Argent gratuit : à l’origine du mal, la facilité

Le système d’argent gratuit – le créditisme – a corrompu le capitalisme, l’économie réelle, la politique et les électeurs, c’est-à-dire nous.

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Argent gratuit : à l’origine du mal, la facilité

Publié le 11 mai 2019
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Par Simone Wapler.

Terminons ici le fil doré de mes 20 ans de chroniques.

L’ère de l’argent gratuit, instaurée depuis 1971, est la racine de toutes les crises financières qui se succèdent depuis 20 ans – et de celle qui ne tardera pas à se produire.

Mais l’argent gratuit n’a pas corrompu que l’économie. Il a aussi corrompu la politique et les électeurs.

Le créditisme a conduit à la financiarisation de l’économie. Les entreprises produisent pour des clients insolvables. Ces clients payent avec de l’argent gratuit distribué par leur gouvernement. Les ressources sont gaspillées.

De nombreuses entreprises elles-mêmes insolvables survivent grâce au créditisme. Un récent rapport de Bank of America Merril Lynch estime à 536 le nombre d’entreprises zombies cotées dans le monde, soit 13 %.

Ces entreprises sont incapables de rembourser leurs emprunts par les profits qu’elles dégagent. Elles se contentent d’emprunter à nouveau, à un taux plus bas, pour se refinancer. Ces zombies emploient des gens, consomment de l’énergie, utilisent des machines, des services pour des activités non rentables. C’est exactement l’économie de l’URSS.

La dette mondiale atteint 250 000 milliards d’euros, soit 3,2 fois le PIB mondial, un niveau inédit. La plupart des pays riches sont endettés comme en temps de guerre alors que nous sommes en temps de paix et prétendument dans un cycle de reprise économique. Les dettes publiques se montent à 65 000 milliards d’euros.

65 000 milliards d’euros de corruption

Ces 65 000 milliards d’euros de dettes publiques matérialisent la corruption politique.

Avant le créditisme, un gouvernement ne pouvait pas distribuer de l’argent gratuit. Soit l’inflation finissait par remettre les pendules à l’heure, soit les taux d’intérêt montaient vertigineusement, dissuadant tout recours à l’emprunt.

Avec le créditisme les belles promesses politiques se financent à taux zéro ou presque sans avoir à faire les frais d’une révolte fiscale.

À ce stade, cher lecteur, je vais quitter le monde de la finance pure pour dériver vers celui de la politique.

L’État n’investit pas. Ce n’est pas dans sa nature. Le rôle de l’État est d’abord de remplir ses missions légitimes – police, justice, armée, diplomatie. Ces missions protègent les droits naturels de chacun : liberté, propriété, sûreté et résistance à l’oppression. Elles sont déléguées à l’État car elles ne peuvent être rentables.

Les gens s’accordent en général pour dire qu’il vaut mieux que police, justice, armée et diplomatie ne soient pas des activités lucratives. C’est un consensus, comme on dit de nos jours, validé par l’Histoire.

C’est seulement ces missions légitimes qui sont du ressort de l’intérêt général et il est normal qu’elles soient financées par nos impôts.

Le mensonge de l’investissement public

Lorsque l’État prétend « investir » en dehors de ses missions légitimes, c’est un mensonge. Il dépense de l’argent et il n’y a jamais retour sur investissement. En France, l’État s’endette depuis 1974, la dette grossit depuis 45 ans, preuve que le retour sur investissement n’est jamais au rendez-vous.

À chaque fois que l’État outrepasse ses fonctions légitimes, il ne sert plus l’intérêt général. Il sert des intérêts particuliers et un système de corruption se met alors en place.

Prenons un exemple économique. Chacun de nous est consommateur. L’intérêt général est donc celui du consommateur. La production en revanche est spécialisée. Chaque producteur a donc des intérêts particuliers. Lorsque l’État subventionne un producteur ou un secteur, il sert des intérêts particuliers en détournant l’argent de nos impôts ou en s’endettant.

