Christophe Castaner lâche la police… et l’État de droit

castaner by Parti socialiste licence créative commons (CC BY-NC-ND 2.0) — Parti socialiste, CC-BY

Christophe Castaner ne s’est pas contenté de désavouer la police, il a clairement envoyé un signal fort et scandaleux au citoyen ordinaire : l’État de droit doit céder devant l’émotion.

Par Frédéric Mas.

Alors que les militants en soutien à Adama Traoré et contre les « violences policières » promettent de se mobiliser ce week-end, la colère monte dans les rangs de la police. Une partie des forces de l’ordre s’estime « lâchée » par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner après l’exercice médiatique de contrition « antiraciste » qui l’a porté à interdire la pratique policière de la « clef d’étranglement » lors des interpellations.

Lundi, Christophe Castaner avait demandé « à ce qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes ». Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur rétropédale pour tenter d’enrayer la grogne des policiers, dont les syndicats appellent à « rester confinés » face à la délinquance.

Il est ainsi question de revenir en partie sur l’interdiction de la « clef d’étranglement » qui pour beaucoup de professionnels rendait le travail de maintien de l’ordre beaucoup plus facile.

Un pouvoir soumis à l’émotion médiatique

Face aux accusations portées contre la police lors des différentes manifestations, l’exécutif a adopté un langage ambigu, soutenant sa police du bout des lèvres tout cédant en partie aux revendications des militants identitaires qui entretiennent l’agitation dans les rues et sur les réseaux sociaux.

La politique macronienne du « en même temps » n’a cependant pas marché. Elle n’a pas calmé les tensions et la grogne s’est étendue à la police. L’exercice de contorsion destinée à calmer la rue et répondre à une actualité qui sature les médias a témoigné de la grande fébrilité d’un pouvoir politique de plus en plus impopulaire.

Une mesure aléatoire pour plaire à la foule

En quoi interdire la « clef d’étranglement » fait reculer le racisme ? Comment maîtriser un suspect violent sans le toucher ? Les techniques d’interpellation sont-elles des abus ? Ces questions ne semblent pas avoir été abordées sérieusement par le ministère de l’Intérieur, dont les bureaucrates paraissent assez éloignés du travail quotidien des forces de l’ordre.

Si les violences policières méritent réflexion et bien entendu sanctions en cas d’abus avérés, elles ne doivent pas faire oublier que la police aussi est l’objet de violences quotidiennes et de tensions que la classe politique ignore ou minimise depuis des décennies. Les agressions physiques ont touché 13 111 policiers en 2013 et 3019 gendarmes en 2015. Tous les ans, rappelle L’Express, une dizaine d’agents sont tués en service et en mission et plusieurs milliers sont blessés.

Se pourrait-il que Christophe Castaner ait pris une décision affaiblissant tout le travail de l’institution pour complaire aux médias et en cédant aux sirènes du clientélisme politique ? C’était en tout cas un bien mauvais calcul, qui témoigne une nouvelle fois de la coupure entre la tête de l’État et le reste du pays.

Le gouvernement dans sa bulle informationnelle

La manière dont le gouvernement a réagi aux critiques portant sur les violences policières pose la question du filtrage des informations au sommet de l’État. L’exécutif trouve normal d’écorner les principes de l’État de droit et de désavouer la police qui le protège pour s’aligner sur l’émotion « mondiale » suscitée par la mort de George Floyd et céder aux pressions des entrepreneurs identitaires qui utilisent l’affaire Traoré pour avancer leur agenda politique d’extrême gauche.

L’Élysée ne connaîtrait-il la France qu’en regardant BFM-TV et en s’informant sur twitter ? Le rôle d’un chef d’État et de son équipe est-il de faire la danse du ventre devant l’opinion publique « mondiale », au mépris de la demande bien concrète de sécurité et de justice des citoyens français ?

Castaner utilise l’institution policière pour sa propre promotion médiatique

Christophe Castaner a cru pouvoir utiliser ce moment politique pour faire sa promotion personnelle au détriment de l’institution policière qu’il a pourtant accepté de diriger. Une nouvelle fois, les institutions républicaines se retrouvent prises en otage pour promouvoir la communication d’un exécutif qui peine à apparaître comme légitime aux yeux des citoyens.

Le mépris du droit au sommet de l’État

Christophe Castaner ne s’est pas contenté de désavouer la police, il a clairement envoyé un signal fort et scandaleux au citoyen ordinaire : l’État de droit doit céder devant l’émotion, les manifestations en soutien de George Floyd qui se sont tenues dans le cadre restrictif de l’État d’urgence sanitaire ne seront pas sanctionnées.

En d’autres termes, la répression policière et les restrictions aux libertés s’appliquent à certaines catégories de citoyens et pas à d’autres, en fonction de l’opportunité politique. Sa collègue ministre de la Justice Nicole Belloubet a elle aussi cédé aux injonctions de l’Élysée en invitant les proches d’Adama Traoré à lui rendre visite.

Avec un ministre de l’Intérieur incapable de protéger l’égalité devant la loi et un ministre de la Justice qui conçoit la séparation des pouvoirs comme une soumission totale de la justice à l’exécutif, Emmanuel Macron est en train de transformer son mandat en un pouvoir de plus en plus personnel et de moins en moins conforme aux exigences de la démocratie libérale.

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