Laissez les prix monter pour lutter contre le coronavirus

calculator By: Stock Catalog - CC BY 2.0

Le processus de formation des prix tient compte des préférences de millions de consommateurs et de la vaste gamme de contraintes qui pèsent sur les producteurs, sans avoir besoin d’une supervision dirigiste.

Par Mitchell Harvey.
Un article de Foundation For Economic Education

Face à la menace imminente du coronavirus, les Australiens et les Français commencent à paniquer. Les supermarchés sont à court de stock, la demande en produits de base augmente. Sans intervention extérieure au marché, nous devrions assister à une augmentation à court terme des prix.

Cependant, le Code du commerce australien décourage ce genre de pratique.

Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une pratique illégale de prix abusifs.

Juste prix et concurrence

Cette pratique consiste à établir des prix considérés déraisonnables ou injustes comme lors d’une catastrophe naturelle. Selon l’Australian Competition and Consumer Commission, elle peut être interprétée comme un sur-profit immoral, de l’exploitation moralement condamnable à laquelle il convient de mettre fin.

Toutefois, se protéger de ces prix abusifs serait une erreur.

D’une manière générale, le marché permet une allocation optimale des ressources. Les profits récompensent les entreprises qui produisent efficacement ce que nous voulons, tandis que les pertes sanctionnent celles qui gaspillent ou produisent des biens non désirés. Tant que les entrepreneurs auront la possibilité d’aller et venir sur les marchés, ils auront tendance à se placer sur les secteurs profitables en fuyant ceux générant des pertes, le tout en minimisant les gaspillages.

Ce processus concurrentiel repose simultanément sur des prix pertinents et sur la garantie que les prix s’ajustent. Si un magasin fixe ses prix trop hauts, il n’aura pas de clients. S’ils sont trop bas, les pertes s’accumuleront et le stock sera épuisé. Dans un marché libre, une entreprise pratiquant des prix élevés voit arriver des concurrents qui la copient à des prix plus bas.

Ainsi, quand survient un changement soudain de la demande, il est important que nous laissions les prix s’ajuster.

Pourquoi ?

Laisser faire l’augmentation des prix

Parce que la hausse des prix encourage les supermarchés à augmenter les ventes et à s’assurer que les stocks soient réapprovisionnés. Il est crucial de récompenser les supermarchés qui restent ouverts alors que les chaînes d’approvisionnement internationales sont gravement désorganisées par le coronavirus. De plus, la perturbation du commerce provoque l’augmentation des coûts qui doivent être incorporés aux prix. La hausse des prix encourage ainsi les entreprises à produire les biens que nous voulons et dont nous avons besoin dès maintenant.

L’augmentation du prix est également importante pour s’assurer que les consommateurs se comportent efficacement : l’augmentation du prix des conserves incite le consommateur à les stocker et les économiser plutôt que de faire un repas généreux et d’en jeter éventuellement une partie ; si votre baguette de pain coûte dix fois plus cher, vous vous abstiendrez d’en distribuer les restes aux pigeons ; l’augmentation du prix du papier essuie-tout vous incitera à n’utiliser qu’une feuille au lieu de trois.

La beauté de la formation des prix fait que toute cette gestion des ressources se passe automatiquement. Aucun fonctionnaire zélé n’a besoin de trouver un plan, aucun politicien maladroit n’a à s’impliquer, aucune intervention musclée n’est nécessaire.

Beaucoup de gens ne veulent pas tenir compte de ce raisonnement : « Sur le papier ça marche mais la réalité est bien plus complexe ! »

Le monde réel est bien plus compliqué

Tellement compliqué, en fait, que nos efforts pour réguler humainement le système de prix mènent inévitablement à la catastrophe.

Les lois sur le salaire minimum paupérisent une partie de la population en l’excluant du marché du travail. Le contrôle des loyers crée les crises du logement. Les prix plafonnés entraînent des pénuries de produits de première nécessité, comme nous le montre la pénurie actuelle de gel hydroalcoolique.

Avons-nous oublié l’impact du contrôle des prix sur la pénurie d’essence aux États-Unis dans les années 1970 lors du choc pétrolier ? Le processus de formation des prix peut tenir compte de millions de consommateurs et de la vaste gamme de contraintes qui pèsent sur les producteurs, sans avoir besoin d’une supervision de l’État.

Si les lois sur les prix abusifs bloquent leur hausse, nous risquons de voir durer les pénuries de produits de première nécessité, provoquant files d’attente et rationnement. C’est non seulement du gaspillage mais cela encourage le marché noir accompagné de criminalité et de violence.

Bien que le contrôle des prix soit mis en œuvre au nom de la protection des pauvres et des personnes vulnérables, ses dommages collatéraux impactent de façon disproportionnée ces populations déjà fragilisées.

Le rationnement tend à favoriser les riches par le biais du marché noir, les plus informés ou ceux qui ont la chance de connaître les bonnes personnes. Mieux vaut que nous mettions fin à la pénurie rapidement par la hausse des prix au lieu d’étendre la misère avec des pénuries prolongées. Sans des prix plus élevés, les entrepreneurs ne seront pas incités à produire.

Une meilleure approche consisterait en des subventions ponctuelles pour les plus démunis tout en laissant les prix augmenter plutôt que d’entraver leur hausse. L’évolution des prix génère le changement dans le comportement des producteurs et c’est ce que nous devons voir se produire.

Traduction Contrepoints.

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