L’agriculture hors-sol promise par les écolos

Manif 8 mars 2020 à Paris By: Jeanne Menjoulet - CC BY 2.0

Les projets de Paris préfigurent peut-être ce que sera l’agriculture et l’alimentation des Français : chère, imposée et sélectionnée selon les contraintes techniques et économiques de production.

Par André Heitz.

De « grands stratèges » proposent de créer un grand ministère de l’Écologie incluant l’agriculture.

Étonnamment, c’est le cas du député paysan de la Creuse LaREM Jean-Baptiste Moreau, et aussi de M. Gilles Luneau dans « Arrimer l’agriculture aux engagements climatiques de la France », dans Le Monde du 26 juin 2020 (date sur la toile). Pitié…

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L’opulence de Paris

Cet « arrimage », ou plutôt ce phagocytage, a été réalisé à la Mairie de Paris : parmi les 37 adjoints figure, en 26e position, Mme Audrey Pulvar, adjointe à l’alimentation durable, l’agriculture et les circuits courts. Elle est précédée par M. Christophe Najdovski, adjoint à la végétalisation de l’espace public, aux espaces verts, à la biodiversité et à la condition animale. La prévention, la sécurité et la police municipale (M. Nicolas Nordman) n’arrivent qu’en 29e position, la santé publique (Mme Anne Souyris), en 30e.

Souriez… Ou grincez…

Voilà donc l’agriculture parisienne aux mains d’une journaliste, présidente de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (dans cet ordre) alors que M. Nicolas Hulot officiait au gouvernement.

Cela vous fait sourire ? Il n’y a pas que la vigne de Montmartre. Paris – enfin Mme Anne Hidalgo et son équipe – a de grandes ambitions en matière d’« agriculture urbaine », une agriculture qui s’inscrit dans de grands projets écologiques.

Gonflez du torse… nous sommes les meilleurs. La Mairie du 15e arrondissement nous informe : « La plus grande ferme en toiture au monde Porte de Versailles ». Elle est sur Paris Expo – Porte de Versailles et occupera à terme 14 000 mètres carrés, soit pour un paysan 1,4 hectare.

Des fruits et légumes y poussent déjà « au plus proche des consommateurs ». Mais continuons la lecture d’une annonce qui n’a pas été mise à jour correctement (en dernier lieu le 11 mai 2020, vive l’efficacité bureaucratique…) : « Dès le printemps 2020, c’est un tiers de ce potager organique et high tech de 14 000 m2 qui produira fruits, légumes et aromates pour les restaurants et hôtels alentours »… des consommateurs un peu particuliers, quoi…

Il y a aussi un système de « paniers » comme dans les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Mais 15 euros le bouquet d’aromates et 1 kg de fruits ou 1 kg de légumes selon Consoglobe… et son zeppelinesque « Les Parisiens peuvent déguster les produits de leur grande ferme urbaine ».

Très franchement, ils ne seront pas nombreux à pouvoir le faire, ni du point de vue de la production escomptée, ni de celui du prix.

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Il y a aussi une sorte de… comment dire… le terme générique usuel est « jardins ouvriers » ou « jardins familiaux ». En effet, 135 « parcelles » de 1 m2 sont disponibles à la location (les anciens jardiniers parlaient souvent en ares, alors convertissons : 0,01 are ; pour les rats de bureau, c’est 16 pages A4). Selon Consoglobe, ce seraient 1,85 m2, un chiffre plus réaliste car cela correspond à un carré fabriqué en palettes recyclées.

Mais : « Le droit d’entrée pour louer une parcelle à l’année est de 80 euros, le tarif mensuel est ensuite de 20 euros par mois pour une parcelle, et 15 euros à partir de la deuxième. » Même avec les services complémentaires inclus dans l’offre, cela fera cher la salade…

La faim à Tours

Les projets de Paris préfigurent peut-être ce que sera l’agriculture – enfin une certaine production maraîchère – et l’alimentation des Français : chère, imposée (nous mangerons ce qu’on mettra dans vos paniers…) et sélectionnée selon les contraintes techniques et économiques de production (les légumes seront de saison, mais ne vous attendez pas à y trouver des pommes de terre, non rentables, ni des carottes, peu disposées à croître en hydroponie…).

