Masques chirurgicaux : les prix flambent, vive le marché !

Mask by Morgan(CC BY 2.0) — Morgan, CC-BY

Face à l’explosion de la demande, les prix en ligne des masques chirurgicaux ont explosé de près de 150 % sur des plateformes comme Amazon. Voici pourquoi.

Par Saranath Rimlinger.

Avec la récente épidémie du coronavirus en provenance de Chine et les premiers cas en France, nous assistons à une ruée sur les masques médicaux de protection. En  effet, face à cette explosion de la demande, les prix en ligne des masques chirurgicaux ont explosé de près de 150% sur des plateformes comme Amazon.

Face à cette flambée des prix, les mentalités anti-capitalistes (surtout sur les réseaux sociaux) n’ont pas tardé à prendre le dessus pour critiquer le marché et son système de prix, un système inhumain qui ferait passer le profit avant la vie humaine face à  cette épidémie. Or, cela illustre une méconnaissance totale du capitalisme et du  système central qui lui assure son fonctionnement : le système de prix.

Flambée des prix : un mécanisme de marché pour limiter la pénurie

Cette flambée des prix sur les masques chirurgicaux a déjà précisément pour but d’en limiter la demande. Ici, l’inflation des prix de ces biens est causée par une explosion de la demande. Avec cette flambée des prix, le but est de limiter la demande de masques et donc in fine éviter toute situation de pénurie et de demande rationnée et ramener leurs prix à la baisse.

La théorie des prix : relire l’École autrichienne

Les prix dans une économie de marché sont des éléments majeurs pour la théorie économique de l’École autrichienne.

Pour l’École autrichienne, le système de prix libre est vital pour l’économie de marché. Il permet la diffusion de signaux et d’incitations productives très importantes pour les producteurs d’une économie de marché et guide leurs productions.

Tout d’abord, les variations de prix émettent une information sur la rareté relative des biens sur un marché. Ici, la forte inflation des prix des masques de protection nous informe que ces biens deviennent de plus en plus rares pour les  consommateurs, même en étant totalement ignorant de la cause réelle de cette pénurie ; ici en l’occurrence, une ruée sur ces masques pour se protéger d’une épidémie.

De plus, cette forte augmentation des prix génère des incitations pour la sphère productive, c’est-à-dire l’offre de masques chirurgicaux. En effet, les perspectives de profits dans la production et la vente de masques chirurgicaux sont de plus en plus fortes à mesure que leurs prix augmentent et incitent les entreprises à investir et à déplacer leurs facteurs de production dans ce secteur précis qui devient extrêmement rentable et à produire davantage pour les offreurs déjà existants sur ce marché.

L’offre de masques chirurgicaux augmente par la suite et donc leurs prix diminuent et la demande rationnée faiblit.

Ces ajustements de la sphère productive par les prix ne sont possibles que grâce à un élément central et dynamique de l’économie de marché : l’entrepreneur.

Selon l’économiste Israel Kirzner, l’entrepreneur s’arme de vigilance face aux possibilités de profits existantes mais pas encore exploitées et il agit en conséquence. Ici, investir dans la production de masques médicaux pour exploiter ses fortes possibilités de profits grâce à la flambée des prix.

L’entrepreneur est donc un acteur et la solution pour résoudre les déséquilibres existants sur les marchés, dans notre cas, celui des masques de protection, et pour ramener les prix à la baisse en faisant augmenter l’offre.

Intervention de l’État pour limiter l’inflation des prix : relire Mises

La solution la plus intuitive et la plus naïve face à ce déséquilibre serait une intervention de l’État via un contrôle direct sur le système de prix, ici sur les prix des masques chirurgicaux pour limiter l’inflation en fixant un prix arbitraire plus faible (un prix plafond à ne pas dépasser). Or comme nous le montrent historiquement les échecs des économies socialistes et aujourd’hui avec l’expérience du Venezuela, c’est la pire solution possible comme nous l’a rappelé Ludwig Von Mises.

En fixant un prix inférieur sur les masques à celui du marché, le contrôle étatique sur le système de prix d’une économie de marché a de très graves conséquences.

Il fausse les informations du marché : en faisant croire que la demande en masques est faible et qu’il n’y a pas de pénurie imminente, pour l’ensemble de la société et surtout pour les producteurs, ces derniers ne disposent pas des bonnes informations sur les besoins du marché en masques.

Toutes les incitations productives sont brisées : les entrepreneurs ne sont absolument pas incités à en produire davantage alors qu’existe un risque de pénurie et de forts débouchés à cause d’un prix plus faible fixé par l’État, réduisant toutes perspectives de profits et donc d’incitations à produire davantage de masques médicaux.

Le prix fixé par l’État peut ne pas couvrir l’ensemble des coûts de production des producteurs de masque et les conduire à la faillite.

Quand l’offre disponible sera épuisée, les stocks vides ne seront pas reconstitués –
L. Von Mises

Pire : la situation de pénurie s’aggravant avec l’intervention étatique, les prix de marché des biens en question vont encore plus exploser (offre très faible et demande de plus en plus forte). Le gouvernement sera incité à intervenir encore plus et créer encore plus de distorsions en fixant des prix plus faibles sur les masques chirurgicaux que ceux fixés précédemment face à une inflation encore plus élévée !

Le cercle vicieux s’installe : lorsque les faibles stocks de masques seront épuisés sans nouvelles productions du fait des faibles incitations productives et des informations biaisées du système de prix, alors la pénurie s’installera sur le marché des masques chirurgicaux.

À éviter en pleine épidémie.

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