Plan hôpital : la fuite en avant

Hôpital by BrotherM (CC BY-NC-ND 2.0) — BrotherM , CC-BY

Croire que la crise des hôpitaux, très intriquée avec celle des Urgences, n’est qu’une « période difficile » est une erreur.

Par Patrick de Casanove.

Sur France Info, Édouard Philippe explique au sujet de son plan pour sauver l’hôpital public que c’est « un plan d’urgence pour aider à passer une période très difficile ». Croire que la crise des hôpitaux, très intriquée avec celle des Urgences, n’est qu’une « période difficile » est une erreur. Parce que cela laisse penser que

  • le système social français est fondamentalement performant et que ses difficultés ne sont que temporaires.
  • quand ces difficultés auront été surmontées le système, structurellement efficace, retrouvera son bon fonctionnement.

Or le système, issu des Ordonnances de 1945, est structurellement mal conçu et non viable. Ce plan démontre une volonté délibérée du gouvernement de rester dans ce cadre de référence et de ne pas traiter le fond du problème.

Cela démontre une très mauvaise analyse de la situation par le gouvernement et les services de l’État. Cela témoigne, une fois de plus, de leur méconnaissance du terrain et de leur coupure de la vraie vie. Ils restent prisonniers de la théorie qui dit que la France est un modèle social et qu’il faut, par conséquent, le sauver.

Captif d’une vision matérialiste à court terme, Édouard Philippe a annoncé une rallonge budgétaire d’1,5 milliard d’euros supplémentaires pour les hôpitaux.

Pourquoi 1,5 milliard ? Certes c’est le minimum que demandait la Fédération Hospitalière de France. En réalité personne ne sait si c’est ce qu’il faut.

Les informations, ici en matière de santé, sur les besoins et leurs satisfactions, sur l’offre et la demande, que constituent les prix libres, ont disparu.

« Dès que la satisfaction d’un besoin devient l’objet d’un service public, elle est soustraite en grande partie au domaine de la liberté et de la responsabilité individuelles. L’individu n’est plus libre d’en acheter ce qu’il en veut, quand il le veut, de consulter ses ressources, ses convenances, sa situation, ses appréciations morales, non plus que l’ordre successif selon lequel il lui semble raisonnable de pourvoir à ses besoins. […]
Il cesse d’exercer un libre contrôle sur ses propres satisfactions, et, n’en ayant plus la responsabilité, naturellement il cesse d’en avoir l’intelligence. La prévoyance lui devient aussi inutile que l’expérience. Il s’appartient moins, il a perdu une partie de son libre arbitre, il est moins progressif, il est moins homme.  » Frédéric Bastiat, Services privés, service public (1850).

1,5 milliard est un montant politique. Il aurait pu décider d’en donner le double ou le triple, de toutes façons l’État n’en a pas le premier centime.

Le budget de l’État 2019 a été voté avec un déficit de 108,7 milliards. Ce montant faramineux est retrouvé dans le  » Forum de la performance  » du ministère de l’Action et des Comptes Publics, Direction de Budget.

C’est en effet une performance que de prévoir des dépenses supérieures de près d’un tiers aux recettes, 30,71 % exactement. Ouvrons une parenthèse.

Cela veut dire en clair que, par exemple, les fonctions régaliennes, l’armée, la police et la justice ( 73,5 milliards ) ne sont pas financées. Donc que notre sécurité dépend de nos créanciers. Posez-vous la question de savoir quelle peut être l’indépendance de notre politique extérieure. Mais posez-vous aussi la question de l’indépendance de notre politique intérieure. Quand on regarde en détail ce qu’elle est depuis plusieurs années, le moins que l’on puisse dire est que rien ne nous garantit qu’elle ne soit pas, elle aussi, influencée par les desiderata de nos créanciers. Fermons la parenthèse.

