L’euro succombera-t-il au coronavirus ?

Coronavirus girl By: Nik Anderson - CC BY 2.0

Les Allemands deviennent de plus en plus critiques de la politique de la Banque centrale européenne. L’avenir de l’euro pourrait commencer à se jouer dans trois mois.

Par Simone Wapler. 

Cet article s’adresse uniquement à ceux qui pensent que l’argent gratuit n’existe pas et qu’il est immoral de vouloir vivre de l’argent des autres. Bref, lecture adaptée aux fourmis mais âmes sensibles de cigales s’abstenir.

Puisque nous sommes entre fourmis, je vous fais un rapide résumé sans délayages superflus de la situation en ce milieu de printemps :

 

  • La France active, celle qui permet de remplir les caisses de l’État, a été mise à l’arrêt par le parti En Marche.
  • Beaucoup de promesses ont été faites par un gouvernement qui, comme ses prédécesseurs depuis 46 années, empile les déficits : chômage partiel, prêts aux entreprises proches du pouvoir, lendemains déconfinés et enchantés grâce à de l’argent qui n’existe pas.
  • En France, en régime d’avant Covid, 57 % du PIB était sous contrôle de l’État. Autrement dit, seulement 43 % dépendent du secteur privé, celui qui est soumis à la concurrence. Des nationalisations larvées sont au programme, nous allons donc encore pousser le curseur en zone communiste.
  • Les Allemands savent que le communisme ne fonctionne pas. Ils ont essayé et, même avec l’organisation et l’efficacité allemande, ça a foiré.
  • Sachant que 20 % du PIB français est lié au tourisme, le tableau économique est hideux, du style Disneyland géré par Pol Pot. Völliges Versagen (échec total) prévisible. Au passage, je ne peux pas donner tort aux Allemands. J’ai lu dans La Voix du Sancerrois (région familière du tourisme des fourmis de l’Europe du nord dans laquelle je suis confinée) qu’un tiers des restaurateurs de la région pourrait ne pas rouvrir pour cause de faillite.
  • La France a essayé de pousser les fourmis teutonnes vers les coronabonds des titres de dettes qui seraient émis par l’Union européenne pour financer les dépenses publiques de chaque État liées au corona.

La révolte des fourmis teutonnes

En décodé, ce dernier (en date) crissement de cigales signifie « fourmis teutonnes, sortez vos cartes de crédit afin que nous puissions flamber comme avant ».

Fourmis gauloises, sachez que les fourmis teutonnes montrent les dents et que de ce fait les projets à trois milliards – tels que la nationalisation à l’échelon européen des pertes colossales d’Air France – risquent de tomber sur un os.

À ce stade Grosse Aufstand (révolte) des fourmis teutonnes… Que faire ? « Dénoncer les agissements fourbes de la Banque centrale européenne car cette institution européenne est le bras armé financier des cigales de l’Eurozone », décident les Allemands.

Ce qui est chose faite : la cour allemande de Karlsruhe est saisie de la question. Mediapart s’étouffe immédiatement d’indignation de cigale offensée découvrant que l’argent ne pousse pas sur les palmiers.

Si vous voulez un article gratuit pour vous faire une opinion plus nuancée, vous allez sur Les Échos.

Souvenez-vous qu’en Allemagne la retraite n’est pas un système de Ponzi ou de cavalerie mais un système par capitalisation. Or si les taux sont à zéro, il n’y a plus de capitalisation… Cela fait dix ans que les fourmis n’amassent plus comme prévu et craignent de se retrouver fort dépourvues lorsque la bise sera venue. À ce stade, grippe ou pas, elles n’en peuvent plus. D’autant plus qu’elles ont mieux digéré le pangolin que les cigales.

À terme, l’euro est foutu

Si la décision de la Cour allemande remet en cause certains agissements de la BCE, les cigales risquent de crisser de désespoir. À terme, l’euro est foutu.

Jusqu’à présent, les fourmis teutonnes avaient une épine dans leur pied qui les freinait : la fin de l’euro signerait aussi très probablement la faillite de Deutsche Bank.

Mais entre deux maux, il faut savoir choisir le moindre. Quelle est la pire situation : mourir au travail, esclaves de cigales ou encaisser la faillite d’une méga-banque nationale et rebondir ? C’est en réalité la question que devra trancher la Cour suprême allemande dans trois mois.

Chères fourmis compatriotes, quoiqu’il advienne, comme je l’explique dans mon dernier livre, La rage de l’impôt, cela ne nous dispensera pas de continuer à financer les coupables agissements de nos cigales nationales. La seule façon de sortir de l’impasse serait de convaincre les cigales que « l’État, c’est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde », comme le disait Frédéric Bastiat.

L’exécrable gestion de cette crise sanitaire devrait pouvoir nous y aider. L’État protecteur et obèse a failli. À nous de savoir montrer au boulimique les bienfaits d’un régime sévère.

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