C’est le capitalisme de connivence qui s’instaure et non plus la concurrence honnête. Ceci a toujours existé mais il y a désormais une corruption encore plus profonde.

Le financement de la corruption par la dette publique

Autrefois, le système de corruption publique se finançait par l’impôt, par de l’argent existant. Si les impôts augmentaient trop, une révolte fiscale se chargeait de remettre l’État à sa place.

Maintenant, le système de corruption se finance par la dette publique, par l’argent du futur. Si l’on admet que la dette publique sera remboursée un jour, ce sont les générations suivantes qui acquitteront ce qui n’est qu’un stock d’impôts. Nous sommes donc dans un système où il y a taxation sans représentation des générations futures.

La taxation sans représentation est le système le plus injuste qui soit, c’est le pillage de la propriété privée.

Comment nos impôts sont dévoyés

Il y a encore plus grave. La France est championne du monde de la fiscalité et dans le peloton de tête de la dette publique.

Sur 1 000 euros de dépenses publiques, moins de 120 euros sont dévolus aux missions légitimes de l’État. Les « dépenses sociales », la redistribution envers les citoyens, représentent 575 euros ; les « dépenses sectorielles »,  autrement dit la redistribution à des entités (entreprises, éducation, recherche), représentent 262 euros.

Nos impôts et notre dette publique financent en réalité des « projets de société » qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général, des lubies de politiciens professionnels, des utopies égalitaristes conduisant à un lamentable nivellement par le bas.

Si la distribution est injuste, c’est le cadre légal qui permet cette distribution injuste qu’il faudrait revoir : le capitalisme de connivence, les distorsions de concurrence pour satisfaire tel ou tel lobby.

Si la distribution est équitable, qu’elle récompense le talent, le travail… quelle est la raison qui justifie l’interférence de l’État ? Pourquoi ne laisse-t-on pas les gens s’enrichir, aller jusqu’au bout de leur potentiel ?

Pourquoi la politique échappe-t-elle à la généralisation des meilleures pratiques ?

La politique est un service comme un autre. Ce service consiste à assurer au mieux les fonctions légitimes de l’État. Comme pour toute activité, la généralisation des meilleures pratiques devrait être la règle.

Comment font les autres quand ils font mieux que nous ? Pourquoi ne pas s’inspirer de leurs solutions ? Pourquoi nos politiciens professionnels ne posent-ils pas les problèmes en ces termes ? D’autres pays ont résolu la question du chômage de masse, de la dégradation de l’enseignement, de l’équilibre des retraites, etc. Ils sont plus prospères que nous.

Pourquoi nos politiciens préfèrent-ils distribuer de l’argent gratuit plutôt que de nous proposer ce qui fonctionne ailleurs et pourquoi acceptons-nous, nous-mêmes, cet argent gratuit ou sa distribution ?

Par corruption, par facilité.

Le choix de la facilité finit toujours par se payer très cher. L’argent gratuit n’existe pas. Ce qui a été pris au futur se paiera.

La prochaine fois qu’un politicien vous promettra une « niche », une subvention, une réduction d’impôts sans réduction de dépense publique, des lendemains merveilleux grâce à son jus de crâne, dites-lui que vous n’acceptez pas la corruption.

Pour plus d’informations, c’est ici

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  • C’est très facile a comprendre .. combien de sociétés « privées » n’ont pour principal client , l’etat , les collectivités et/ou les entreprises publiques ?
    Voila , toutes ces sociétés vivent de l’impôt, on comprendra facilement qu’elles n’ont de privées que l’appellation

  • « je vais quitter le monde de la finance pure pour dériver vers celui de la politique. »

    Le monde de la politique qui aurait bien besoin de quelques ingénieurs de votre trempe pour dégonfler les illusions qui pullulent et se répandent au mépris de toute rationalité.
    Vaste programme …

    • Ce n’est pas de rationalité (qui est un moyen pas une fin) qu’on a besoin mais de sens pratique. Qu’est ce qui fabrique les illusions si ce n’est la raison.

