Baisser la rémunération des soignants isolés ? Pour mieux achever la médecine libérale !

Get a rope by mlhradio(CC BY-NC 2.0) — mlhradio, CC-BY

La crise sanitaire est décidément un bon prétexte pour resserrer encore un peu plus l’étau autour des professions libérales.

Par Margot Arold.

Emmanuel Macron l’avait bien dit explicitement :

« À l’issue de cette crise, un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital. »

Il fallait bien noter le « pour l’hôpital ». Pas pour « les soignants ». Encore moins pour « les médecins de ville », ou les « soignants en libéral ».

Baisser la rémunération des soignants isolés

Car voilà que la Mutualité française, conviée au Ségur de la Santé vient de faire ses propositions. L’une d’elles est incroyable : baisser la rémunération des soignants qui exercent seuls (« l’exercice isolé ») afin de les forcer à se regrouper.

« Afin de réconcilier les besoins des patients avec les aspirations des professionnels, l’offre de soins doit engager une mutation profonde pour abandonner progressivement l’exercice isolé des professionnels de santé du premier recours et permettre au secteur hospitalier de se recentrer sur ses missions. »

Et selon un politicien, quoi de plus efficace que la sanction financière si on n’obéit pas aux injonctions de l’État ? Il est donc prévu ceci :

« La Mutualité française propose de mettre fin à l’exercice isolé et de faire de l’exercice systématique des professionnels de santé en équipe et en réseau au sein d’Espaces de Santé Pluriprofessionnel (ESP) la règle à un horizon de 5 ans. Pour y parvenir, plusieurs leviers sont proposés :

  • La minoration sensible de la rémunération des professionnels du premier recours intervenant en dehors d’un ESP.
  • La rémunération au forfait des soins faisant intervenir plusieurs professionnels. »

C’était donc cela, les négociations avec les soignants hospitaliers ? Déshabiller Paul pour habiller Pierre ? Attiser les tensions entre hospitaliers du public et soignants du privé ? Diviser pour mieux régner (et éviter au passage de rendre des comptes de la gestion politique de la crise) ?

Pourquoi s’en prendre à l’ « exercice isolé » ? Des explications douteuses…

Parce que « le Covid est passé par là et on a fait face à la pandémie avec la moitié de nos ressources, car la balkanisation des professionnels de ville fait qu’on n’a pas su les mobiliser », selon le directeur de la Mutualité française, Thierry Beaudet.

Voilà donc qu’on réécrit l’histoire et que l’on nous sert une nouvelle louche d’intervention de l’État au motif… qu’il n’est pas assez intervenu avant.

Dans Le Figaro, Thierry Beaudet détaille :

« On a su faire face à cette crise grâce à la formidable mobilisation des personnels hospitaliers pourtant éreintés avant même le début de la crise.
Mais cela révèle en creux une faille du système : c’est comme si nous avions fait face à la crise en n’utilisant que la moitié des compétences de santé disponibles, car on s’est insuffisamment appuyé sur les soins de premier recours.
Il faut utiliser davantage la médecine de ville mais pour cela il faut mieux la structurer et l’organiser. »

C’est vraiment renversant : l’État a freiné l’accès des patients suspectés de Covid aux médecins de ville, d’abord en compliquant l’accès aux tests ; ensuite en sous-entendant que seul l’hôpital était à même de gérer les patients Covid+ ; enfin en interdisant aux médecins de rédiger l’ordonnance de leur choix, de prescrire « en leur âme et conscience » le médicament qu’ils pouvaient juger approprié à leur patient.

Et aujourd’hui, ces mêmes décideurs feignent de croire que la médecine de ville n’a pas été présente. Alors que ce sont eux qui ont fait en sorte de l’écarter de la chaîne de soins pendant la crise.

Le socialisme aime mettre les individus dans des cases. Le professionnel de santé isolé, le socialiste n’aime pas ça : trop libre, trop incontrôlable…

Les professions libérales sont toutes touchées. Les infirmiers en ville sont très remontés contre cette baisse de leur rémunération qui les poussera à se regrouper contre leur volonté.

« Alors que la crise a montré les limites de la prise en charge des personnes âgées, la Mutualité propose de renforcer la médicalisation des EHPAD » lit-on dans Le Figaro.

Encore une petite dose de prétexte-Covid pour étatiser encore un peu plus ? Oui, la crise a bien montré les limites de la prise en charge des personnes âgées, mais surtout les limites politiques !

À quoi cela servira-t-il de renforcer la médicalisation des Ehpad ? Elles sont déjà médicalisées, et malgré tout, les résidents ayant un problème aigu atterrissent finalement… aux urgences. Tellement commode de se décharger du fardeau décisionnel de la fin de vie dans « le grand Hôpital » où la mort est anonyme…

Le mensonge, c’est la vérité, « la liberté c’est l’esclavage »…

Il y aura donc une réinterprétation de la crise du Covid, les politiciens cherchent à réécrire ce qu’il s’est passé en sous-entendant que la mauvaise gestion de cette crise était liée à un problème d’organisation insuffisamment encadrée par l’État.

Vous en aurez donc « encore plus ». Et cela coûtera encore plus cher.

Ne serait-il pas grand temps que les médecins prennent conscience de ce qu’ils apportent plutôt que de se sentir redevables d’une rémunération chichement encadrée ? Et qu’enfin patients et soignants aient la liberté de se choisir, de choisir leur traitement, et de réaliser, en ce 18 juin fort à propos, qu’« être libre, c’est résister » ?

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