Chine : de la guerre économique à la guerre politique

Chinese Poster by Mr Martineau(CC BY-ND 2.0) — Mr Martineau,

C’est le capitalisme de connivence et l’impérialisme communiste qui plombent les valeurs de la mondialisation.

Par Jacques Garello.

Le conflit ouvert et sévère qui dresse plusieurs pays libres contre la Chine communiste a une double dimension : commerciale et politique. En arrière-plan du conflit deux fléaux qui plombent ce qu’on appelle « mondialisation » : le capitalisme de connivence et l’impérialisme communiste.

Quelle mondialisation ?

La « guerre économique » révèle tous les dangers d’une mondialisation qui a l’apparence du libre échange mais qui en fait est dominée de plus en plus par les États.

L’économie de marché implique le respect réciproque des obligations contractuelles, et les contrats sont en principe passés librement entre producteurs (entreprises) et consommateurs (ménages) sans considération de leur localisation.

Dans une logique marchande, et contrairement aux expressions courantes, ce ne sont pas des « nations » souveraines qui contractent, mais des personnes situées n’importe où dans le monde : les échanges ne sont pas « internationaux » mais « mondiaux ».

Les concepts ou mesures comme la balance commerciale ou la balance des paiements, ou le déficit extérieur, ou l’excédent extérieur relèvent d’une vue purement macro-économique. Ce sont des vestiges de l’erreur ricardienne qui ramène le commerce « extérieur » à deux pays (Angleterre et Portugal) échangeant deux produits (du vin et du drap), ce qui les amène à se spécialiser. Cette erreur a été dénoncée avec humour par Frédéric Bastiat.

Or, à l’heure actuelle et fort heureusement l’économie n’est plus « géonomique » (comme le prétendait François Perroux), elle n’est plus tributaire des ressources naturelles et de la localisation des acteurs. Tout se déplace ou peut se déplacer, en quelques secondes (opérations financières) ou en quelques jours (biens et services) ou en quelques semaines (établissements).

La pratique des « flux tendus » conduit à commander le plus tard possible ce dont on a besoin. La vraie mondialisation mettrait en œuvre l’extrême diversité des êtres humains ; de leur talent, de leur travail, de leur épargne, de leur connaissance, de leur art d’entreprendre.

Capitalisme de connivence et protectionnisme

Mais l’affaire chinoise (j’y reviens) illustre la réalité : la vraie mondialisation n’est aujourd’hui qu’apparence. Car les Chinois n’ont fait qu’exploiter avec plus de cynisme les mœurs protectionnistes de la plupart des États réputés démocratiques.

Il est paradoxal que l’abaissement apparent des frontières politiques dont la chute du mur de Berlin a été l’épisode le plus significatif se soit accompagné progressivement d’un retour au nationalisme économique.

La raison en est bien simple : les décisions politiques sont prises non pas en vue de quelque « intérêt général » ou de quelque « bien commun » (notions exaltantes mais vides de sens) mais dans la perspective de conquérir ou conserver le pouvoir. Les meilleures décisions sont donc celles qui ont toutes chances de séduire la clientèle électorale (et en particulier « l’électeur médian », celui qui fera basculer le scrutin).

De la sorte la pression exercée par des groupes aux intérêts catégoriels bien définis pousse la classe politique à neutraliser voire supprimer les « dangers » de la concurrence née de la mondialisation.

C’est vrai par exemple pour le groupe des paysans, pourtant très minoritaires dans la population active mais très influents dans quelques circonscriptions électorales. C’est encore plus vrai pour la plupart des grands groupes industriels dont la prospérité dépend des marchés publics, de la règlementation sociale et des charges fiscales.

Ainsi s’instaure une complicité durable entre classe politique et milieux d’affaires. Voilà ce qu’on appelle avec raison un « capitalisme de connivence », qui crée des profits artificiels nés non pas du meilleur service de la communauté mais d’une rente servie par le pouvoir politique.

La rente de protectionnisme est de ce point de vue très efficace : les droits de douane, les quotas ou licences d’importation, les normes juridiques, techniques et maintenant écologiques, les subventions ouvertes ou déguisées, les exonérations fiscales, les dépréciations monétaires, se sont multipliés au cours des vingt dernières années, elles ont fait un bond considérable avec les crises de 2001, 2008 et bien sûr 2020.

La crise est toujours l’occasion d’élargir le pouvoir de l’État. L’économie de marché devient une économie de guerre.

Guerre économique déclarée

Ainsi est engagée la « guerre économique » entre Chine et États-Unis principalement. Le protectionnisme américain n’est pas nouveau, il y a une tradition isolationniste dans ce pays (la doctrine de Monroë : l’Amérique aux Américains) et nul doute que Donald Trump a été élu sur la promesse de refaire des USA la grande puissance, menacée par une immigration incontrôlée sous le règne Obama mais aussi et surtout par la Chine à l’heure actuelle.

Il est facile de dénoncer le protectionnisme chinois déguisé. Donald Trump évoque volontiers les acrobaties monétaires et financières qui permettent au gouvernement chinois d’abaisser les prix à l’exportation. Mais il fait aussi référence à la façon dont les Chinois s’approprient les progrès techniques réalisés partout dans le monde.