    • Certains politiciens se font des illusions. Mais je pense qu’une bonne partie sait parfaitement qu’on va dans le mur, et comment fonctionne l’économie. Mais ce sont des commerciaux, des vendeurs de rêves. Ils ont bien compris que vendre leur programme se fera beaucoup plus facilement avec le jeu de l’émotion plutôt que la froideur de la réalité.
      Alors il nous vendent ce qu’on veut. On veut se rassurer, on veut de la solidarité avec l’argent des autres, on veut la baisse du chômage sans faire l’effort de chercher vraiment un emploi, confortablement installé sur nos allocs. On veut payer moins d’impôts mais avoir une poste, un hôpital, une gare et des services publics pas loin de chez nous.

      Au fur et à mesure de ces 60 ans de recul de la responsabilité au profit de l’Etat, on perd peu à peu son indépendance, sa capacité à se débrouiller par soi-même. Le cercle vicieux est enclenché, les gens votent pour les mêmes, espérant que l’Etat leur fournira ce qu’ils sont devenu incapables de faire eux-même.

      Il ne faut pas d’ingénieurs en politique, il faut quelqu’un qui ne souhaite pas en faire, un entrepreneur, un gars qui accepte de dire les choses clairement sur la situation et les réformes à mettre en place. Et si par miracle il est élu, il faudra qu’il se dise qu’il ne fera qu’un mandat, car les effets des réformes ne porteront leurs fruits qu’à partir de 5-6 ans.
      Et pour l’instant, la politique, c’est une affaire de professionnels et une volonté d’être réélu, avant toute chose.

      • Sans doute y a-t-il en effet un déficit d’honnêteté dans le microcosme politique mais je constate surtout un déficit de compétence chez les gouvernants et leur entourage de pseudo-experts. Les élus ont toujours aguiché mais au moins avant l’ENA ils s’entouraient de conseillers discrets et suffisamment pointus pour leur éviter les pires erreurs, depuis ils ne sont plus épaulés que par des experts en marketing, emballage et bavardage.

        • Parce qu’ils ont compris qu’en politique, bavarder est plus intéressant qu’agir.

          • C’est surtout que tout bon communiste est plus obsédé par le contrôle de la vie des autres que par la réalité des faits. En URSS, les lopins de terre représentaient 3 % des terres cultivées et assuraient un tiers des récoltes. Personne ne se posa la question de la remise en cause des fermes d’Etat y compris quand la famine pointa son nez dans les années 80.

    • Les acteurs sont pourtant rationnels. Mélenchiasse a attendu que les Gilets jaunes arrêtent d’exiger la baisse des taxes sur l’essence et demandent plus d’impôts pour les riches pour entrer dans la danse. Pourquoi ? Il n’a jamais travaillé honnêtement, c-a-d créé de la valeur dans le secteur marchand, un seul jour de sa vie. Idem pour la plupart de ses copains du parti.

  • Encore une victime du « ismisme » (mettre des -isme à la fin de tout). L’auteure n’a pas entièrement tort dans quelques principes, mais comme elle est financière et pas du tout philosophe, cette « analyse » est totalement biaisée et trop limitée pour valoir vraiment quelque chose.
    Au final, je me demande même pourquoi je commente.. Ah oui.. j’aime donner mon avis, c’est beau la liberté.

    • « cette « analyse » est totalement biaisée et trop limitée pour valoir vraiment quelque chose. »
      Tiens donc!
      Allez-y, éclairez nous au sujet de ces biais et limites que vous avez constatés.

