Confinement : ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas

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Le confinement est la preuve de la faillite de l’État-providence. Il est flagrant que nous n’aurions jamais du en arriver là.

Par Patrick de Casanove.

Ce qu’on voit c’est le pays à l’arrêt ou presque. Ce qu’on voit c’est la gestion calamiteuse de l’épidémie par l’État. Ce qu’on voit ce sont les zones de non droit.

1. La faillite de l’État

L’incurie du politique

Ce qu’on ne voit pas c’est que le confinement que l’on nous présente comme la meilleure solution pour vaincre le Covid-19 est une méthode archaïque à l’efficacité relative, pour ne pas dire incertaine.

Ce qu’on ne voit plus, tellement elle est entrée dans nos vies, c’est l’intense propagande promouvant les mérites du confinement.

Ce qu’on ne voit pas, c’est que les critères sur lesquels se base la population pour estimer la dangerosité de la maladie sont : le totalitarisme de la réponse gouvernementale, l’avalanche d’informations, ou de demi-vérités en continu, la multiplication des émissions spéciales, le décompte macabre plusieurs fois par jour. Sans oublier le rôle essentiel joué sur les réseaux sociaux par M. Toutlemonde, par les Youtubers et par les « influenceurs ».

Ce que beaucoup de Français ont du mal à croire c’est que la conduite à tenir pour éviter ce genre de catastrophe était parfaitement connue et a été mise en pratique à Singapour, Hong Kong, Taïwan ou en Corée du Sud : masquer, dépister, tracer, isoler individuellement, traiter. Certains affirment que leur bonne réaction est due au fait que ces pays avaient l’expérience du SARS-coV1 et pas nous. C’est une stupidité. Nous l’avions. Il n’est pas nécessaire de souffrir d’un cancer pour connaître les conduites à tenir et les stratégies en oncologie.

Il est clair aujourd’hui que cette épidémie était parfaitement maîtrisable sans confinement. Les moyens technologiques modernes, les décisions appropriées l’ont permis. Cela veut dire que, sans pour autant les négliger, son extrême contagiosité, sa dangerosité et sa létalité sont limitées quand les mesures nécessaires sont prises à temps. Il faut rappeler ici que l’on ne connaît pas le nombre exact de personnes contaminées ce qui fausse les statistiques.

Le confinement général est la conséquence logique d’une cascade de défaillances gouvernementales. Cette solution anachronique, dépassée, était tout ce qui restait à l’État quand il a eu tout raté. Le confinement est la preuve de la faillite de l’État providence. Il est flagrant que nous n’aurions jamais dû en arriver là.

« La route de la servitude »

Ce que l’on ne voit pas, c’est que le pouvoir se sert de ce qu’il nomme des « incivilités » relatives au mauvais suivi du confinement. Tout mauvais résultat de la politique étatique peut être désormais attribué à des boucs émissaires, de mauvais Français n’ayant pas respecté le confinement.

Mais dans le même temps, alors même que les personnels soignants des services de réanimation alertaient sur la gravité de la situation, nous avons aussi vu du monde  rassemblé dans les parcs, des marchés bondés, des restaurants, des bars qui n’ont pas respecté la consigne de fermeture. La punition est collective par le renforcement des mesures coercitives, pour le bien de tous paraît-il. Le poids de l’État s’alourdit.

L’État se dédouane et retombe sur ses pieds :

« C’est pourquoi, après avoir consulté, écouté les experts, le terrain et en conscience, j’ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. »

Ce qu’on ne voit pas c’est l’habitude de la soumission. Les Français, quoi qu’il se dise, ne sont pas des rebelles, ni des indisciplinés. Ils sont soumis à leur État-providence en qui ils voient le summum de la civilisation humaine.

Cette soumission est souhaitée et volontaire. Ce qui constitue le nec plus ultra du totalitarisme. Leur État-providence, qui leur veut du bien comme chacun sait, rognait leurs libertés depuis des années. Il avait tenté un coup d’accélérateur avec l’écologisme. La manipulation sur la nécessité de « sauver la planète » entrait doucement dans les cerveaux. Avec l’épidémie de Covid-19, l’État-providence a pu passer la surmultipliée.