Sans doute les entrepreneurs, les chercheurs, les ingénieurs invités en Chine sont-ils accueillis à bras ouverts par le gouvernement chinois. Mais les droits de propriété (théoriquement protégés par des brevets) sont de moins en moins respectés par les autorités chinoises.

C’est ensuite pour transférer en entreprises purement chinoises ce qui devait au départ être un partenariat, une joint venture.

C’est enfin en imposant aux citoyens chinois des comportements conformes aux vues politiques du Parti.

De la guerre économique à la guerre politique

C’est ici que la guerre économique devient une guerre politique : une guerre froide se donnant comme objectif de déséquilibrer le pouvoir chinois pour éviter qu’il ne déséquilibre le pouvoir en place dans les pays dits libres.

Ici, ce n’est pas seulement Donald Trump qui est en guerre, mais les Anglais, récemment rejoints par les Français et peut-être dans les prochaines heures par certains pays européens (puisque l’Union européenne n’a pas de voix ni de poids diplomatique).

Ce qui se passe à Hong Kong n’est pas une simple répression policière de manifestants nostalgiques d’un passé révolu. C’est tout un peuple, jeune et dynamique, qui ne veut pas tomber sous le joug communiste.

Ce joug n’est pas une simple atteinte à quelques libertés individuelles ou publiques, c’est une véritable et totale servitude, illustrée en particulier par la pratique du « crédit social » et de la « liste noire des mauvais citoyens ».

Au cours de cette année 2020 tous les jeunes Chinois seront contrôlés dans leurs activités civiles quotidiennes avec évidemment le recours à toutes les techniques de repérage et de stockage de leurs données. C’est évidemment la forme la plus odieuse du totalitarisme.

Mais l’impérialisme communiste chinois a un autre objectif : démontrer que le système de Pékin est le meilleur, le plus efficace, et conquérir systématiquement le reste du monde. L’offensive est déjà bien engagée en Afrique, les Chinois sont présents au Maghreb, mais aussi en Afrique transsaharienne.

L’Europe est aussi une cible importante : la « route de la soie » est une façon de raccourcir le chemin entre Chine et Union européenne, à travers des investissements massifs (initialement en Grèce, et maintenant dans plusieurs pays, y compris la France). Comment refuser les milliards apportés par les Chinois (eux-mêmes endettés bien sûr) ?

La crise du Covid-19 a été l’occasion de démontrer la domination chinoise : née en Chine (dans des circonstances pour l’instant mystérieuses), « accompagnée » par l’OMS  dirigée par un communiste éthiopien pro-Chinois, la pandémie mettra en évidence la rapidité et l’importance de l’aide apportée par la Chine :  des masques, des médicaments, des recherches. Les premiers atteints, les Chinois, seront parmi les moins touchés, les moins confinés dans la plupart des régions, et les premiers dé-confinés. Ils offrent au monde l’image d’un capitalisme politiquement organisé, et d’un communisme conquérant grâce à la supériorité technique et à la qualité civique du peuple chinois.

Prospective libérale

Savoir comment se déroulera la guerre économique engagée est à mon sens présomptueux. Les inconnues sont aujourd’hui trop nombreuses.

Inconnues politiques : élections américaines de novembre, position des Européens aujourd’hui divisés et hésitants, comportement des pays asiatiques (Corée, Japon, Taïwan, Singapour) et pacifiques (Australie, Nouvelle Zélande). Les Chinois résisteraient mal à un front réellement uni du reste du monde.

Inconnues économiques : les Chinois ne peuvent se fermer les marchés extérieurs, les producteurs concurrents de la Chine peuvent se relever plus ou moins vite de la récession due à la pandémie (et surtout aux stupides mesures qui l’ont accompagnée dans certains pays, dont le nôtre).

Il y a une seule certitude à court terme : sans désarmement commercial la guerre actuelle vaudrait une stagnation d’amplitude et de durée comparables à celle des années 1930.

Mais comment désarmer quand les organisations mondiales comme OMS ou CNUCED sont dépassées depuis longtemps, quand les accords « régionaux » sont difficiles à obtenir et à respecter ?

Deux forces poussent en sens inverse et feraient la victoire prolongée du protectionnisme : le populisme qui impute à la mondialisation (fût-elle bien malade) tous les malheurs actuels, et l’écologisme qui rejette le système de marché et le capitalisme (fussent-ils bien faussés).

À long terme, ma foi libérale m’inspire une réflexion mieux assurée. Aucune société ne peut durablement survivre sans le libre échange, la libre entreprise et l’État de droit. Le communisme soviétique à laquelle Paul Samuelson et John Kenneth Galbraith prédisaient une victoire sur le capitalisme américain n’a pas résisté, en dépit des millions de victimes. Il s’est effondré non du fait de pénuries massives mais parce que les peuples asservis ne pouvaient durablement être privés de toute perspective personnelle.

Seule une société de libertés est capable de progresser parce qu’elle met en œuvre la diversité des êtres humains, et parce qu’elle leur offre la liberté, la responsabilité, la propriété et la dignité conformes à sa nature profonde.

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