Derrière les violences policières, la défaillance de la justice

Dans un État de droit, on ne confond pas ce qui est juste et ce qui est légal, ce qui est administrativement et procéduralement correct.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Justice by jurek d(CC BY-NC 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Derrière les violences policières, la défaillance de la justice

Publié le 10 juin 2020
- A +

Par Olivier Maurice.

Quelle différence existe-t-il entre une bonne violence policière et une mauvaise violence policière ? Comme dans un fameux sketch des années 1980, la réponse est assez simple : « une bonne violence policière ? Ben… Tu vois un délinquant, tu frappes… »  La suite, vous la devinez tous.

Que s’est-il donc passé entre novembre 2019, alors que l’on apprenait que le parquet de Paris classait sans suite 54 affaires de violences policières liées au mouvement des Gilets jaunes dans le plus grand silence officiel et juin 2020 pour que subitement le président de la République monte au créneau et demande à ces ministres de « faire rapidement des propositions pour répondre aux revendications exprimées » ?

Le zapping

Il y a eu la mort Georges Floyd à Minneapolis et les débordements qui ont suivis. Il y a eu le retour au premier plan du mouvement #BlackLivesMatter. Il y a eu ces incroyables et dérangeantes scènes de contrition et de repentance.

Et puis il y a eu l’écho. L’habituel mimétisme d’une partie de la population française qui cherche à échapper de sa condition en se projetant depuis des années dans le Bronx et le Harlem des seventies, celui du rap de Grandmaster Flash et de Sugarhill Gang, dans la Californie des Black Panthers, dans l’Alabama de Rosa Parks et dans la Georgie des beignets de tomates vertes.

Bien évidemment, il y a l’habituelle différence entre le bon manifestant : celui qui chante du Gospel et fait des études universitaires compliquées et interminables dont le nom se termine par logie et le mauvais manifestant : celui qui sent le bistrot, le match de foot et la Peugeot 106.

Il y a eu aussi le principe de précaution, les bras grands ouverts sur le balcon devant la foule et le « quoi qu’il en coûte » clamé courageusement devant la fin du monde annoncée et inévitable. Et le flop. Le dégonflement, avec son feu d’artifice de fusibles qui explosent un peu partout : le président du comité scientifique, le professeur Jean-François Delfraissy qui vire à 180 degrés, le prévisionniste en chef Niel Fergusson qui s’auto-vire après avoir hurlé la vérité de l’imminence de 250 000 morts en Grande-Bretagne et de deux millions de victimes aux États-Unis, et puis le Lancet, qui s’excuse de publier des lettres anonymes. Le flop du ministre de la Santé et du directeur de la santé publique bien obligés de confirmer quotidiennement ce que la porte-parole du gouvernement venait de déclarer…

Le flop et la nécessité de changer de sujet. Vite. Très vite, avant de se voir contraint à une humiliante cérémonie de contrition forcée dont absolument personne ne peut ne pas voir la totale hypocrisie et le manque complet de sincérité.

Séparation des pouvoirs…

Dans un État de droit, la police a le monopole de la violence légale. Mais dans un État de droit, ce n’est pas l’exécutif qui rend la justice. Ce n’est pas l’exécutif qui décide si les policiers sont racistes, si les policiers sont violents, si les policiers dépassent les bornes ou enfreignent la loi.

Ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui décide de ce qui est juste, comme ce n’est pas le ministre de la Justice qui décide des moyens à employer.

Ce ne sont pas non plus les associations, ni les familles, ni les tribuns bolivariens, ni les people exilés au soleil…

Dans un État de droit, c’est le droit qui prévaut, c’est la justice qui détermine, tranquillement, hors des passions. Dans un État de droit, on ne règle pas les conflits en confrontant discours télévisés et démonstrations de force dans la rue, mais en confrontant deux argumentations contradictoires.

… et prévalence du Droit

Mais dans un État de droit, la justice ne met pas parfois 43 heures pour réagir quand il s’agit d’une histoire de costumes à 13 000 euros et 43 mois, durée moyenne de traitement d’une affaire pénale nécessitant une instruction. Nécessitant ou plutôt bénéficiant d’une instruction, sachant que seulement un tiers des affaires sont poursuivies.

Dans un État de droit, on ne confond pas ce qui est juste et ce qui est légal, ce qui est administrativement et procéduralement correct.

Mais la démocratie, la loi du plus fort, du plus nombreux et de celui qui hurle le plus fort ou le plus haut et de celui qui arrive à s’en sortir dans la jungle des zillions de textes réglementaires… a semble-t-il remplacé l’autre démocratie, celle qui promettait le respect du Droit.