Il y a des Français pour qui les options sont aussi limitées.

Madame Nathalie Birchem, de La Croix, a produit un instructif et émouvant « long format », « Avoir faim en France : « Tu manges ce qu’on te donne, tu choisis pas » ».

C’est une plongée dans l’univers des compatriotes et des étrangers, avec ou sans carte de séjour ou de réfugié, de Tours (mais c’est pareil ailleurs en France) qui sont tributaires de l’aide alimentaire.

En intertitre : « Pas de misérabilisme mais… ». En effet, on ne meurt pas de faim en France comme on peut mourir dans la rue, faute de toit. Mais… voici les repères de la précarité alimentaire :

Un Français sur quatre a du mal à manger trois fois par jour : 25 % des Français déclarent avoir du mal à se procurer une alimentation saine leur permettant de faire plus de trois repas par jour, selon le sondage Ipsos-Secours populaire réalisé en mai 2019 sur 1009 personnes.

5,5 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, selon le rapport sénatorial Bazin-Bocquet, publié en 2018, qui précise que leur nombre a plus que doublé par rapport à 2009.

61 % des bénéficiaires ont au moins un enfant, selon une étude réalisée fin 2018 par l’institut CSA sur 2070 bénéficiaires pour les Banques alimentaires.

33 % sont des familles monoparentales. L’âge moyen est de 47 ans. 71 % des bénéficiaires perçoivent moins de 1000 euros par mois, majoritairement des prestations sociales. 17 % ont un emploi, souvent à temps partiel.

84 % disposent d’un logement stable. 53 % reçoivent une aide alimentaire au moins une fois par semaine. Celle-ci représente une économie de 96 euros par mois en moyenne. 52 % des bénéficiaires sont aidés depuis plus d’un an.

Retour à Paris : le hors-sol des villes est high tech…

Et, pendant ce temps, on dépense des sommes folles à Paris – ville « gérée » par une coalition regroupant notamment socialistes et écologistes – pour faire pousser quelques salades, quelques tomates et quelques herbettes sur les toits.

Au Télématin du 30 juin 2020, Madame Olivia Schaller a fait une présentation enthousiaste, dithyrambique et néanmoins instructive du projet de « ferme urbaine » sur le toit de Paris Expo – Porte de Versailles.

Il y a – ou aura – donc des cultures en aéroponie et en hydroponie. Ces deux techniques ont pour point commun d’utiliser des solutions nutritives. Dans le premier système, les racines sont nues et la solution est apportée sous forme d’aérosol, en brumisation. Dans le deuxième, les racines poussent dans un milieu stérile – des billes d’argile expansées destinées aux plantes ornementales disponibles aux amateurs – et les nutriments sont apportés par l’eau d’arrosage apportée dans les bacs.

C’est une serre de production de tomates en hors-sol et hydroponie que le président Emmanuel Macron avait visité le 22 avril 2020 à Cleder, en Bretagne. Il avait provoqué le courroux de la bien-pensance « écologiste », notamment de la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB). Celle-ci avait ainsi dénoncé le choix du Président de « valoriser le modèle agricole le plus déconnecté du monde vivant », ainsi que « l’absence totale de vision écologique de l’Élysée ».

Eh bien, à Paris, ce « modèle aseptisé, artificialisé » est le nec plus ultra pour la bobosphère…

Il est vrai, cependant, que ce mode de culture est très efficace, particulièrement en serres (sur les toits, ce sera à l’air libre). Les solutions nutritives sont ajustées au plus près des besoins et recyclées, les cultures étant ainsi économes en eau. Les serres permettent aussi de contrôler le milieu aérien, de protéger les plantes d’un grand nombre de ravageurs, d’utiliser efficacement la faune auxiliaire (le biocontrôle) et de réduire fortement l’emploi de pesticides.

Et que contiennent les solutions nutritives ? Ce qu’on appelle par barbarisme des molécules chimiques (toutes les molécules le sont…). Des molécules pour partie identiques aux engrais de synthèse utilisés dans l’agriculture dite « conventionnelle »… Mais à Paris, c’est « organique et high tech »…

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