La faillite décontractée de l’État français

Semeuse_1921_-_50_centimes_Bleu-Wikimedia commons — Louis-Oscar Roty,

Il est évident que « dépenser sans compter », comme le dit Gérald Darmanin, finira à la charge du contribuable.

Par Philippe Lacoude.

Normalement, les Français sont immunisés. Pas contre le SARS-CoV-2. Mais contre les effets neurologiques des déclarations consternantes de leurs ministres de l’Économie ou du Budget :

  • « Ces rumeurs sont totalement infondées et les trois agences, Standard & Poor’s, Fitch et Moody’s ont confirmé qu’il n’y avait pas de risque de dégradation » de la note AAA de la dette française. – François Baroin (10 août 2011)
  • « La question des comptes publiques est accessoire. » – Arnaud Montebourg (7 avril 2014)
  • « La croissance zéro, ce n’est pas grave. » – Michel Sapin (15 mai 2014)
  • Il faut « une Europe davantage intégrée » avec « une relance keynésienne au niveau européen, via un budget investissement élaboré au niveau de la zone euro ». – Emmanuel Macron (25 février 2016)

Mais c’était sans compter sur l’inénarrable Gégé !

Récemment le ministre de l’Action et comptes publics Gérald Darmanin a expliqué – sans rire ! – que :

« c’est parce que nos finances publiques étaient saines que nous pouvons dépenser en temps de guerre ».

Une pareille insulte à l’intelligence du public ne devrait pas être permise dans un pays dont l’État avait déjà 2415,1 milliards d’euros de dette publique à la fin du troisième trimestre 2019. La gabegie de ces dernières années avait finalement conduit au dépassement de la barre fatidique de 100 % de dette en pourcentage du PIB.

Heureusement pour le gouvernement, les prévisibles remontrances de l’Union européenne auront été complètement éclipsées par la crise du Covid-19 qui a donné prétexte à, je cite le ministre, « dépenser quasiment sans compter » (sic !).

Dépenser sans compter : distribution tous azimuts

Et comme à l’accoutumée quand on parle d’ouvrir tout grand les robinets à pognon gratuit, tous les canards boiteux de la « politique industrielle de la France », qui sont depuis des décennies vérolés par les syndicats marxistes et les énarques « gestionnaires » à la petite semaine, ont tendu la sébile.

Air France, déjà en situation très précaire, va soutirer 7 milliards d’euros aux contribuables. Renault, mise à genoux par l’incurie des actions mal inspirées d’un ministricule apprenti-industriel en 2016, va pomper 5 milliards d’euros dans les poches des gens productifs. La Poste – dont les sévices laissent plus qu’à désirer depuis le début de la crise – va sucer des dizaines de millions d’euros au motif qu’elle vient de découvrir le… commerce en ligne… de la distribution de masques !

Je suis prêt à ouvrir les paris : la SNCF et la RATP, qui accumulent des déficits sans commune mesure avec les déficits auxquels elles nous ont pourtant habitués, finiront par larmoyer des milliards d’ici à la fin de l’année.

Ne nous leurrons pas ! Une partie substantielle de ces dizaines de milliards d’euros de prêts ne seront jamais remboursés par les entreprises emprunteuses qui étaient déjà en difficulté avant la crise actuelle. Tout cela finira à la charge du contribuable dans un contexte de contraction économique d’une soudaineté sans précédent.

À tout cela, il faut ajouter le chômage massif, les primes pour acheter la paix sociale et l’effondrement des recettes fiscales.

David Ricardo

Il y a 150 ans, David Ricardo, un banquier devenu l’un des plus grands économistes de son temps, a remarqué que les gouvernements peuvent financer leurs dépenses en prélevant des impôts ou en émettant des obligations.

Étant donné que les obligations sont des prêts qui doivent éventuellement être remboursés, probablement en augmentant les impôts à l’avenir, le choix est donc « de taxer maintenant ou de taxer plus tard ».

Une émission d’obligation d’État aujourd’hui n’est qu’un impôt futur. Cette égalité porte le nom de théorème d’équivalence de Ricardo.

« Dépenser quasiment sans compter »

« Dépenser quasiment sans compter » (comme dit notre ministre) en empruntant massivement revient donc à taxer plus tard.

De combien ?

Eh bien d’environ 185,4 milliards d’euros !

À moins que l’État se mette en cessation de paiement, les Français finiront par cracher ces 185 milliards au fisc. Les impôts vont pleuvoir sous toutes les formes possibles. Il y aura un, deux, trois ou dix impôts Covid-19.

Comme l’avait compris David Ricardo, il est parfaitement impossible qu’il en soit autrement.

Baisse du PIB

Entretemps, comme une grande partie des 110 milliards d’euros d’argent des autres servent à financer le chômage partiel – dû au confinement obligatoire d’une grande partie de la population – les recettes fiscales n’entrent pas. La crise sanitaire, ou plutôt, le confinement obligatoire, vont amputer les recettes fiscales françaises de 42,7 milliards d’euros en 2020.

Ce n’est évidemment qu’un début : ce chiffre est la révision du mois d’avril. En mars, le gouvernement anticipait une baisse des recettes de seulement 10 milliards d’euros sur l’année.

Les ménages ne sont pas fous. Ils comprennent que la situation a été rendue catastrophique, autant d’ailleurs par les actions gouvernementales que par l’épidémie elle-même. Ils ont mis de côté 55 milliards d’euros depuis le début de la crise. Cette épargne exceptionnelle ne va pas servir à la consommation de sitôt !

Hausse de la dépense, baisse des recettes, effondrement de la production… Nécessairement, le déficit du budget de l’État en termes de PIB augmente en flèche avec une prévision de -9,1 % sur l’année ! De son côté, la dette rapportée au PIB atteindra 115 % du PIB. Toutes les routes mènent à Rome et, quand on y sera, à Athènes !

Ces estimations sont très optimistes. Elles supposent le redémarrage de l’économie à la fin du confinement. Il n’y a rien là-dedans qui tiendrait compte du fait qu’il n’existe, à l’horizon immédiat, pas plus d’immunité de groupe que de vaccin miracle.

On va vite s’apercevoir qu’il faudra distribuer davantage d’argent gratuit ou prendre des décisions difficiles.

La semeuse

L’allégorie picturale française, inventée par Oscar Roty vers 1887, présentant une jeune femme coiffée d’un bonnet phrygien semant à tout vent, devenue avec le temps un des symboles de la République Française, n’a jamais été si parfaite que depuis le sinistre « dépenser quasiment sans compter » !

Et tout va se passer comme on peut le prévoir !

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