      • Avec vous, va falloir employer l’ampoule 20000 watts… fatiguant..
        L’auteure place l’Etat comme cause de tous les malheurs, notamment du capitalisme de connivence et du crédit, et que sans l’Etat, ces deux fléaux n’existeraient pas.
        Or, il n’échappera pas à votre sagacité que cela néglige le fait que le libéralisme est tout autant responsable !
        Ben oui… ces méchants corrupteurs défendent leurs intérêts personnels, donnent de l’argent pour avoir des avantages, achètent donc des passe-droits, donc ils réfléchissent en purs libéraux ! Ils ne croient pas au bien commun, aux intérêts communs etc. Ne dites pas que le libéralisme repose sur la non-agression. Ces corrupteurs n’agressent personne, ils font juste jouer la concurrence de la corruption. Un autre corrupteur (payeur) pourrait également payer pour avoir ses droits. Il choisit librement de ne pas le faire.
        Et au sujet du crédit : qui pousse au crédit ? Les prix de l’immobilier sont stratosphériques dans certains endroits à cause de l’offre et la demande. Impossible d’acheter sans crédit. et donc impossible d’accéder à la propriété privée sans crédit. Et quid des crédits à la consommation ? Toutes les enseignes de la grande distribution ou spécialisée ont des formules de financement pour acquérir un lave-linge (indispensable bien sûr, les laveries automatiques, c’est trop communiste), la pub des entreprises privées font miroiter des taux bas etc… L’Etat vit à crédit c’est certain, pour le bien commun. Les sociétés vivent à crédit pour le bien de leurs actionnaires en premier lieu, et parce que c’est très difficile de faire autrement; les citoyens vivent à crédit car ils le choisissent parfois, car ils n’ont pas le choix dans d’autre ou parce qu’ils y sont poussés par la pub (ignorance totale de la psychologie humaine dans cet article). (Mais qui protège les citoyens contre les abus des sociétés de crédit ? Le vilain état.). Je m’embrouille un peu… faut dire que j’ai faim.

        • l’Etat comme cause de tous les malheurs

          L’auteur place uniquement l’Etat providence comme cause des malheurs. Il faudrait lire correctement l’article. L’Etat minimal n’est pas l’Etat providence national socialiste.

          La corruption est TOUJOURS « publique ».

          • L’Etat minimal n’est que l’aveu de l’impuissance des libéraux face à des enjeux que le Marché ou que l’individu ne peut résoudre. Et pourtant, croyez le ou non, je suis aussi en faveur d’un Etat réduit, mais pas autant que vous.
            Si j’étais mauvaise langue, je dirais que laisser la fonction régalienne de l’armée, de la justice et de la police aux soins de l’Etat est le premier pas, et le plus important, vers la dictature.

            • Dictature si vous laissez la population se défendre comme elle l’entend ?

              • Se défendre par les armes contre l’Etat qui a la police et l’armée ?

                • Au cas où ça vous aurait échappé, les génocides ont toujours eu lieu dans des pays où la population avait été désarmée au préalable : Allemagne, URSS, Cambodge. Mais pas USA ou Suisse, comme c’est curieux.

                  • ben oui…. on désarme pour génocider, ou on génocide les désarmés. Mais sinon, je n’ai toujours pas compris de quoi vous parliez ou pourquoi vous avez débarqué en disant « Dictature si vous laissez la population se défendre comme elle l’entend ? ». Vous réagissiez à quelle partie de mon commentaire ? En voulant dire quoi ? Pas clair.

                    • Ceux qui voudraient se passer des services de l’Etat pour se défendre pourraient le faire. La concurrence est le pire ennemi des hommes de l’Etat.

                    • Donc vous enlevez à l’état son rôle régalien d’armée et de police. Il n’y a plus d’état en fait. Mais des gens qui pourraient donc créer leurs armées et leur police. Et d’autres personnes pourraient s’allier à elles ou se placer sous leur protection moyennant payement bien sûr. Je propose d’appeler ce système « féodalisme », ça sonne bien. Et tout ce petit monde se fera concurrence (la guerre) et l’un ou l’autre sortira du lot, deviendra comte, duc, prince, roi et enfin Empereur !

                    • Sinon, plutôt qu’un système féodalisé, vous avez aussi cette vision là des choses…
                      http://www.quebecoislibre.org/14/140915-2.html

          • « ces méchants corrupteurs défendent leurs intérêts personnels, donnent de l’argent pour avoir des avantages, achètent donc des passe-droits, donc ils réfléchissent en purs libéraux ! »

            Non, pas du tout.
            https://www.objectifliberte.fr/2011/04/les-nouvelles-oligarchies-cancer-des-libertes.html

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