Vaincre le coronavirus : merci au pétrole et au nucléaire !

Raffineria di Falconara Marittima by castgen — castgen, CC-BY

Pétrole et nucléaire, les grands oubliés des entreprises considérées comme essentielles, qui pourtant permettent la fabrication des sur-blouses, charlottes, masques FFP2 (100 % polypropylène) et seringues.

Par Philippe Charlez.

Depuis le début du confinement la France applaudit chaque jour à 20 heures son personnel soignant. Il s’agit là d’une juste reconnaissance envers une population souvent mal rémunérée et travaillant dans des conditions très difficiles. Dans le cadre de la pandémie actuelle elle est aussi en première ligne face au risque de contagion.

En seconde ligne d’autres activités se sont révélées stratégiques pour permettre à 60 millions de confinés de subsister : industrie agro-alimentaire, grande, moyenne et petite distribution, pharmacies, transports routiers, éboueurs, armée.

Pourtant deux « acteurs incontournables » ont été totalement ignorés : le pétrole et le nucléaire.

Les mal-aimés pourtant indispensables

Le pétrole est surtout connu comme le principal « aliment » des transports où il représente 93 % de l’énergie consommée. Le confinement ayant laissé voitures au garage, avions au sol et bateaux à quai, la consommation pétrolière a ainsi baissé de 30 % provoquant une chute spectaculaires des cours.

Mais les transports ne représentent en fait que 55 % de la consommation mondiale de pétrole. Une part signification des 45 % restants est utilisée pour le chauffage domestique et la pétrochimie.

Les matières plastiques résultent de la transformation du pétrole léger (le naphta) en éthylène et propylène puis en polyéthylène, polypropylène, polyamide ou élastomères synthétiques. On les retrouve partout dans notre société moderne depuis la carcasse de l’iPhone jusqu’au tableau de bord de la voiture en passant par la chemise ou les bas nylon.

Par rapport aux fibres naturelles comme la laine, la soie ou le coton, les fibres synthétiques ont l’avantage décisif de la finesse. Une fois moulé ou tissé, le plastique est beaucoup moins perméable et beaucoup plus résistant que la fibre naturelle. Il n’est donc pas étonnant que la plupart des vêtements médicaux dont on ne cesse de parler dans les médias depuis deux mois soient fabriqués à base de fibres synthétiques.

Ainsi, les sur-blouses (65 % polyester), les charlottes (100 % polypropylène), les chaussons (100 % polypropylène) mais aussi les masques FFP2 (100 % polypropylène) et les seringues (polypropylène et isoprène synthétique) nécessaires pour les tests sont tous fabriqués à base de pétrole. Sans oublier le gel hydro-alcoolique composé d’un mélange d’éthanol et d’isopropanol eux-mêmes synthétisés par hydratation de l’éthylène et du propylène et les lingettes désinfectantes qui associent support plastique et solution alcoolique.

Autrement dit 100 % des gestes barrières que nous serine Jérôme Salomon dans son homélie quotidienne sont composés… de pétrole.

Des mines sur le pas de la porte

Beaucoup d’hommes publics et en premier lieu le président de la République considèrent que cette crise inédite met en évidence de graves lacunes dont le premier responsable serait la mondialisation. Selon eux, il est urgent de rapatrier en France un certain nombre d’industries délocalisées par la seule logique du profit. Certains vont même jusqu’à demander de renationaliser des secteurs stratégiques. Chiche !

Pourtant, avant de relocaliser pour raisons stratégiques ne serait-il pas sage de commencer par ne pas délocaliser pour raisons idéologiques ? Si la France manque aujourd’hui de médicaments, de masques, de gel hydro-alcoolique, de matériel de dépistage et de respirateurs, elle peut au moins compter sur l’abondance de son électricité nucléaire. Imaginons un service de réanimation saturé subissant un blackout électrique faute de vent ou de soleil ! Masques, respirateurs et tests feraient alors bien pâle figure.

Par ailleurs, en se rappelant que 90 % des équipements renouvelables sont fabriqués dans le sud-est asiatique, le remplacement du nucléaire par des ENR comme souhaité par le Plan Pluriannuel pour l’Énergie entraînera de facto une perte ahurissante de souveraineté énergétique.

À moins que les Français ne soient disposés à ré-ouvrir les mines dont sont extraits les fameux métaux rares nécessaires aux éoliennes, batteries, panneaux solaires et autres piles à combustibles. On ne peut à la fois refuser le nucléaire, la mondialisation et les mines sur le pas de sa porte.

Nous pourrions donc une demi-heure après les personnels soignants faire une ovation quotidienne au pétrole et au nucléaire pour les remercier chaleureusement de nous avoir aidé à vaincre le coronavirus.

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