Comment l’impôt est devenu un échange gagnant-perdant en France

A Fool and His Money By: - CC BY 2.0 David Goehring,

Aujourd’hui 80 % de nos impôts sont consacrés à des dépenses sociales ou de redistribution. L’impôt ou la taxe dévolu à la « redistribution » est nécessairement un contrat gagnant-perdant.

Par Simone Wapler.

Une majeure partie, soit 80 % des impôts que nous payons s’inscrivent dans une logique gagnant-perdant, voire perdant-perdant. Les échanges gagnant-gagnant augmentent la prospérité d’une société. Les échanges gagnant-perdant la laissent inchangée. Les échanges perdant-perdant appauvrissent tout le monde.

Voici des exemples concrets de ces catégories.

Gagnant-gagnant : vous achetez votre pain chez le boulanger parce qu’il fait du meilleur pain que vous ou bien que vous y passeriez trop de temps si vous deviez le confectionner vous-même. Votre intérêt est de vous consacrer à votre propre métier. Votre boulanger gagne de l’argent en faisant du bon pain. Il sait choisir sa farine, veille sur son pétrin et fait des fournées fréquentes. C’est ainsi que les humains ont toujours progressé : par la spécialisation du travail, l’accumulation d’expériences et de savoir-faire.

Parfois bien sûr, la situation est plus complexe et l’échange ne pourra être qualifié de gagnant-gagnant que lorsque de l’eau aura coulé sous les ponts. Le temps sert de révélateur. Ce qui au moment du contrat était espéré gagnant-gagnant se révèle gagnant-perdant ; ainsi de la voiture d’occasion que vous avez achetée pensant faire une « affaire ». À l’usage vous constatez qu’elle ne cesse de tomber en panne. Gagnant : le vendeur. Perdant : vous.

Gagnant-perdant : vous vous faites braquer. Le malfrat est gagnant, vous êtes perdant.

Perdant-perdant : l’entreprise de votre cousin est en perte. Il pense pouvoir redresser la situation avec un investissement de 200. Il met 100 et vous complétez en lui prêtant 100. Un an après son entreprise fait malgré tout faillite. Votre cousin et vous avez chacun perdu 100.

La redistribution institutionnalisée est, au mieux, un échange gagnant-perdant

Aujourd’hui 80 % de nos impôts sont consacrés à des dépenses sociales ou de redistribution. L’impôt ou la taxe dévolu à la « redistribution » est nécessairement un contrat gagnant-perdant. En effet, l’impôt prend autoritairement à A (perdant) pour donner à B (gagnant). Rien ne permet d’affirmer que B va conclure davantage de contrats gagnant-gagnant que A ne l’aurait fait si on lui avait laissé son argent. Il en résulte trois déductions logiques :

  • la prospérité ou l’harmonie d’une société n’est pas proportionnelle à la pression fiscale à laquelle cette société est soumise.
  • la redistribution, dans la mesure où elle devient une rente, maintient dans la dépendance ceux qui en bénéficient et freine l’enrichissement de la collectivité.
  • les inégalités sont caractéristiques de la personnalité humaine et seules les inégalités injustes, celles qui sont contraires aux droits naturels, méritent d’être combattues. L’impôt redistributif assurant une rente permanente à ses bénéficiaires est contraire à l’essence même de l’être humain.

Les pays à forte pression fiscale ne sont pas les plus prospères

La France est championne du monde de la fiscalité. Les recettes fiscales captent 46,2 % de notre PIB contre 34,2 % pour la moyenne des pays développés (source OCDE). Pourtant nous souffrons d’un chômage de masse incrusté, le classement international de notre système éducatif est pitoyable (source classement PISA), notre revenu par habitant est inférieur à ceux de nombreux pays développés (source OCDE), l’espérance de vie et l’espérance de vie après diagnostic ne sont pas les meilleures du monde (source OCDE), notre niveau de corruption est inquiétant, notre justice fonctionne mal, etc.

Bref, malgré une pression fiscale record, les performances tant économiques que celles des services publics ne sont pas au rendez-vous et la cohésion sociale non plus, la taxe ayant désormais pour objet d’entretenir la « lutte des classes ».

