L’agriculture hors-sol promise par les écolos

Les projets de Paris préfigurent peut-être ce que sera l’agriculture et l’alimentation des Français : chère, imposée et sélectionnée selon les contraintes techniques et économiques de production.

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Manif 8 mars 2020 à Paris By: Jeanne Menjoulet - CC BY 2.0

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L’agriculture hors-sol promise par les écolos

Publié le 7 juillet 2020
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Par André Heitz.

De « grands stratèges » proposent de créer un grand ministère de l’Écologie incluant l’agriculture.

Étonnamment, c’est le cas du député paysan de la Creuse LaREM Jean-Baptiste Moreau, et aussi de M. Gilles Luneau dans « Arrimer l’agriculture aux engagements climatiques de la France », dans Le Monde du 26 juin 2020 (date sur la toile). Pitié…

(Source)

L’opulence de Paris

Cet « arrimage », ou plutôt ce phagocytage, a été réalisé à la Mairie de Paris : parmi les 37 adjoints figure, en 26e position, Mme Audrey Pulvar, adjointe à l’alimentation durable, l’agriculture et les circuits courts. Elle est précédée par M. Christophe Najdovski, adjoint à la végétalisation de l’espace public, aux espaces verts, à la biodiversité et à la condition animale. La prévention, la sécurité et la police municipale (M. Nicolas Nordman) n’arrivent qu’en 29e position, la santé publique (Mme Anne Souyris), en 30e.

Souriez… Ou grincez…

Voilà donc l’agriculture parisienne aux mains d’une journaliste, présidente de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (dans cet ordre) alors que M. Nicolas Hulot officiait au gouvernement.

Cela vous fait sourire ? Il n’y a pas que la vigne de Montmartre. Paris – enfin Mme Anne Hidalgo et son équipe – a de grandes ambitions en matière d’« agriculture urbaine », une agriculture qui s’inscrit dans de grands projets écologiques.

Gonflez du torse… nous sommes les meilleurs. La Mairie du 15e arrondissement nous informe : « La plus grande ferme en toiture au monde Porte de Versailles ». Elle est sur Paris Expo – Porte de Versailles et occupera à terme 14 000 mètres carrés, soit pour un paysan 1,4 hectare.

Des fruits et légumes y poussent déjà « au plus proche des consommateurs ». Mais continuons la lecture d’une annonce qui n’a pas été mise à jour correctement (en dernier lieu le 11 mai 2020, vive l’efficacité bureaucratique…) : « Dès le printemps 2020, c’est un tiers de ce potager organique et high tech de 14 000 m2 qui produira fruits, légumes et aromates pour les restaurants et hôtels alentours »… des consommateurs un peu particuliers, quoi…

Il y a aussi un système de « paniers » comme dans les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Mais 15 euros le bouquet d’aromates et 1 kg de fruits ou 1 kg de légumes selon Consoglobe… et son zeppelinesque « Les Parisiens peuvent déguster les produits de leur grande ferme urbaine ».

Très franchement, ils ne seront pas nombreux à pouvoir le faire, ni du point de vue de la production escomptée, ni de celui du prix.

(Source)

Il y a aussi une sorte de… comment dire… le terme générique usuel est « jardins ouvriers » ou « jardins familiaux ». En effet, 135 « parcelles » de 1 m2 sont disponibles à la location (les anciens jardiniers parlaient souvent en ares, alors convertissons : 0,01 are ; pour les rats de bureau, c’est 16 pages A4). Selon Consoglobe, ce seraient 1,85 m2, un chiffre plus réaliste car cela correspond à un carré fabriqué en palettes recyclées.

