire emprunteur qui soit, pour trois raisons :
    – la répression financière, arme favorite des Etats obèses, perd toute efficacité en cas de grève ou de révolte fiscale ;
    – chaque décennie de l’histoire économique connue a enregistré au moins une faillite publique ;
    – les dirigeants de l’Etat ne risquent rien car l’Etat ne fait pas vraiment « faillite » mais « défaut ».

    Qu’est-ce que cela signifie en pratique ? Le défaut public n’est pas un risque mais une certitude. Les dirigeants de l’Etat, la caste des politiciens, hauts fonctionnaires et autres minables tyrans, décident toujours volontairement de faire défaut. Malgré leurs discours mensongers dénonçant les vilains spéculateurs et les méchants marchés, le défaut n’est jamais subi. Ces dirigeants, ne supportent aucune des conséquences qui affectent généralement les débiteurs indélicats (prison, bannissement financier…) Après le défaut, ils sont toujours là. Pire, dans de nombreuses situations et parce qu’ils sont irresponsables légaux, ils ont intérêt à provoquer le défaut de l’Etat pour se maintenir au pouvoir. Bref, l’inéluctable défaut public n’est rien d’autre qu’une immense fraude légalisée fondée sur un abus de pouvoir manifeste.

    L’Etat est l’emprunteur financièrement le moins fiable qu’on puisse imaginer. Les notations des agences du même nom sont une vaste plaisanterie pour investisseurs crédules. La seule note valable pour les dettes publiques est « ultra spéculatif » avec « risque maximal de perte », quel que soit l’Etat considéré. Nos banques et assurances étant gorgées jusqu’à la gueule de dettes publiques, l’avenir économique de nos pays sera selon toute probabilité, sinon sombre, du moins extrêmement périlleux et chaotique. En prétextant apporter la sécurité, les Etats obèses hyperendettés génèrent en réalité la plus grande incertitude, le plus grand risque de toute l’histoire économique. Au bout du chemin, nous aurons l’insécurité ET les dettes.

    Pour sortir de cette impasse suicidaire, tôt ou tard, il conviendra d’interdire les dettes publiques, toutes les dettes publiques, sans aucune exception.

  • Risque = volatilité et comme la volatilité est une fonction du temps, risque = incertitude 🙂

  • « le risque c’est l’incertitude et l’incertitude c’est le risque. »

    Au contraire, les deux notions doivent et peuvent dans une très large être évaluées séparément afin de pouvoir survivre dans un milieu où le risque zéro n’existe pas plus que la certitude absolue. Les deux se combinent, se convolent mathématiquement, pour déterminer la limite de ruine à une probabilité donnée. En mélangeant les deux, on ne sait plus où est cette limite, et on se montrera soit trop téméraire, soit trop prudent. Et comme la ruine est généralement définitive et empêche de faire des statistiques sur l’expérience, on ne saura jamais si on n’est pas un miraculé quand on survit, ou la victime d’une malchance insigne si l’on reçoit la météorite sur la tête.

    D’une certaine manière, Taleb en sentant le vent du boulet a théorisé de bonnes raisons de gagner sa vie en écrivant des bouquins plutôt que de trader. Mais on ne peut pas tous écrire des bouquins plutôt que de construire des ponts, des véhicules, de monter des entreprises, etc. Je crois d’ailleurs que comme ça n’est pas un imbécile, c’est de cela que parle son dernier bouquin, antifragile, que je n’ai pas encore eu le temps de lire. Et à mon avis, pour retourner un système fragile en antifragile, rien ne vaut la maîtrise de la distinction entre risque et incertitude…

  • le futur nous a *toujours* réservé des surprises et nous a donné tort bien des fois.

  • Il existe également une approche similaire au Black Swan basée sur des résonances divergentes : des vagues anodines qui rentrent en résonance pour former une vague gigantesque appelée vague scélérate. Quelques schémas évocateurs :
    http://www.mentalpilote.com/le-pilote-et-la-vague-scelerate/

    • En effet, toutefois la résonance serait une « respiration » pas vraiment divergente mais gouvernée par l’équation de Schrödinger, qui ne s’initierait que dans certaines conditions. Pour le moment et quoi qu’en disent les médias, il n’a pas été possible d’observer si ces conditions se réunissent dans la nature, et les vagues scélérates ne sont pas plus fréquentes que ce qu’indique la théorie standard aux probabilités d’occurrence jusqu’à 1/1000e annuelle, ce seraient plutôt les observateurs qui sous-estiment le risque d’extrêmes « normales ».
      http://www.atma.asso.fr/dyn/memoires/memoire_18.pdf

      • il est étrange que des habitués aux risques comptent autant sur la régularité du normal.
        Les « ordres mathématiques » ont en cela quelque chose de diabolique et d’inhumain.