La mort d’Adama Traoré date du 19 juillet 2016 et l’affaire est toujours au stade de l’instruction judiciaire. Quatre années. Quatre années d’expertises et de contre-enquêtes. Alors, racisme dans la police ou simple lenteur procédurale ordinaire et simple incapacité à rendre la justice dans des délais acceptables ?

Simple lenteur ordinaire d’un État obèse et qui est partout, sauf à sa place.

Voir les commentaires (24)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (24)
  • un état obèse qui s’allonge devant 23000 manifestants qui ont le droit de se réunir pour gueuler comme des veaux ; mais les restaurants , les bars ont interdiction de servir en salle  » pour éviter la promiscuité  » ; mais les citoyens doivent choisir leur horaire pour avoir accès à la plage pour les mêmes raisons ; mais les délinquants ont pignon sur rue pour pourrir la vie des autres …ce gouvernement de pleutres n’a pas sa place à la tête de ce pays ;

    • @véra ce n’est pas un gouvernement de pleutres , c’est un gouvernement qui a capitulé, nous subissons depuis bien longtemps la loi de l’occupant.

    • L’article est assez objectif je trouve, sans prise de position d’un camp ou l’autre ; c’est bien. De plus il répond en parti au problème en renvoyant la faute à la justice à deux vitesse de notre pays.
      Par contre, il est clair que les incohérences de notre gouvernement dans ses décisions nous rend plus radicaux…

  • La justice française est comme tous les services publics .. a la ramasse. Depuis Badinter ou on a introduit le facteur « social » dans l’interprétation de la loi, introduisant ainsi la politique dans la pratique.. çà ne s’est pas arrangé avec Taubira..
    Il n’y a pas de probleme avec la police , il y a un probleme avec la justice, un probleme politique et syndical..
    les délinquants ne sont plus châtiés, leur condition sociale justifiant toutes les dérives,
    la police arrête et le délinquant sors dans la journée , avec un bras d’honneur en prime..les peines de prison ferme sont commuées , les mandats de dépôt très rares, les mise en examen des politiques sans procès dans des buts électoraux etc..sont la norme(sarkozy jamais jugé)

    Avec un Etat faible qui cède a tout (zadiste etc) on penche du coté ou on va tomber , l’etat est en coma dépassé .. on entre dans la « revolution permanente » avec des manifs interdites mais tolérées (!), des lois
    imbéciles et la manipulation médiatique a tous les étages…
    Ce pays est foutu ! on ne sors du socialisme que par la faillite

  • Peace and love.. Là police est violente naturellement, la justice est violente lorsqu’elle n’est plus rendue.. Bienvenue dans le monde des hommes, ce ne sont pas des agneaux, cela n’a jamais été des agneaux et ils ne seront sûrement pas des agneaux lorsque les loups voudront les croquer comme ils semblent vouloir le faire… Bientôt un deuil national pour les crapules, après une minute de silence et un lavage de pieds, ce monde est devenu fou.

  • vous dédouaner un peu vite la police dans ce texte..ils ont aussi leur part de responsabilité en obéissant aux politiques et ce contre le peuple qui les paie… tout vient des gouvernements successifs qui promulguent des lois iniques, contradictoires et liberticides et Police et Justice sont en faute parce qu’ils les appliquent a la lettre.

    •  » parce qu’ils les appliquent a la lettre.  »

      Seulement pour les retraités, et autre petit bétail de subsistance…

    • appliquent les lois a la lettre?.. je me marre

      • toutes les lois qui nuisent aux français en général sont appliquées et le gouvernement en pond des nouvelles tout le temps ..après oui les lois qui devraient s’appliquer aux délinquants et multirécidivistes sont détournées par les avocats.

        • non les avocats ne peuvent pas « détourner » la loi, c’est le procureur qui définit la peine et le juge qui la prononce .. a tel point que quand Sarkozy a voulu introduire des jurés en correctionnelle , ils ne l’ont plus lâché..
          ce sont donc les juges qui ‘interprètent ‘ la loi

  • Tant qu’on aura un budget de la justice significativement inférieur à celui de la culture qu’ils appellent spectacles vivants…
    La solution serait simple mais quant on voit comment ils se couchent devant de des mafieux de banlieue, que peut-on espérer ?

    • la justice syndiquée a gauche est un affront a la nécessaire indépendance politique de l’institution.
      d’une manière plus générale aucun service public ne devrait etre syndiqué, comme en Allemagne

    • C’est toujours parcequ’il manque de l’argent que cela ne marche pas.. Non c’est parcequ’il y en a trop qui s’égare dans les méandres de l’administration. Quand la justice accepte de perdre son temps précieux avec des multi récidivistes, au lieu de les chasser du pays ou les mettre dans des culs de basse fosse.. Accepte les délires s’associantions vivant sur le dos de l’état et abusant sans cesse de la justice dans des procédures interminables.. Quand les députés ne se sentent pas député si ils n’ont pas pondu une loi nouvelle…. L’argent, non, cela serait gâcher d’en rajouter.