Penchons nous sur les revenus des Français. Pour fixer les idées, regardons les personnes payées au SMIC. En 2017 on en comptait 1,65 million. Le SMIC net 2019 atteint environ 1204 euros par mois pour 35 h de travail hebdomadaire. Il ne viendrait à l’idée d’aucun de dépenser 1565,20 euros par mois, soient 30 % de plus que ce qu’il gagne, ne serait-ce qu’à cause des conséquences destructrices. Il est donc permis de penser que n’importe quel Français, eût-il de faibles revenus, s’occupe mieux de ses comptes que n’importe quel politicien ne s’occupe des deniers publics.

Voyons maintenant une autre partie du plan gouvernemental qui est la reprise d’une partie de la dette des hôpitaux, 10 milliards sur les 29,5 milliards encore en cours. L’objectif est de « dégager 800 millions d’euros de marge de manœuvre ». C’est du même acabit.

La dette publique officielle, c’est-à-dire la partie émergée de l’iceberg, est à l’heure de la rédaction de cet article, de plus de 2420 milliards d’euros. Dans son addiction à la dette le gouvernement aurait pu tout reprendre. Dix ou 29,5 milliards d’euros de plus ne changent pas grand-chose. Dans 85 jours la dette se sera accrue des 19,5 milliards que représentent la différence.

En vérité, non seulement les gouvernements s’en moquent complètement, mais aucun, présent ou à venir, n’est apte à la faire baisser. Ils sont tous accros à l’étatisme et à la dépense publique. Merci Marx, merci Keynes.

Tous sont intéressés par leur élection et donc par l’achat de voix. En réalité cette mesure n’est que du bonneteau budgétaire. La dette passe du gobelet « hôpital » au gobelet « budget de l’État », mais le payeur final est toujours le Français, en tant qu’individu, parce que c’est lui seul qui produit des richesses et qui peut payer. L’État n’en produit aucune. Il ne peut que confisquer les richesses créées pour les redistribuer à ses clients et affidés.

« En effet, l’État, ne l’oublions jamais, n’a pas de ressources qui lui soient propres. Il n’a rien, il ne possède rien qu’il ne le prenne aux travailleurs. » Frédéric Bastiat, Propriété et loi (1848).

À propos de dettes, bien des Français ont des difficultés de fin de mois. Certains sont surendettés. « Sur les 12 mois de 2018, les commissions de surendettement de la Banque de France ont reçu un total de 162 936 dossiers, un chiffre en baisse de 10 % par rapport à 2017 ». Ce surendettement peut survenir suite à des événements indépendants de leur volonté, ou par une gestion calamiteuse de leurs revenus.

Cependant, les Français qui gèrent, volontairement, aussi mal leur budget que l’État ne gère le sien, sont l’exception. Or depuis 1974, tous les gouvernements ont très mal géré le budget de la nation. C’est volontairement qu’aucun n’a équilibré un seul budget.

Quand Édouard Philippe dit sur Franceinfo : « Il ne s’agit pas d’ouvrir les vannes, il s’agit d’essayer de transformer notre pays quand il en a besoin, de répondre à des urgences quand elles existent […] en essayant de faire attention à l’argent public », on ne sait s’il faut rire ou pleurer. Chez ces hommes politiques la gabegie est la règle et la bonne gestion l’exception. Exception que l’on l’attend encore…

Cette exception pourrait s’inspirer de cette citation :

« Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible. » Frédéric Bastiat, La Loi (1850).

Ce qui concrètement signifie : salaire complet, impôt faible et proportionnel, libre choix etc. Cela a été maintes fois expliqué sur Contrepoints, ou ici, ou sur d’autres sites. Autrement dit ce n’est pas aux Français à faire confiance à l’État, mais à l’État de faire confiance aux Français.

Pour cela les Français doivent commencer par recouvrer la confiance en eux-mêmes. Chacun d’entre eux doit avoir conscience que ce sont ces politiciens inaptes qui les traitent comme des incapables. Ces politiciens dépensent l’argent des Français à leur place, pour éduquer leurs enfants, préparer leurs retraites, assurer leurs dépenses de santé, définir ce qu’ils doivent aimer culturellement etc.

Il est temps que les Français reprennent leur vie en main.

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