Grâce au confinement la France a basculé instantanément dans un État policier. Avec casse de l’économie, contrôle des déplacements, autorisation de circulation équivalant à un passeport intérieur, comme au plus beau temps de l’URSS. Le rêve de tout les Hommes de l’État, contrôler enfin la totalité de la vie de leurs concitoyens, est devenu réalité.

Il paraît que c’est provisoire et que la sortie sera progressive. Soyons certains que l’expérience grandeur nature de ce contrôle massif des populations pourra resservir.

2. L’indispensable échange

L’État social

Relisons Frédéric Bastiat :

« L’isolement est quelque chose de pire que ce qu’il y a de pire dans l’État social, j’avais raison de dire qu’il met nos besoins, à ne parler que des plus impérieux, tout à fait au-dessus de nos facultés. Comment l’échange, renversant cet ordre à notre profit, place-t-il nos facultés au-dessus de nos besoins ? […]

C’est donc l’effort qui s’échange, et cela ne peut être autrement, puisque échange implique activité, et que l’effort seul manifeste notre principe actif. […] Mais nous pouvons nous entraider, travailler les uns pour les autres, nous rendre des services réciproques, mettre nos facultés, ou ce qui en provient, au service d’autrui, à charge de revanche. […]

Non-seulement nous le pouvons, mais nous le faisons nécessairement. Ce que j’affirme, c’est ceci : Que notre organisation est telle que nous sommes tenus de travailler les uns pour les autres, sous peine de mort et de mort immédiate. Si cela est, la société est notre état de nature, puisque c’est le seul où il nous soit donné de vivre.

Dans l’isolement, nos besoins surpassent nos facultés. Dans l’état social, nos facultés surpassent nos besoins. »1

Il faut donc remarquer que l’échange et la coopération spontanés sont naturels à l’Homme. Si tel n’était pas le cas nous en serions restés à quelques tribus primitives, voire même nous aurions disparu, éliminés par nos conflits, la famine et des prédateurs naturellement mieux armés que nous.

« Essayerai-je de peindre l’état de misère, de dénuement et d’ignorance où, sans la faculté d’échange, l’espèce humaine aurait croupi éternellement, si même elle n’eût disparu du globe ? »

Récompense de l’ingéniosité humaine : les moyens existent

Ce qu’on ne voit pas c’est que l’humanité a les moyens de venir à bout de l’épidémie avec très peu de dégâts et sans confinement.

Cette puissance technologique dont nous disposons aujourd’hui, et qui a permis d’éviter le confinement dans plusieurs pays, est le fruit du libre échange et de la prospérité. Elle n’est pas le fruit du hasard, ni de créations étatiques. Elle est le fruit du génie créateur humain.

Grâce à une multitude d’inventions en chaîne, réparties dans le temps et dans l’espace, l’humanité se donne les moyens de sa sécurité sanitaire. Encore faut-il les utiliser. Aucune de ces inventions et innovations qui concourent à cette puissance technologique ne vient d’un seul domaine, d’une seule époque, d’une seule personne, ni d’un seul pays.

Pour rester sur le Covid-19, le dépistage demande la fabrication et la maîtrise des instruments de mesure, des biotechnologies, du traçage des personnes etc.

La connaissance sur les derniers progrès thérapeutiques ou préventifs doit se diffuser vite dans n’importe quel pays, afin que tous en profitent. Il faut des fibres, des satellites, des ordinateurs, des téléphones, des métaux rares etc.

  • Le scanner indispensable dans l’exploration des malades est le résultat d’une multitude d’inventions et de savoirs- faire.
  • La chloroquine a une histoire qui remonte au Pérou au XVIIe siècle.
  • Le paracétamol est le fruit de recherches ayant débuté en 1878 par les travaux de l’Américain Harmon Northrop Morse.
  • La réanimation lourde nécessite la maîtrise de l’aseptie, de la sédation, de disposer de machines pour la ventilation, l’assistance cardiaque, de la technologie numérique pour la surveillance automatique etc.

Ce n’est pas tout.

  • Pour transporter ce qui est nécessaire il faut des camions, des trains, des avions, des bateaux, donc il faut maîtriser la logistique, les moteurs, la métallurgie, les caoutchoucs, le béton, la technologie des voiries, des ponts, des ports, des aéroports etc.
  • Pour fabriquer il faut des matières et matériaux (dont ces fameuses matières qui ne deviennent « première » qu’après transformation par l’intelligence humaine). Il faut des usines.
  • Pour nourrir tout le monde il faut une industrie, au sens noble, agroalimentaire.
  • Pour faire tourner tout cela il faut de l’énergie abondante, fiable, permanente et pas chère.

