Face à la récession qui vient, dans quoi investir ?

20 US Dollar - Credit to https://www.semtrio.com/ By: Jack Sem - CC BY 2.0

En 2019, la croissance économique déclinera, selon tous les analystes professionnels.

Par Jean-Pierre Nikolus.

Ce qui rend notre époque extraordinaire est le volume extravagant de dettes publiques et privées avec lequel nos sociétés vivent. Il avoisine 300 % du PIB mondial (source : Institut McKinsey). Les créditeurs fournissent inlassablement du pouvoir d’achat aux débiteurs pour qu’ils assurent par leur consommation la pérennité du système économique et social sans lequel les créditeurs risqueraient la faillite. Il existe donc un rapport de force subtil entre les réputés riches prêteurs et les réputés pauvres emprunteurs puisqu’ils forment un couple complémentaire inséparable, uni pour le meilleur comme pour le pire.

Manifestement, la masse croissante de dettes est, chaque jour qui passe, de moins en moins « remboursable », en théorie comme en pratique ; ce qui amène à la révision de la définition du mot dette qui en vient à désigner, au niveau macro-économique, un simple droit à percevoir une rente sous la forme d’un taux d’intérêt, en compensation du renoncement inéluctable au capital légalement prêté.

Le poids de la dette

Cependant, le poids énorme de ladite dette et la sur-offre de liquidités dont elle est la contrepartie, écrasent les taux d’intérêt qui au mieux, égalent les taux d’inflation courants aussi faibles soient-ils. En conséquence, le capital « prêté » ressemble de plus en plus à du capital potentiellement « perdu » sans compensation réelle pour le bailleur.

Sachant que dans le meilleur des mondes possibles, le taux d’emprunt pour les entreprises tend en principe vers le taux de croissance économique, pour pouvoir exiger des débiteurs un intérêt réel convenable, il faut de la croissance mais comme on le constate actuellement, même avec un taux de croissance mondiale qui effleure 4 %, la rémunération du capital prêté est négligeable et souvent négative après déduction du taux d’inflation.

De nos jours, pour des raisons jugées conjoncturelles, à savoir le retour de la mode du protectionnisme, le rejet par les peuples de la mondialisation sans frein, la fin annoncée des QE, les tentatives des banques centrales de remonter les taux directeurs et diverses menaces géopolitiques notamment en Europe, la croissance du PIB mondial est en voie de réduction et s’oriente vers les 3 %. Une raison structurelle moins évoquée est le poids des dettes destructeur de la confiance générale tant du côté des sur-endettés, notamment les États, que des apporteurs de capitaux qui se demandent ce que valent vraiment les papiers signés qu’ils accumulent à l’actif de leur bilan.

La réduction de la croissance mondiale

Il faut regarder en face le fait que le monde ne pourrait pas porter plus longtemps sa dette si l’activité économique stagnait. Pour cette raison, la réduction de la croissance mondiale annonce un danger imminent autant qu’éminent. Une croissance moyenne descendant au dessous de 3 %, signifierait de la récession dans les zones développées où un nombre considérable d’entreprises et d’institutions publiques et privées, structurellement non rentables, tenues en vie grâce à l’endettement gratuit sans fin, seraient déséquilibrées et entraîneraient dans leur chute leurs banques et sûrement une partie du système financier par effet domino.

La prochaine grande récession sera un « nettoyage » du tissu économique, les entreprises non-rentables et sur-endettées céderont la place aux entreprises rentables, comme il se doit dans une économie saine ; mais ce processus laissera des trous béants, pour ne pas dire des gouffres, dans le bilan des banques et des épargnants.

On peut rêver aux habituels outils de relance économique dont disposent nos gouvernants mais toute fabrication additionnelle de liquidités comme de crédits serait inopérante voire contre-productive, l’expérience fâcheuse de ces dernières années le démontre. Acheter une croissance poussive en la finançant à perte avec davantage de dette est une non-solution équivalente à celle du consommateur surendetté qui règle le solde de sa carte de crédit en chargeant une autre carte de crédit puis une autre et ainsi de suite. On parlerait de la constitution d’une super bulle de dettes et toutes les bulles ont pour destin d’éclater.

La promesse de la technologie

On pourrait placer son espoir dans le progrès technologique, le comparer à l’arrivée du chemin-de-fer ou de l’électricité qui furent, en leur temps, source de croissance économique fulgurante mais les nouvelles technologies, sources de confort et de progrès pour des millions de gens, sont aussi cause de rupture économique. L’internet, Amazon, AirBnB, la robotisation, redistribuent les cartes du jeu économique, créent des emplois, augmentent la productivité de certaines entreprises mais en ruinent d’autres, détruisent énormément d’emplois dans des secteurs historiques devenus en quelques années désuets comme celui de la distribution. Le secteur bancaire européen prévoit de détruire un million d’emplois destinés à être remplacés par l’intelligence artificielle.

