Le véritable antiracisme ne réduit pas l’individu à la couleur de sa peau

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Il est temps de porter la contradiction aux militants pseudo-révolutionnaires qui instrumentalisent l’antiracisme pour vendre leur soupe idéologique.

Par Benjamin Faucher.

La mort de l’américain George Floyd a suscité une vague d’indignation – légitime – et un soulèvement sans précédent contre le racisme. Ce genre de comportement profondément haïssable gangrène encore trop notre société et doit être combattu sans état d’âme.

Cependant, cet épisode voit la diffusion dans le débat public et sur les réseaux sociaux (même, de façon surprenante, les moins politisés comme Instagram) d’un discours racialiste issu de l’extrême gauche qui se révèle être dans ses fondements et dans ses effets totalement orthogonal à l’anti-racisme.

La couleur de peau comme seule référence

Le concept de « privilège blanc » connaît ainsi une notoriété particulière. Celui-ci défend l’idée que les personnes blanches disposeraient de privilèges car elles ne subiraient pas le racisme et ne sont pas renvoyées à leur couleur de peau comme pourraient l’être les personnes « racisées » (comprenez, non blanches). Cette vision est problématique pour plusieurs raisons.

D’abord elle opère un renversement complet des valeurs : faut-il le rappeler, ne pas subir de discrimination raciale est la norme qu’il faut atteindre pour tout le monde, et non un privilège que s’octroient quelques-uns au détriment des autres. Pourquoi les personnes qui ne subissent pas un préjudice devraient-elles se flageller sous prétexte que d’autres en sont victimes ?

Pire encore, cette rhétorique renvoie chacun à sa couleur de peau et divise la société entre victimes assignées et racistes en puissance. Dans cette vision collectiviste, chaque individu est sommé de s’identifier au groupe qu’il est supposé représenter, ce qui est précisément ce que combat l’anti-racisme.

Loin d’être théoriques, ces considérations ont conduit à des discours qui ont cherché à amalgamer le comportement détestable de certains policiers (qui doivent être condamnés avec force et absolument réprimés) à celui de l’ensemble des policiers et gendarmes, conduisant à des situations aussi lunaires qu’un policier noir se faisant traiter de « vendu » par des manifestants ou une syndicaliste policière d’« arabe de service ».

Voilà les conséquences d’un discours sans nuance : accuser toute une profession au nom des déviances d’une partie de celle-ci, foulant aux pieds ceux dont le comportement est irréprochable.

Les méchants et les gentils

De plus il est important de contextualiser ces violences. Le monde ne se divise pas entre méchants policiers et gentils opprimés. Les territoires perdus de la République existent, ces lieux où l’État de droit ne s’applique plus, où les pompiers eux-mêmes se font caillasser et insulter. La situation ne peut être qu’explosive et demande d’être analysée avec un peu de finesse.

Faut-il pour autant nier qu’il existe des violences policières et des comportements racistes de la part de certains individus ? Bien sûr que non. Du ménage doit probablement être fait parmi les effectifs de la police et la formation reconsidérée. D’autres solutions seront proposées.

Chaque acte raciste est profondément méprisable et doit être mis en lumière, dénoncé et réprimé. Cette action doit être menée pied-à-pied, chaque jour, par chacun, même si cela demande intellectuellement davantage d’effort qu’une pensée en silo qui s’attaque à un « système »  mal défini et crée des amalgames là ou elle est censée les combattre.

Une vision systémique du monde

« Système », voilà le cœur du problème, car les défenseurs de cette doctrine avancent que tout acte de racisme est la manifestation d’une violence systémique, issu d’une histoire coloniale auxquels les individus d’aujourd’hui ne pourraient s’arracher : Blancs et racisés ne seraient que les héritiers de leurs ancêtres esclavagistes et esclaves. Pourtant, faut-il le rappeler, aucun des Blancs ne vivant aujourd’hui n’a réduit en esclavage un de ses contemporains de couleur.

Cette tendance n’est pas orpheline mais est l’héritage d’une vision du monde qui a phosphoré dans les facultés d’abord américaines puis européennes depuis plusieurs années.

À l’intérieur de ces murs, certains professeurs et étudiants en sciences sociales ont abandonné la visée scientifique de leur discipline pour la transformer en une machine à produire une vision militante du monde, où la société est divisée entre dominés devant faire face à une violence systémique, et dominants incarnés par la figure de « l’homme blanc cis-hétérosexuel ».

En plus de nier les individualités, cette caricature refuse la complexité de la réalité : tous les actes racistes et homophobes ne sont pas uniquement l’apanage d’hommes blancs, pas plus que la traite négrière dans laquelle les empire européens mais aussi arabes et ottomans ont eu un rôle sordide à jouer.

Il est étonnant de voir à quel point ces théories ont diffusé rapidement dans la société. Nous assistons en fait en direct à l’application de la théorie du social change développée par Hayek, où une pensée universitaire et son vocabulaire se sont propagés dans les masses pour avoir finalement des effets concrets, qui eux, sont problématiques et digne de la célèbre fiction d’Orwell. Ainsi, de nombreuses personnes réclament que des noms de rue associés à des personnages liés à l’esclavage soient effacés.

L’Histoire revisitée

La lecture de l’Histoire est donc sommée de se faire à l’aune de valeurs morale quitte à commettre des anachronismes, et à confondre mémoire et approbation. Oui, Colbert a écrit le Code Noir, mais ceci n’était que l’expression d’une époque. Se souvenir, c’est justement pouvoir éviter qu’une telle horreur puisse à nouveau être incorporée dans nos texte de lois.

Il y a quelques jours, la réalisatrice de la série Friends a fondu en larmes devant les caméras en déclarant regretter le manque de diversité dans la série culte. Après l’Histoire, l’Art.

Pourtant c’est une erreur grave de sa part, puisqu’elle nie ainsi de facto la possibilité pour une personne noire de s’identifier aux personnages. Beaucoup ont sûrement eu des fous rires devant cette série sans jamais penser à leur couleur de peau mais l’intervention de la réalisatrice continue de les essentialiser en les ramenant de force à celle-ci.

Voilà pourquoi, entre le racisme de l’extrême droite et le racialisme de l’extrême gauche, il est temps de réhabiliter et de défendre une vision humaniste et individualiste qui refuse en toute circonstance de considérer les individus à l’aune de leur couleur de peau.

Voilà pourquoi il est temps de porter la contradiction a des étudiants et militants pseudo-révolutionnaires qui sont fiers d’écrire ACAB (All Cops Are Bastards) sur les murs des universités et d’instrumentaliser les revendications pour vendre leur soupe idéologique. Voilà pourquoi il est temps de rétablir la nuance sur des questions trop souvent caricaturées, afin d’amener des réponses concrètes ici et maintenant plutôt que des postures idéologiques.

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