Mais : « Le droit d’entrée pour louer une parcelle à l’année est de 80 euros, le tarif mensuel est ensuite de 20 euros par mois pour une parcelle, et 15 euros à partir de la deuxième. » Même avec les services complémentaires inclus dans l’offre, cela fera cher la salade…

La faim à Tours

Les projets de Paris préfigurent peut-être ce que sera l’agriculture – enfin une certaine production maraîchère – et l’alimentation des Français : chère, imposée (nous mangerons ce qu’on mettra dans vos paniers…) et sélectionnée selon les contraintes techniques et économiques de production (les légumes seront de saison, mais ne vous attendez pas à y trouver des pommes de terre, non rentables, ni des carottes, peu disposées à croître en hydroponie…).

Il y a des Français pour qui les options sont aussi limitées.

Madame Nathalie Birchem, de La Croix, a produit un instructif et émouvant « long format », « Avoir faim en France : « Tu manges ce qu’on te donne, tu choisis pas » ».

C’est une plongée dans l’univers des compatriotes et des étrangers, avec ou sans carte de séjour ou de réfugié, de Tours (mais c’est pareil ailleurs en France) qui sont tributaires de l’aide alimentaire.

En intertitre : « Pas de misérabilisme mais… ». En effet, on ne meurt pas de faim en France comme on peut mourir dans la rue, faute de toit. Mais… voici les repères de la précarité alimentaire :

Un Français sur quatre a du mal à manger trois fois par jour : 25 % des Français déclarent avoir du mal à se procurer une alimentation saine leur permettant de faire plus de trois repas par jour, selon le sondage Ipsos-Secours populaire réalisé en mai 2019 sur 1009 personnes.

5,5 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, selon le rapport sénatorial Bazin-Bocquet, publié en 2018, qui précise que leur nombre a plus que doublé par rapport à 2009.

61 % des bénéficiaires ont au moins un enfant, selon une étude réalisée fin 2018 par l’institut CSA sur 2070 bénéficiaires pour les Banques alimentaires.

33 % sont des familles monoparentales. L’âge moyen est de 47 ans. 71 % des bénéficiaires perçoivent moins de 1000 euros par mois, majoritairement des prestations sociales. 17 % ont un emploi, souvent à temps partiel.

84 % disposent d’un logement stable. 53 % reçoivent une aide alimentaire au moins une fois par semaine. Celle-ci représente une économie de 96 euros par mois en moyenne. 52 % des bénéficiaires sont aidés depuis plus d’un an.

Retour à Paris : le hors-sol des villes est high tech…

Et, pendant ce temps, on dépense des sommes folles à Paris – ville « gérée » par une coalition regroupant notamment socialistes et écologistes – pour faire pousser quelques salades, quelques tomates et quelques herbettes sur les toits.

Au Télématin du 30 juin 2020, Madame Olivia Schaller a fait une présentation enthousiaste, dithyrambique et néanmoins instructive du projet de « ferme urbaine » sur le toit de Paris Expo – Porte de Versailles.

Il y a – ou aura – donc des cultures en aéroponie et en hydroponie. Ces deux techniques ont pour point commun d’utiliser des solutions nutritives. Dans le premier système, les racines sont nues et la solution est apportée sous forme d’aérosol, en brumisation. Dans le deuxième, les racines poussent dans un milieu stérile – des billes d’argile expansées destinées aux plantes ornementales disponibles aux amateurs – et les nutriments sont apportés par l’eau d’arrosage apportée dans les bacs.

C’est une serre de production de tomates en hors-sol et hydroponie que le président Emmanuel Macron avait visité le 22 avril 2020 à Cleder, en Bretagne. Il avait provoqué le courroux de la bien-pensance « écologiste », notamment de la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB). Celle-ci avait ainsi dénoncé le choix du Président de « valoriser le modèle agricole le plus déconnecté du monde vivant », ainsi que « l’absence totale de vision écologique de l’Élysée ».

Eh bien, à Paris, ce « modèle aseptisé, artificialisé » est le nec plus ultra pour la bobosphère…

Il est vrai, cependant, que ce mode de culture est très efficace, particulièrement en serres (sur les toits, ce sera à l’air libre). Les solutions nutritives sont ajustées au plus près des besoins et recyclées, les cultures étant ainsi économes en eau. Les serres permettent aussi de contrôler le milieu aérien, de protéger les plantes d’un grand nombre de ravageurs, d’utiliser efficacement la faune auxiliaire (le biocontrôle) et de réduire fortement l’emploi de pesticides.