  • Il faut également considérer le niveau de connaissance de l’humanité à l’instant T. Jusqu’en 1995 une vague ne pouvait dépasser 7 m de hauteur, (une vague générée par le vent, pas un tsunami) selon nos grands experts. Je m’en suis pris une de 15 m en 1969 et j’ai failli y rester. Grace aux satellites on s’est rendu compte 1) que la surface de l’océan était faite de vallées et de montagnes 2) que la vague gigantesque existait et que les témoins survivants n’étaient pas des hurluberlus 3) que même y’en avait de 30m ! Ce qui fait que les modèles pour les décisions sont faux et dans ce cas, les bateaux sont construits pour des vagues de 7m, après aléa jacta est et bon vent.

    • Marrant, je n’avais pas lu les commentaires au-dessus sur les vagues scélérates. D’après ce que j’ai entendu dans le milieu marin, ce serait une superposition de vagues maxi, c’est à dire 7 m (7/15/30) – La 30 expliquerait la disparition corps et biens d’énormes navires. On connait un survivant d’une vague de 30 m, un pêcheur canadien qui s’est retrouvé en pleine forêt, avec son bateau, autrement c’est pas drôle.

      • C’est ce qu’on appelle être né à l’instant T sous une bonne étoile ! C’est ce qui permet de relativiser, même dans la force et la bêtise , ce qui revient parfois sans doute au même. Et puis les révolutions du peuple démocratiques pacifiques qui n’ont pas d’ armes ou presque, c’est pas si dramatique que ça pour des militaires ! il suffit de choisir son camp ! Non ?
        Bon , je voulais être drôle, c’est raté !!! keep cool, dont wory, be happy ! ça va mieux se passer.

    • « Jusqu’en 1995 une vague ne pouvait dépasser 7 m de hauteur »

      Le problème n’est pas l’incertitude, il est le refus d’écouter les experts, la recherche du sensationnel, et l’aveuglement volontaire. La vague de 112 pieds mesurée par l’USS Ramapo en 1933 n’a jamais été contestée par les scientifiques, et les plates-formes de mer du Nord ont été construites dans les années 70 pour des hauteurs de 30 mètres ou plus. Seulement une réalisatrice veut faire une vidéo spectaculaire pour la BBC, d’un seul coup on affirme que les vagues ne peuvent dépasser 7 ou 12 m, et la foule croit a) qu’il est impossible de se prémunir contre les extrêmes et b) que les scientifiques sont des rigolos butés et incompétents (auxquels il faut de toute urgence substituer des idéologues constructionnistes).

      Pour les vagues scélérates, j’ai corrigé récemment les plus énormes galéjades de Wikipedia, mais l’article reste bon à mettre à la poubelle et à réécrire en partant de zéro.

      • Vous vous doutez bien que cette expérience reste burinée dans la cervelle. J’ai été surpris de trouver une description quasi parfaite de l’environnement dans « quatre femmes et un homme » de Paul Feval.
        La vague ne déferle pas, pas de mouton, un soulèvement avec un bruit de cliquetis, un scintillement dans le soleil blanc, bon j’arrête, je me refous les boules.
        « Pour les matelots, nul d’entre eux ne s’était jamais trouvé à pareil enfer. Ce n’était point une tempête, le ciel était bleu, le soleil inondait le navire de ses rayons éblouissants. Ceci même était un obstacle de plus, car le poudrin des lames, réfractant cette éclatante lumière, aveuglait les marins qui fermaient les yeux et restaient impuissants à la manœuvre. Et le vent redoublait, et les vagues irrégulières, furieuses, surgissaient instantanément, mues par une puissance inconnue. Elles ne suivaient point la direction du vent ; elles allaient se heurtant l’une l’autre et noyant la pauvre Torpille sous les écumants débris de leurs chocs gigantesques. »

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