L’investisseur doit donc avoir l’œil rivé sur la tendance du taux de croissance économique mondiale, indice phare sur lequel les pouvoirs politiques n’ont plus réellement de prise. Comme dit plus haut, l’arsenal des accélérateurs d’activité économique à leur disposition a déjà été utilisé à l’envi partout et parfois depuis plus de 20 ans comme au Japon où la dette publique atteint, en conséquence 240% du PIB.

Il n’y a pas de poudre de perlimpinpin pour changer la réalité. Une tendance négative durable de ce taux annoncerait la fin d’un film d’économie-fiction qui décrit un univers où la richesse sort miraculeusement des banques. En 2019, la croissance économique déclinera selon tous les analystes professionnels la plupart du temps salariés de banques pour lesquelles pourtant, le pire ne « doit » jamais être certain sauf quand il devient opportunité.

Le cas échéant, la seule politique d’investissement valable sera celle de la recherche de refuges pour perdre moins que la majorité des investisseurs. Perdre moins, c’est être capable ensuite de racheter les actifs de ceux qui ont perdu plus donc de s’enrichir. Le monde est cruel.

Sans surprise, le refuge sera vraisemblablement dans ces valeurs :

  1. Or physique : puisque malgré ses détracteurs, la « relique barbare » reste l’assurance-vie des investisseurs terriens depuis 5 000 ans.
  2. Bons du Trésor US : car bien que cela froisse certains, les USA restent la superpuissance mondiale, le dollar américain est la devise quasiment universelle de réserve et ce grand pays démocratique sur-armé est à l’abri, seul sur son continent, de tout danger géopolitique majeur.
  3. Actions de grandes entreprises « défensives » : comme Nestlé, LVMH, Boeing, qui bien que fluctuantes, sont celles d’entreprises qui ne disparaîtront pas, sauf fin du monde. Garder à l’esprit qu’une action est un titre de propriété donc un actif, et qu’une obligation est un contrat, une reconnaissance de dettes, donc un passif qu’une entreprise en grandes difficultés peut être forcée de renégocier pour protéger la valeur de ses actions.
  4. Immobilier : mais si possible dans un pays où le respect de la propriété privée est sacré car étant non délocalisable, l’immobilier privé est appelé à être exploité par des États en manque de ressources fiscales considérant lamentablement que le droit de propriété est circonstanciel.

Garder à l’esprit que les comptes courants peuvent être bloqués par la banque (loi Sapin), qu’une somme en compte courant est juridiquement un prêt à la banque donc en cas de faillite de celle-ci, il n’y a pas de recours, et que les contrats d’assurance-vie ouvrant droit à des avantages fiscaux servent réglementairement à canaliser l’épargne vers les caisses publiques.

Raison d’État

Nul doute qu’en cas de difficulté à se refinancer, la « raison d’État » dicterait la décision gouvernementale de non-remboursement des obligations émises par la République, sauf celles placées auprès d’investisseurs institutionnels étrangers dont Agence France Trésor voudra s’attacher la fidélité en ces temps difficiles. Ne pas oublier non plus que l’euro est une monnaie politique qui présente un risque politique, handicap majeur qui la rend définitivement inéligible au statut de monnaie de réserve mondiale contrairement au CHF devise nationale d’un pays petit mais politiquement stable.

Enfin, le sujet récurrent de la menace hyper-inflationniste mérite attention. Ce phénomène spectaculaire qui peut rendre tout un chacun « milliardaire » en quelques semaines est possible en cas de disproportion énorme entre la masse monétaire circulante et la production d’un pays. Une masse monétaire, même de milliers de milliards entassés dans des comptes ou dans des placements peu liquides n’a pas d’influence sur la fixation des prix par le marché des biens de consommation et des services.

Ceci s’observe depuis presque 10 ans durant lesquels l’augmentation massive de la base monétaire sous forme de QE et les taux d’intérêt au plancher ont tout juste permis d’éviter la déflation dans l’économie réelle. Seul le prix des actifs, actions et immobiliers, ont significativement augmenté.

On pourrait craindre que dans l’avenir la masse monétaire mondiale en perpétuelle augmentation finisse, conformément à la théorie quantitative de la monnaie, par circuler et fasse exploser les prix des biens et services de consommation courante mais ce que les gouvernants font, ils peuvent le défaire. L’argent distribué en excès peut être repris par les taux d’intérêt et l’impôt.

Le blocage des comptes bancaires, l’interdiction des retraits en liquide et autres mesures autoritaires sont à même d’interdire toute ruée hystérique dans les magasins. L’hyper-inflation est un cas d’école de l’histoire des pays à économie développée mais aujourd’hui, leurs pouvoirs publics disposent sur les populations, de moyens de contrainte réglementaires efficaces qui rendent hautement improbable un bis repetita des années Weimar.

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