StopCovid : quelle efficacité ? Quel coût pour les libertés individuelles ?

Si les contours de l’application StopCovid restent à préciser, il est aujourd’hui clair que l’État français souhaite jouer un rôle central au niveau du développement, du stockage des données et du processus d’alerte.

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StopCovid : quelle efficacité ? Quel coût pour les libertés individuelles ?

Publié le 13 mai 2020
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Par Sébastien Chapotard.
Un article de l’Iref-Europe

Inspirée de l’exemple de nombreux pays, à l’instar de Singapour, la France réfléchit au déploiement de StopCovid, application de traçage pour limiter la transmission du Covid-19. Comme de nombreux autres sujets depuis le développement du virus, StopCovid n’a pas échappé aux polémiques. Celles-ci portent sur plusieurs enjeux : la faisabilité technique, la fiabilité de l’application et l’impact sur nos libertés individuelles.

Centralisé ou décentralisé ?

Le modèle centralisé récupère, sous pseudonyme, toutes les informations dans un serveur central pour pouvoir ensuite les comparer et procéder à l’identification des contacts. Le modèle décentralisé fonctionne, lui, uniquement de smartphone à smartphone : chaque smartphone enregistre les contacts localement et avec une clé unique.

Une personne contaminée se déclare alors sur l’application avec une validation éventuelle de l’autorité sanitaire et une alerte est envoyée aux contacts enregistrés sur l’appareil. Aucune autorité centrale ne dispose donc des contacts de tous les utilisateurs. Avantages du modèle décentralisé : totale compatibilité avec des applications étrangères, plus grande rapidité de déploiement, meilleure protection de la vie privée et transparence.

Et, surtout, adéquation avec les systèmes des Iphones et téléphones Android. Google et Apple proposent une brique logicielle pour développer une application reposant sur le modèle décentralisé. Pour l’utiliser, les gouvernements doivent respecter certains principes : collecter le minimum de données nécessaires, ne les utiliser que pour lutter contre le coronavirus (tout autre usage, y compris publicitaire, est interdit), ne pas demander l’accès à la géolocalisation et recueillir le consentement des utilisateurs.

Une application centralisée ne peut utiliser cette brique logicielle et doit donc s’en passer. Seulement, Google et Apple ne le permettent pas. Notamment à cause de l’impossibilité d’activer le Bluetooth lorsque l’application n’est pas activée. Au sein de l’État un débat a opposé la direction interministérielle du numérique (DINUM) à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) au sujet de ces deux solutions.

Cédric O, secrétaire d’État au numérique a finalement tranché en faveur de l’INRIA qui défendait son propre protocole centralisé : ROBERT. Ce système présente selon lui davantage de garanties pour l’État et les citoyens en termes de confidentialité et de sécurité. L’INRIA a donc été chargée de piloter les travaux pour mettre l’application au point, aidée d’entreprises françaises (dont Orange, Capgemini ou Thales).

Faute d’accord avec Google et Apple, le projet patine. Le 2 mai 2020, Olivier Véran a averti que l’application ne serait pas prête pour le 11 mai. Contrairement à la France et au Royaume-Uni, d’autres pays comme l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse ou l’Estonie s’orientent vers une solution décentralisée et une mise en place rapide.

Fiabilité et traçage

Outre ces considérations techniques, la fiabilité de l’application est remise en cause. Il serait nécessaire qu’au moins 60 à 70 % de la population l’utilise, notamment grâce aux estimations d’une étude d’Oxford. Un tel taux de pénétration semble bien difficile à atteindre. Singapour, qui a déployé la technologie, n’est parvenu qu’à 16 %. En outre, seule 77 % de la population française est dotée d’un smartphone, ce sont surtout les personnes âgées qui n’en disposent pas.

La technologie Bluetooth n’est pas non plus parfaite, elle n’a pas été conçue pour mesurer des distances, son champ de détection est peu précis et varie d’un appareil à l’autre. Elle peut déterminer la durée du contact, mais pas son intensité ni sa proximité : une personne de dos ou de l’autre côté d’une vitre serait aussi détectée. Les alertes seraient ainsi peu fiables tout en donnant un faux sentiment de sécurité à ceux qui n’en reçoivent pas.

Le traçage généralisé remet en cause nos libertés individuelles. Devrons-nous y consentir, sous une contrainte plus ou moins avouée ? Car même si l’application ne devenait pas obligatoire, les citoyens seraient confrontés à une pression sociale forte. Cédric O a ainsi déjà affirmé que refuser ces outils pour des raisons philosophiques reviendrait à accepter un risque significatif de malades et de morts supplémentaires.

La pression pourrait aussi s’exercer par l’accès exclusif à des lieux publics, aux lieux de travail ou aux tests de dépistage. L’acceptation par une partie de la population est un premier pas pour l’imposer progressivement. Si l’application est justifiée par une urgence sanitaire temporaire, nul ne saurait dire combien de temps elle sera maintenue, ni jurer qu’elle ne sera pas utilisée à d’autres fins et desseins coercitifs.

Des associations, comme la Quadrature du Net, dénoncent le renforcement éventuel par StopCovid de « la croyance aveugle dans la technologie et la surveillance comme principales réponses aux crises sanitaires, écologiques ou économiques ».

Si les contours de l’application StopCovid restent à préciser, il est aujourd’hui clair que l’État français souhaite jouer un rôle central au niveau du développement, du stockage des données et du processus d’alerte. Les obstacles à un tel développement restent nombreux, notamment à l’opposition d’Apple et de Google.

