Derrière les violences policières, la défaillance de la justice

Justice by jurek d(CC BY-NC 2.0) — jurek d, CC-BY

Dans un État de droit, on ne confond pas ce qui est juste et ce qui est légal, ce qui est administrativement et procéduralement correct.

Par Olivier Maurice.

Quelle différence existe-t-il entre une bonne violence policière et une mauvaise violence policière ? Comme dans un fameux sketch des années 1980, la réponse est assez simple : « une bonne violence policière ? Ben… Tu vois un délinquant, tu frappes… »  La suite, vous la devinez tous.

Que s’est-il donc passé entre novembre 2019, alors que l’on apprenait que le parquet de Paris classait sans suite 54 affaires de violences policières liées au mouvement des Gilets jaunes dans le plus grand silence officiel et juin 2020 pour que subitement le président de la République monte au créneau et demande à ces ministres de « faire rapidement des propositions pour répondre aux revendications exprimées » ?

Le zapping

Il y a eu la mort Georges Floyd à Minneapolis et les débordements qui ont suivis. Il y a eu le retour au premier plan du mouvement #BlackLivesMatter. Il y a eu ces incroyables et dérangeantes scènes de contrition et de repentance.

Et puis il y a eu l’écho. L’habituel mimétisme d’une partie de la population française qui cherche à échapper de sa condition en se projetant depuis des années dans le Bronx et le Harlem des seventies, celui du rap de Grandmaster Flash et de Sugarhill Gang, dans la Californie des Black Panthers, dans l’Alabama de Rosa Parks et dans la Georgie des beignets de tomates vertes.

Bien évidemment, il y a l’habituelle différence entre le bon manifestant : celui qui chante du Gospel et fait des études universitaires compliquées et interminables dont le nom se termine par logie et le mauvais manifestant : celui qui sent le bistrot, le match de foot et la Peugeot 106.

Il y a eu aussi le principe de précaution, les bras grands ouverts sur le balcon devant la foule et le « quoi qu’il en coûte » clamé courageusement devant la fin du monde annoncée et inévitable. Et le flop. Le dégonflement, avec son feu d’artifice de fusibles qui explosent un peu partout : le président du comité scientifique, le professeur Jean-François Delfraissy qui vire à 180 degrés, le prévisionniste en chef Niel Fergusson qui s’auto-vire après avoir hurlé la vérité de l’imminence de 250 000 morts en Grande-Bretagne et de deux millions de victimes aux États-Unis, et puis le Lancet, qui s’excuse de publier des lettres anonymes. Le flop du ministre de la Santé et du directeur de la santé publique bien obligés de confirmer quotidiennement ce que la porte-parole du gouvernement venait de déclarer…

Le flop et la nécessité de changer de sujet. Vite. Très vite, avant de se voir contraint à une humiliante cérémonie de contrition forcée dont absolument personne ne peut ne pas voir la totale hypocrisie et le manque complet de sincérité.

Séparation des pouvoirs…

Dans un État de droit, la police a le monopole de la violence légale. Mais dans un État de droit, ce n’est pas l’exécutif qui rend la justice. Ce n’est pas l’exécutif qui décide si les policiers sont racistes, si les policiers sont violents, si les policiers dépassent les bornes ou enfreignent la loi.

Ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui décide de ce qui est juste, comme ce n’est pas le ministre de la Justice qui décide des moyens à employer.

Ce ne sont pas non plus les associations, ni les familles, ni les tribuns bolivariens, ni les people exilés au soleil…

Dans un État de droit, c’est le droit qui prévaut, c’est la justice qui détermine, tranquillement, hors des passions. Dans un État de droit, on ne règle pas les conflits en confrontant discours télévisés et démonstrations de force dans la rue, mais en confrontant deux argumentations contradictoires.

… et prévalence du Droit

Mais dans un État de droit, la justice ne met pas parfois 43 heures pour réagir quand il s’agit d’une histoire de costumes à 13 000 euros et 43 mois, durée moyenne de traitement d’une affaire pénale nécessitant une instruction. Nécessitant ou plutôt bénéficiant d’une instruction, sachant que seulement un tiers des affaires sont poursuivies.

Dans un État de droit, on ne confond pas ce qui est juste et ce qui est légal, ce qui est administrativement et procéduralement correct.

Mais la démocratie, la loi du plus fort, du plus nombreux et de celui qui hurle le plus fort ou le plus haut et de celui qui arrive à s’en sortir dans la jungle des zillions de textes réglementaires… a semble-t-il remplacé l’autre démocratie, celle qui promettait le respect du Droit.

La mort d’Adama Traoré date du 19 juillet 2016 et l’affaire est toujours au stade de l’instruction judiciaire. Quatre années. Quatre années d’expertises et de contre-enquêtes. Alors, racisme dans la police ou simple lenteur procédurale ordinaire et simple incapacité à rendre la justice dans des délais acceptables ?

Simple lenteur ordinaire d’un État obèse et qui est partout, sauf à sa place.

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