Et que contiennent les solutions nutritives ? Ce qu’on appelle par barbarisme des molécules chimiques (toutes les molécules le sont…). Des molécules pour partie identiques aux engrais de synthèse utilisés dans l’agriculture dite « conventionnelle »… Mais à Paris, c’est « organique et high tech »…

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  • Je serais curieux de connaître le nombre d’hectares nécessaire pour nourrir une ville comme paris….. Considerable. Nos bobos trouvent toujours des gogos pour rire de la bêtise humaine, le marché de cons en quelque sorte.

    • Comptez entre 4 et 5 personnes nourries par hectare, 5 à 10 fois plus en culture hydroponique. Au moins 500000 ha sont nécessaires pour nourrir les Parisiens, sans compter les surfaces nécessaires pour satisfaire les autres besoins. La superficie de Paris est de 10000 ha environ. Cette ville ne sera jamais autonome en nourriture (et encore moins en énergie). Certains Parisiens feraient bien de ne pas l’oublier quand ils décident « d’emmerder les Français » (par exemple avec les 80 km/h).

      • Edouard Philippe vient du Havre.
        Perso, je ne connais aucun vrai parisien voulant vivre de son jardin, voire même se salir les mains dans la terre. Pourtant j’étais parisien intramuros pendant 15 ans.
        Hidalgo fait des effets d’annonces qui peuvent flatter le bobo qui n’a aucune volonté de passer à l’acte mais est très content d’avoir cette option virtuelle.
        20 € le m² c’est le prix d’un parking, foutage de gueule. 135 parcelles, c’est un bout de terrain vague non constructible.

  • Je suis toujours interloqué de ces écolos des villes qui s’extasient devant un brocoli.
    C’est dire à quel point ils sont déconnectés du milieu naturel.

  • Il n’y a pas que l’agriculture qui est « hors-sol »…

    • « L’écologisme est, fondamentalement, une religion ». C’est pour ça que nous avons grand besoin d’exorcistes ! 😉

  • L’écologisme est, fondamentalement, une religion, une quête de sainteté. Comme dans toutes les religions, la nourriture y tient une place essentielle. D’où ces délires d’agriculture urbaine: bien sûr totalement déconnectés des problématiques alimentaires des Français ordinaires, mais qui incarnent les fantasmes de l’électorat bobo de Mme Hidalgo.
    Et plus ce sera cher, mieux ce sera pour eux!

    • Ils pourrait se contenter d’un bonzai et d’un poison rouge pour vénérer la nature dans leur cagibi d’appartement.

      • Mais les religions ne sont pas uniquement des cultes à usage privé ! Ce sont des visions du monde qui ont vocation à structurer la vie sociale – avec, si on leur laisse la bride sur le cou, de forts risques de dérive totalitaire.
        Les écolos sont en train de devenir ce que le clergé était sous l’Ancien Régime – la haute administration ma robuste étant elle la noblesse. Ces deux sphères sont faites pour s’entendre, et il ne faut pas sous-estimer leur pouvoir.

        • Sauf que bien souvent le clergé était un réel contre-pouvoir au pouvoir royal. Alors que l’écologisme est la marionnette du pouvoir.

      • « ma robuste »… n’importe quoi! Vive l’écriture intuitive !
        « macronienne », voulais-je dire.

      • On a nettement l’impression que se faire suer personnellement à faire fructifier la nature ne les excite pas vraiment. La terre est basse. Mais, faire suer les autres, ça, ça les fait jouir…

  • Combien d’hectares nécessaires pour nourrir les parisiens à la mode ecolo ?

    • Doublez les superficies par rapport à l’agriculture raisonnée conventionnelle. Si on cède au bio, il va falloir de nouveau raser les forêts.

