La guerre froide entre les États-Unis et la Chine : une tendance prévisible

American and Chinese flags By: futureatlas.com - CC BY 2.0

Il est fort probable que même sans la crise actuelle, la guerre froide entre la Chine et les États-Unis aurait eu lieu.

Par Alexandre Massaux

La crise du Covid-19 a des conséquences géopolitiques. La confrontation entre les États-Unis et la Chine en est une. Le fait que l’épidémie soit originaire de Wuhan en Chine et l’absence de communication de la part du pouvoir chinois les premiers mois sont sources d’importantes critiques de la part du gouvernement américain.

À l’inverse le gouvernement chinois a fait circuler des rumeurs selon lesquelles le virus viendrait des États-Unis. C’est ainsi une hausse de ton entre les deux États qui domine leurs relations ces dernières semaines.

Une confrontation qui ne date pas de la crise du Covid-19

Il est fort probable que même sans la crise actuelle, la guerre froide entre la Chine et les États-Unis aurait eu lieu. En effet, depuis le début du XXIe siècle, les États-Unis ont commencé un tournant vers l’Asie.

Le cœur du commerce international s’est décalé dans l’océan Pacifique : en 2018, neuf des 10 plus grands ports de containers sont sur la côte asiatique et six sont chinois (sept si on compte celui de Hong Kong). L’importance qu’a prise la Chine dans l’économie mondiale en a fait un acteur difficile à ignorer. Pékin a d’ailleurs bien compris son potentiel. Elle montre un fort activisme dans les organisations internationales afin d’assurer son influence, qu’il s’agisse du G20, des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shangaï mais aussi, comme le montre la crise actuelle, de l’OMS.

Les États-Unis n’ont pas ignoré cette tendance. Dès 2001, un document proposant une réorientation stratégique des États-Unis vers le Pacifique avait déjà été soumis au président Bush nouvellement élu. Sous la présidence Obama, Hillary Clinton, alors secrétaire d’État, a été l’une des architectes du « pivot asiatique » américain : la Chine est un partenaire essentiel des États-Unis mais ces derniers doivent aussi protéger leurs alliés japonais et sud-coréens.

Dans le prolongement du rapprochement initié par Henry Kissinger, la classe politique américaine a eu l’espoir de créer un partenariat géopolitique avec la Chine. Néanmoins, le durcissement du régime au cours du règne de Xi Jinping a peu à peu rendu difficile le rapprochement espéré.

La présidence Trump s’inscrit dans cette situation plus conflictuelle. Au départ, la rivalité va être avant toute commerciale : de par la doctrine protectionniste de l’ America First, la Chine est vue comme un adversaire économique. La guerre commerciale qui s’ensuit est doublée d’un affrontement politique avec une Chine ne cachant plus ses souhaits de contrôler la mer de Chine (voire au-delà).

La crise de l’insurrection à Hong Kong ajoute encore un facteur de confrontation supplémentaire.

Le risque du piège de Thucydide

Ce contexte d’escalade a poussé le professeur américain Graham Allison à parler de « piège de Thucydide » : une puissance dominante entre en guerre contre une puissance émergente de peur que cette dernière ne prenne sa place. Un phénomène qui rythmerait les relations internationales depuis l’Antiquité.

Cette solution est toutefois néfaste pour les deux camps car les deux en sortent ruinés. En effet, les États-Unis et la Chine restent trop interconnectés économiquement pour une confrontation directe.

De plus, la Chine détient une partie de la dette américaine (7 % de celle-ci, soit le second créancier derrière le Japon). Même si ce levier est difficile à activer pour Pékin, l’utiliser en situation de crise économique serait plus que néfaste pour les États-Unis.

La lutte contre l’URSS comme inspiration stratégique contre la Chine ?

Si Washington veut affronter la Chine, une posture plus réaliste serait de reproduire, tout en l’adaptant, la stratégie utilisée contre l’URSS : la stratégie du containment. En effet, elle visait à encercler géopolitiquement l’adversaire en utilisant les alliés des Américains et en bloquant l’extension de l’influence de l’ennemi.

Une autre approche plus agressive serait de s’inspirer de la stratégie de Ronald Reagan. Elle consistait à affaiblir l’URSS en aidant les opposants des régimes communistes et en poussant à bout l’économie soviétique par une course à l’armement ruineuse.

Ce second point n’est pas applicable face à une Chine ayant une économie plus robuste que celle de l’URSS et avec des États-Unis fortement endettés. Néanmoins, une approche visant à endiguer les prétentions chinoises est possible. Pour cela, les États-Unis doivent reformer et approfondir les liens avec leurs alliés.

Mais plus important, cela nécessitera un changement de mentalité de la part de l’Occident : pendant que la Chine a rouvert son économie et poursuit son développement militaire, l’Europe et les États-Unis restent paralysés politiquement et économiquement par la peur du virus. Une situation qui joue en faveur de Pékin.

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