Comme pour le confinement, il convient de comparer les bénéfices et les résultats escomptés aux coûts associés. Outre l’impossibilité éventuelle de développer une application centralisée, son efficacité reste douteuse alors que les privations de libertés sont, elles, bien tangibles.

Sur le web

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  • je n’ai aucune confiance dans le gouvernement ; j’ai toujours l’impression qu’il cherche à nous le mettre bien profond ;

    • Aucune confiance non plus. La seule chose qui me rassure c’est qu’un tel projet organisé par l’Etat Français a peu de chance de fonctionner.

      • L’état français ? On fait la même chose en Belgique en essayant de donner mauvaise conscience à ceux qui refuseraient. Pour l’instant, ici non plus ce n’est pas obligatoire. Mais jusqu’à quand ?

        • Je ne sais pas chez vous, mais ici, vous renseignez le nom et le n° de téléphone des personnes avec lesquelles vous avez été en contact pendant 15 minutes. Garantie (?) Tout sera traité de façon anonyme. Ben puisqu’on vous le dit.

          • Parallèlement on demande aux médecins de dénoncer non seulelent les malades (ce qui, en soi, contrevient au secret médical), mais en plus de renseigner, moyennant rémunération, les contacts, avec une prime s’il y a aussi le moyen de les joindre.
            Et dire qu’il y en a encore des corona-crédules, qui ne voient rien venir.
            @cloops007 le contrôle des populations est prévu pour être global. Il y aura bien quelques Etats résistants, mais pas la Françe ou la Belgique

    • Ce n’est pas qu’une impression. C’est la réalité.

      • Mais non. Regardez, c’est prévu : « Pour l’utiliser, les gouvernements doivent respecter certains principes : collecter le minimum de données nécessaires, ne les utiliser que pour lutter contre le coronavirus (tout autre usage, y compris publicitaire, est interdit), ne pas demander l’accès à la géolocalisation et recueillir le consentement des utilisateurs. »

        • Ça c’est les contraintes de l’application Google/Apple. Dont l’état veut justement se passer car c’est trop restrictif…
          On en arrive au point de remercier Google/Apple de protéger nos données personnelles. A ce rythme là, Facebook sera bientôt plus respectueux des données personnelles que l’état français…

    • Faut peut-être arrêter de penser être espionné par l’État !
      De toutes manières ce qui l’intéresse c’est de te taxer et t’imposer, pour cela des règles en place depuis longtemps le lui permettent : plus de salaire en liquide (obligé de passer par une banque), achats important (obligatoire en chèque, carte ou virement)… La déclaration sur les revenus est automatique… Après, si l’ON raconte sa vie sur internet (réseau sociaux) ce sont les fournisseurs d’accès de de stockage qui peuvent tout savoir et diffuser des info à leurs partenaires.
      Pour éviter l’«espionnage» retirer son fric dès réception ne faire aucun gros achat, n’avoir aucun téléphone, pas d’abonnement Gaz, Élec, Eau pas de véhicule immatriculé, ne pas être malade (évite la carte Vitale) en fait il faut évité de travailler pour ne pas être connu à la Sécu… Ne pas avoir de logement, en fait il faut être SDF et sans papier et ne jamais se faire arrêter…
      Je travaillais dans l’informatique et vu la quantité de données gérées… ON disait «Trop d’Info, Tue l’Info»… Je pense que quand ON à rien (ou pas grand chose) à se reprocher, il n’est pas nécessaire de se sentir particulièrement surveillé (par l’État)!

      • Avec 600000 lois, on a toujours quelque chose à se reprocher!
        Si vous voulez dire « tant qu’on va dans le sens du gouvernement, il n’est pas nécessaire de se sentir particulièrement surveillé » c’est vrai en France, mais aussi en Corée du Nord.

  • « Refuser ces outils pour des raisons philosophiques reviendrait à accepter un risque significatif de malades et de morts supplémentaires. » J’hésite entre deux choses: chantage ou menace. Dans les deux cas, c’est forcément une bonne raison pour ne pas installer cette app.

    • C’est bien pour ça qu’on imposera un bracelet à ceux qui ne l’installeront pas, avant de « pucer » toute la population à l’occasion d’un vaccin obligatoire. Du moins, c’est ce qui est prévu et ils vont essayer.

      • Et alors ? Vous êtes bijoutier ? Parce qu’à part pour la déco, on se demande bien comment un bracelet buggé fourni par l’Etat pourrait servir à quoi que ce soit, pour lui comme pour celui qui le porterait…

  • « La pression pourrait aussi s’exercer par l’accès exclusif… »

    Là, ce n’est plus de la pression mais de la contrainte.

  • Coûts associés énormes, bénéfices nuls.

    Si à Paris, vous avez 5 à 10% de personnes infectées, vous prenez les TP, RER, métro = top, vous allez croiser un grand nombre de personnes, de même sur un boulevard. Imaginez le nombre d’alertes. Cela va concerner plus de la moitié de la population.

    Cela ne peut fonctionner au début de l’épidémie, loin avant le pic.

  • J’accepte éventuellement d’être surveillé, mais j’estime ne pas avoir besoin d’un smartphone et d’être connecté en permanence…
    Donc, vais-je m’en faire offrir un par la communauté ? À quand le i-phone (à 1400€) remboursé par la sécu (alors que les lunettes et les soins dentaires ne le sont que très mal) ?

  • Comme pour le reste, l’aspect sanitaire n’est qu’un prétexte. Le but est de tester des méthodes de contrôle de la population.

  • Les commentaires sont fermés.

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