Il est vrai que si lever des impôts suffisait à enrichir un pays, depuis le temps, cela se saurait et nous serions le pays le plus prospère du monde…

La rente de la redistribution nuit à l’harmonie sociale et à la croissance

L’idée de « filets sociaux », d’aides aux membres d’une société en difficulté passagère ou d’aide permanente à ceux qui sont incapables de subvenir à leurs besoins du fait d’un handicap permanent, est normale. En revanche, institutionnaliser une redistribution permanente financée par l’impôt est anormal. Obtenir quelque chose (biens, service ou argent) en l’échange de rien est immoral mais on ne peut reprocher à ceux qui obtiennent quelque chose sans effort et sans contrepartie d’en vouloir toujours davantage. C’est un réflexe humain normal.

Pourtant, dans une démocratie saine, une majorité ne devrait pas pouvoir opprimer une minorité en mettant les biens de cette dernière en coupe réglée, de même qu’une minorité ne devrait pas pouvoir opprimer une majorité.

La redistribution prend autoritairement à A pour donner à B. Ce faisant, elle prive A de ressources pour conclure des contrats gagnant-gagnant. En contrepartie, l’administration ne donne pas à B tout ce qui a été pris à A puisqu’il lui faut des moyens de subsistance. Par conséquent de l’argent est définitivement retiré du circuit potentiellement gagnant-gagnant. C’est ce qui explique que dans les pays les plus taxés, la croissance des revenus par habitant soit plus faible que dans les pays à taxation modérée.

Les inégalités sont humaines et toutes les inégalités ne sont pas injustes

Nous ne sommes pas des abeilles d’une ruche, des fourmis d’une fourmilière, des bestioles indifférenciées. Nous sommes des êtres humains dotés d’une personnalité propre, de talents variés.

« Les hommes n’étant pas dotés des mêmes capacités, s’ils sont libres ils ne seront pas égaux et s’ils sont égaux c’est qu’ils ne sont pas libres. »

Alexandre Soljenitsyne

À talent égal, ceux qui travaillent plus réussiront mieux. C’est ce qui pousse chacun à aller jusqu’au bout de son potentiel. À l’inverse, obtenir une rente de redistribution dissuade de tout effort. C’est aussi vrai à l’échelle individuelle qu’à l’échelle d’une organisation comme une entreprise. C’est ce qui explique que le monopole public ou privé mais non justifié par l’excellence s’accompagne toujours d’une dégradation de la qualité.

Les seules inégalités qui doivent être combattues en permanence toujours et partout sont les inégalités devant la loi : les passe-droit, privilèges, subventions de tout ordre.

Même l’égalité des chances est un mythe qui peut vite dériver vers une organisation sociale totalitaire comme je l’explique dans mon livre La rage de l’impôt. Il suffit d’imaginer, en matière d’éducation, un internat d’État dont le but serait d’établir une stricte égalité des chances dès l’enfance.

Chaque élève aurait la même surface, le même lit, les mêmes livres, les mêmes jouets, les mêmes menus, le tout « gratuit » bien sûr, c’est-à-dire financé par l’impôt. Ceci résoudrait la question de l’inégalité de l’environnement familial.

Poursuivons notre logique cynique….

Certaines inégalités sont génétiques ; en d’autres termes, elles proviennent de l’inné et non pas de l’acquis. Certaines sont héréditaires. Une solution possible pour raboter ces inégalités serait un impôt sur le patrimoine génétique des parents. Ainsi certains contribueront encore plus au financement de cette école modèle de l’égalité des chances.

Vous m’objecterez peut-être que ça ne résoudra pas le problème de l’inégalité génétique. Certes, mais « c’est un symbole », comme diraient les enragés de l’impôt. Une partie des recettes de l’impôt sur le patrimoine génétique (IPG) financerait la recherche sur le clonage humain, ce qui permettrait de reproduire les mêmes patrimoines génétiques, et d’aboutir enfin à la stricte égalité des chances.

Si vous pensez que ce raisonnement absurde ne peut que conduire à une société totalitaire, pratiquant l’eugénisme, il serait temps – pour chacun de nous et pour nos responsables politiques – de réfléchir à l’impôt et à la « justice fiscale » de façon différente1.

En 2016, Transparency International classait la France comme 23ème pays le plus corrompu au monde et un des États les plus corrompus d’Europe. La justice française est classée par la commission européenne 37ème sur 43 pays.

  1. C’est le sujet de mon dernier livre : comment retrouver une société centrée sur la confiance en l’avenir assuré par la coopération volontaire et les échanges gagnant-gagnant, comment tourner le dos à une société de lutte des classes, organisée autour de la coercition.
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