  • Que Paris se vide de ses habitants « raisonnables » au profit des villes de banlieue bien gérées ou de la province (laissons les territoires aux bobos parisiens pour lesquels les terres inconnues ou à conquérir commencent de l’autre coté du périphérique et ont pour seule vocation d’accueillir terrains de golf et centre de villégiature réservés à leurs augustes personnes).
    Les électeurs d’Hidalgo, adorateurs de la planète et fidèles de Sainte Ecologie, pourront alors transformer rue et boulevards en champs de rutabaga, topinambour et autres plantes tant appréciés par ceux qui crurent ou non à » la terre qui ne ment pas »!

    • Pas que Paris malheureusement, Rennes, Nantes, Bordeaux, Strasbourg, Lyon, Marseille. Bref, les centres urbains où se concentrent l’administration et les services. La production est rejetée en périphérie.
      ça ne me gènerait pas plus que ça si ces élus ne faisaient pas ch… le reste de la population avec leurs délires.

  • Effectivement, l’écologie est un fonctionnement de la pensée , Hors sol et totalitaire. L’ecolo « Modéré » est a l’écolo « radicalisé » ce que le pied droit est au pied gauche et vice versa.

  • 15 Euros le kg de légumes, ils sont riches à Pantin. Je comprend pourquoi on doit subventionner leurs Tesla dernier cri…

  • Et le gout , personne ne parle du gout !
    Avez vous mangé une tomate poussée hors sol ?
    C’est simple, c’est comme une tomate « made in Hollande ».
    C’est simplement dégueulasse .
    Fin de l’histoire .

    • L’essentiel des tomates de supermarché sont déjà dégueulasses, sol ou non.

    • La tomate, c’est surtout la sauce qui l’accompagne.
      Les tomates poussées dans le jardin ou au supermarché ont le même goût si c’est la même variété.

      • pas tout à fait… mais on en truve désormais de bonnes au supermarché aussi..

      • NON ! Il y a une très nette différence entre les tomates hors sol (culture hydroponique) et les tomates pleine terre, au profit de ces dernières. La similitude c’est que toutes deux poussent en serre ce qui permet de contrôler plus facilement le parasitisme.

      • On se demande si vous faites pousser vos tomates dans votre jardin pour dire de telles choses !

    • Un petit truc: laissez vos tomates « dégueulasses » murir chez vous quelques jours, surtout pas au frigo ! (ça détruit les arômes).
      Un filet d’huile d’olive 10 mn avant de les consommer…et elles deviennent très correctes.

  • On peut cultiver de c.hanvre dans ses 1,85 m2 ?

  • L’écologie a ceci de formidable, c’est qu’elle exclut de fait toute tentative de chacun de vouloir s’en sortir, d’améliorer son ordinaire qui est synonyme de consommation.
    De fait, les plus riches peuvent s’acquitter sans vergogne d’indulgences célestes, en professant aux plus pauvres, les vertus de la sobriété.
    Vous pouvez appliquer ce système en France et au reste du monde.
    Vous imaginez bien que ce discours est moins bien écouté en Afrique où il est perçu comme une nouvelle forme de colonialisme.

    • « ce discours est moins bien écouté »

      On peut écouter qui on veut, mais quand on n’a pas ou qu’on n’a plus de bijoux de famille à mettre au clou, il vaut mieux hésiter à croire n’importe quoi.

  • La connerie des bobos atteint l’infini !

  • A prix d’or, insipides, à manger obligatoirement par décret municipal pour respecter le « librement consenti » à l’insu de nous même pour notre santé.

  • Faut bien appeler un chat un chat. On ne peut que dire et répéter qu’ il s’agit de culture hydroponique c’est à dire nourries artificiellement par des solutions nutritives. Le problème: les légumes récoltés n’ont pas de goût, ou très peu car il est difficile d’apporter tous les oligos éléments dont les plantes ont besoin. Ceux sont des quantités infimes compliquées à doser, et on en découvre toujours de nouvelles. Bon appétit

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