Nous avons pris l’exemple du Covid-19 pour illustrer les échanges induits ou nécessaires pour faire face à l’épidémie. Des échanges économiques, des échanges de savoir-faire, d’expériences, de connaissances persistent malgré le confinement de plus de deux milliards de personnes.

Pour comprendre l’intérêt du libre échange une seule vidéo suffit, celle de Milton Friedman, « Le crayon jaune » :

L’interconnexion

Les gens ne réalisent pas à quel point ils dépendent des échanges, ni à quel point les économies des différents pays sont interconnectées.

Ce qu’ils peuvent appréhender c’est que, grâce à l’échange, malgré le confinement, les pays s’entraident, les marchandises et les personnes circulent. Certes, cela peut être de manière imparfaite et non exempte de disputes. Mais c’est bien de l’assistance de l’autre bout du monde qui arrive jusqu’en Europe : chinoise, cubaine  ou russe.

Ce qu’ils peuvent appréhender ce sont tous ces moyens nouveaux qui rendent le confinement supportable en facilitant les échanges.

Tout circule : les informations, des plus sérieuses aux plus farfelues, les pires blagues comme les meilleures, les photos et les vidéos les plus désopilantes ou les plus extraordinaires, les sentences définitives et les maximes incontestables, les poèmes, les chansons. Le gouvernement en prend souvent plein la tête… ça défoule !

Les événements conviviaux se multiplient : la visio avec les parents, les grands- parents, les enfants, les petits-enfants, les amis, les apéros-vidéo. Sans oublier le  streaming et le gaming. (Le franglais aussi progresse !) Les moyens sont multiples : smartphones, tablettes, ordinateurs, Skype, Facebook, WhatsApp, Instagram, Twitter, messageries internet, SMS, etc.

Sans oublier les livraisons de colis, les commandes à retirer sur rendez-vous, et les cours à distance.

Contre-exemple : l’isolement, la souffrance des EHPAD

Ce qu’on ne voit pas c’est qu’à l’angoisse et aux troubles psychologiques liés au confinement, que nous trouvons ou pouvons trouver, dans l’ensemble de la population, s’ajoutent des soucis spécifiques aux EHPAD.

Les EHPAD sont désormais strictement fermés aux visites et aux intervenants extérieurs. Dans ces établissements, beaucoup de personnes âgées ont besoin d’entretien et de stimulation de leurs fonctions cognitives par des animations, la visite des proches, les conversations. Cela ne se fait plus, ou moins.

Cela majore la détérioration des fonctions cognitives, déjà bien fragiles et altérées chez beaucoup de résidents. Il en est de même des fonctions motrices puisque les kinésithérapeutes n’y ont plus accès. Il y a de fortes probabilités qu’à l’issue du confinement nous retrouvions ces personnes dépendantes, heureusement vivantes, mais en plus mauvais état général qu’avant l’épidémie. Il est fort probable aussi que ces altérations seront difficiles, voire impossibles à rattraper.

N’oublions pas la souffrance des familles d’être privées de leurs parents âgés. Ni de leur douleur en cas de décès et de l’impossibilité de donner au défunt l’accompagnement qu’ils auraient souhaité.

N’évoquons pas l’inquiétude, en cette période de pénurie, de savoir si nos aînés bénéficieront de tous les soins nécessaires en cas d’infection.

Conclusion

Ce sont nos Hommes de l’État qui par leur incurie ont transformé cette épidémie en la catastrophe planétaire que nous vivons aujourd’hui. La distanciation sociale, la rupture des liens amicaux, familiaux, professionnels laisseront des traces.

Avec la sortie du confinement il est encore possible de partir du bon pied.

Malheureusement, aveuglés par ce qu’on voit, par exemple la délocalisation de la production industrielle, les États et leurs affidés ne se donneront pas la peine de réaliser une analyse soigneuse de cette crise. Ils passeront à côté de ce qu’on ne voit pas : l’absence de liberté économique, de responsabilité individuelle.

Il est à craindre que nous allions de mal en pis.

Bastiat reviens !

  1. Frédéric Bastiat. Harmonies économiques. L’échange.(1850)
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