Journal d’un confiné : je suis un vieux salaud

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Je suis inquiet pour les libertés fondamentales, ce qui me rend de moins en moins populaires auprès de certains sur les réseaux sociaux…

Par Fabrice Hatem.

Vraiment, je suis en train de me rendre compte, via mes échanges facebookiens, à quel point je suis en train de devenir un salaud, un réac et un imbécile en vieillissant.

Comme je pense que le confinement actuel constitue une atteinte sans précédent historique aux libertés fondamentales, je ne suis qu’un inconscient qui va favoriser le développement de la pandémie.

Comme je refuse d’être tracé et géolocalisé en permanence, je ne suis qu’un égoïste qui ne se préoccupe pas de la santé de ses concitoyens (dans le même ordre d’idées, comme je dénonce également les dérives liberticides des loi-anti-terroristes ou anti-casseurs, je ne suis qu’un idiot utile qui fait le jeu des terroristes et des casseurs).

Comme je dénonce les appels à la délation (par les voisins, les membres de la famille, etc.) actuellement lancés par les pouvoirs publics en matière de violences conjugales, je ne suis qu’un machiste rétrograde favorable à la domination patriarcale, et accessoirement sans doute un névrosé qui a un problème dans ses relations avec les femmes.

Comme j’affirme que la fermeture massive des petits commerces et autres TPE constitue un crime de masse commis contre les entrepreneurs individuels au profit des grands oligopoles, rebelote, je ne suis qu’un imbécile, qui n’a rien compris aux principes de base de la science épidémiologique.

Comme je dis que la psychose planétaire actuelle, en créant un climat de peur sans doute excessif face à la pandémie, favorise la soumission des populations effrayées au pouvoir totalitaire des États, je ne suis qu’un complotiste diffuseur de fake news.

Comme je prévois que les gigantesques programmes actuels de dépense publique, de relance et d’emprunt constituent, à travers le gonflement d’une immense dette souveraine impossible à rembourser, un nouveau et immense pas vers la spoliation générale des petits et moyens épargnants, je ne suis qu’un égoïste près de ses sous et insensible à la détresse des pauvres – et accessoirement un réac bas du front qui n’a rien compris aux immenses bienfaits de l’État-providence keynésien.

Comme je dis que les lois contre la haine en ligne et les fake news constituent une agression violente contre la liberté d’opinion et d’expression, je ne suis qu’un crypto-fasciste qui veut pouvoir continuer tranquillement à proférer ses horreurs racistes sur le net.

Et, pour bien me faire prendre conscience de mon ignominie, on m’invitera à consulter toutes sortes de documents épouvantables sur les morts en réanimation, les femmes battues et violées, les blessés dans des attentats terroristes, les conditions de vie dans les HLM délabrées, et les migrants noyés en Méditerranée, victimes indirectes de mes propos obscurantistes et irresponsables.

Et je n’aurai plus alors qu’à reconnaître ma triple et immense faute :

Tout d’abord, d’avoir dénoncé l’avènement en cours du Moloch totalitaire et spoliateur qui est en train de naître sous nos yeux. Une structure monstrueuse qui s’affranchit de plus en plus, via la mondialisation du contrôle démocratique des peuples ; qui surveille et punit les gens en permanence ; et qui intervient sans cesse dans leur vie au prétexte d’une idéologie pseudo-émancipatrice pour leur dicter ce qu’ils doivent faire.

Ensuite d’avoir osé affirmé que les séduisants prétextes utilisés pour justifier les pouvoirs toujours croissants de ce monstre – lutte contre les inégalités, contre le terrorisme, contre les pandémies, pour la solidarité, la santé, l’environnement, la libération des femmes – sont soit fallacieux, soit exagérés, soit grossièrement instrumentalisés au profit de la propagande étatiste.

Enfin, d’avoir préféré à ce terrifiant Moloch un État modeste, aux pouvoirs limités, à la légitimité fondée sur la souveraineté nationale, et laissant tranquillement les individus vivre à leur guise sous la protection de frontières respectées.

Mais malheur aux opposants à ce Moloch, qui n’auront bientôt plus qu’à choisir entre la soumission et la mort sociale !

Alors, j’ai décidé de faire ma soumission. La voilà :

« Au fond, je n’étais qu’une ordure en m’opposant à toutes ces bonnes choses que nous promet l’État-protecteur : l’égalité, la santé, l’air pur, les femmes libres… Dire que je l’avais insulté en le traitant de Moloch totalitaire, justifiant son oppression par des promesses mensongères ! Mais voilà, ça y est, j’ai compris ma faute, je me soumets ».

Alors, vous pouvez me rouvrir mon accès aux réseaux sociaux, s’il vous plaît, pour que je retourne jouer avec mes petits camarades pendant que vous décidez de tous les aspects de ma vie ? Parce là, je m’ennuie un peu, enfermé chez moi toute la journée. Oui, je sais, c’est pour mon bien.

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