      • c’est clair et quand on voit les budgets ednat et hôpitaux toujours en hausse et ce que ça donne on peut être pessimiste quand a une amélioration via cette hausse .

    • Budget du ministère de la Justice ~7 G€.
      Budget du ministère de la Kultur ~11 G€.
      Les jeux sont faits, rien ne va plus!

      • il ya aussi un truc marrant…seuls l’exercice des metiers essentiels est autorisé; mais on ferme les écoles…ça m’a fait sourire je ressortirai à des profs que ils n’exercent pas un métier essentiel…

  • Il est assez probable que nous évoluions vers une guerre civile. Nos gouvernants ont capitulé depuis longtemps. Rien à en attendre, ou plutôt si une répression féroce devant toute velléité de résister comme ont pu le constater les LMPT, les GJ, et plus anecdotiquement les curés et Fillon.Qui sera le chef qui partira en terre étrangère former la résistance ? En tous les cas le peuple gronde et renâcle , certains journalistes de plus en plus nombreux osent parler haut comme ici ou ailleurs.

  • Séparation des (trois) pouvoirs?

    Il n’en reste que deux, l’exécutif et la presse, et ils sont comme cul et chemise.

    • Il y en a 3:
      La presse, les artistes et en dernier et dépendant des autres l’état, l’exécuteur des basses oeuvres…. Pas pour rien que nos milliardaires se battent pour acheter les médias plus efficace qu’acheter un politique.., un veston suffit mais on en a pour son argent, que des médiocres… A part le grand Jack mais il avait les artistes dans la poche de son pantalon.

  • Faut-il le répéter encore une fois la France, n’est PAS une démocratie, elle n’en a aucune des caractéristiques! Vous avez le droit de voter, puis de fermer votre gueule, sauf si vous êtes maghrébin, noir ou membre d’une minorité, ce qui vous permet de ne respecter aucune loi ou coutume française!

  • Article roboratif, intelligent, percutant, notamment un zapping réussi, très visuel. Bravo à l’auteur.

  • quand vous chez la définition de violence sur google, eh ho, je sai,s mais il faut bien commencer quelque part..
    vous trouvez
    violence
    Apprenez à prononcer
    nom féminin
    1.
    Abus de la force.
    La violence force brutale pour soumettre qqn.
    2.
    Acte violent.
    Il a subi des violences.
    3.
    Disposition naturelle à l’expression brutale des sentiments.
    Parler avec violence.
    Synonymes :
    brutalité
    4.
    Force brutale (d’une chose, d’un phénomène).
    La violence de la tempête, du vent.

    autrement dit la violence , on peut le comprendre comme usage de la force et abus de la force …alors que veut dire violence policière..???

    les gens pourraient dé »noncer l’abus de la force..c’est encadré et assez bien défini, un policier peut faire des trucs et pas d’autres..
    mais non toujours le CHOIX de slogans ambigus…

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Pour rappel, l’État de droit repose sur quatre piliers : la sécurité juridique, les droits et libertés fondamentaux, le principe de légalité, la hiérarchie des normes.

De plus, il repose sur deux principes : la séparation des pouvoirs et le rôle du juge comme garant de la légalité.

Un bilan sur l’état d’urgence de 2015 devrait être tiré : il n’a été d’aucune utilité pour lutter contre le terrorisme. De plus, la banalisation des mesures d’urgences est inquiétante pour les libertés publiques. L’état d’urgence devient un outil de g... Poursuivre la lecture

Le 24 mai, suite à la guerre en Ukraine, la Hongrie a instauré par l’intermédiaire de son Premier ministre Viktor Orban, un second état d’urgence, à la suite d’un premier état d’urgence dans le cadre de la pandémie du coronavirus. La Hongrie, démocratie illibérale, passe d’un état d’urgence à un autre sans que cela semble inquiéter sa population. Pire, elle semble réclamer cette sécurité excessive, portant atteinte à ses libertés fondamentales. Une forme de banalisation de l’état d’urgence a apparemment envahi ce pays.

Ce constat n’est... Poursuivre la lecture

Mesdames et messieurs les Français, vous avez les félicitations de Antonio Luis Santos da Costa, de Pedro Sánchez Pérez-Castejón et d’Olaf Scholz, et vous ne serez donc pas sanctionnés par Ursula von der Leyen comme de simples pays africains.

Dans un mouvement tout à fait inédit sur le plan diplomatique, les chefs des gouvernements socialistes du Portugal, de l’Espagne et de l’Allemagne ont exercé leur « devoir d’ingérence » en intervenant dans les élections démocratiques d’un autre pays de l’Union Européenne (UE), et pas des moindres,... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles