Jacques Chirac en 5 expressions

Ce que l’on peut retenir de la vie politique de Jacques Chirac en quelques citations.

Par Frédéric Mas.

Il est possible de comprendre le parcours et l’héritage politique de Jacques Chirac en le résumant en quelques citations emblématiques.

Le parti de l’étranger

Quand Jacques Chirac se fait hospitaliser pour un accident de la route en 1978, il est alors maire de Paris, ancien ministre et président d’un parti en pré-campagne, le RPR, pour les européennes. Dans un communiqué inspiré par ses deux proches conseillers d’alors, Pierre Juillet et Marie-France Garaud, il dénonce le caractère « anti-national » de l’Europe fédérale soutenu par le « parti de l’étranger » que serait l’UDF, c’est-à-dire la formation politique du président de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing.

Si la harangue se veut gaulliste, avec le recul, elle sonne très souverainiste, voire nationaliste. Il faudra attendre quelques années pour que Jacques Chirac fasse volte-face et embrasse le projet européen avec un enthousiasme de circonstance.

Le bruit et l’odeur

Au début des années 1990, le RPR est contraint de se positionner clairement face à un concurrent inattendu, apparu sur sa droite, le Front national. La question migratoire, qui jusque dans les années 1980, était considérée comme mineure au sein du débat public, devient centrale. En tant que Premier ministre, Jacques Chirac avait déclaré par le passé qu’il adhérait à une vision du pays pluraliste et multiraciale.

Seulement, en 1991, à Orléans, face à un parterre de militants, J. Chirac recadre le discours de la droite parlementaire en empruntant au lexique de l’extrême droite populiste. L’intention est claire, il s’agit de reconquérir les voix du FN. Ainsi, il déclare :

… Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or […] qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier devient fou.

L’opération est pourtant peu efficace, et conduit surtout à coller à Jacques Chirac une réputation de raciste (« facho Chirac ») dont il ne se défera que quelques années plus tard en retournant une nouvelle fois sa veste.

La fracture sociale

En 1995, Jacques Chirac entre en campagne pour l’élection présidentielle. Il l’inaugure par un discours signé Henri Guaino, qui évoque la « fracture sociale », c’est-à-dire la stratification de la société française et sa polarisation entre une classe protégée des aléas de l’économie et une classe assignée aux emplois précaires et au chômage. Pour rassembler autour de sa personne et pour faire oublier ses écarts droitiers antérieurs, ses velléités de réforme ou encore les « affaires », Jacques Chirac « gauchise » son discours en empruntant aux réflexions de la gauche, parfois même de la gauche de la gauche.

Pour l’historien Timothy Smith, c’est aussi à cette période que se popularise dans le discours politique français l’antilibéralisme et l’hostilité à la mondialisation. Pour faire oublier l’échec des réformes de l’État-providence et des retraites, le personnel politique, Chirac en tête, trouvera plus commode d’accuser la mondialisation plutôt que les faiblesses d’une classe politique incapable de réformer.

Mangez des pommes

Jacques Chirac lance sa campagne de 1995 en publiant un essai en forme de programme intitulé La France pour tous. Sur la couverture, un pommier, bientôt repris dans les campagnes de communication et d’affichage comme un élément visuel symbolique de l’ambition du candidat.

Les Guignols de l’info, émission satirique de Canal+ alors au sommet de sa gloire médiatique, se saisit de ce détail pour caricaturer le slogan du candidat Chirac : « mangez des pommes ! » L’émission de marionnettes fait beaucoup pour rendre le personnage de Chirac sympathique et effacer son ardoise. Dans la culture populaire et télévisuelle, Chirac devient ce qu’il reste aujourd’hui pour beaucoup de Français, quelqu’un de sympa et popu, amateur de charcuteries et de Corona, peut-être un peu simple mais pas méchant. À l’époque, les auteurs des Guignols cherchaient aussi à jouer Chirac contre Balladur, jugé trop bourgeois et trop droitier.

J’ai décidé de dissoudre l’Assemblée Nationale

Le 21 avril 1997, soit deux ans après son élection en tant que président de la République, Jacques Chirac décide de dissoudre l’Assemblée nationale. La manœuvre est inhabituelle, puisqu’en règle générale, celle-ci intervient au moment de l’élection présidentielle afin de consolider la légitimité de l’exécutif et lui donner le pouvoir de gouverner. Autant politiquement que stratégiquement, c’est un ratage complet, puisque la gauche redevient majoritaire à l’Assemblée et conduit à une nouvelle cohabitation. Lionel Jospin devient Premier ministre, et constitue un gouvernement de « gauche plurielle », c’est-à-dire alliant socialistes, écologistes et communistes.

C’est aussi, en quelque sorte, le troisième moment de la longue vie politique de Jacques Chirac : après le Chirac droitier, le Chirac gauchiste, vient le Chirac immobiliste : la cohabitation lui permet de reconstruire son image en père de la nation « au-dessus des partis » sans prendre le risque de l’engagement ou de la responsabilité, laissés aux mains du véritable chef de l’exécutif de l’époque, Lionel Jospin.

C’est ainsi auréolé de sa gloire de rassembleur pragmatique et sans idéologie fixe qu’il pourra facilement se positionner comme rempart antifasciste contre l’extrême droite lors des élections présidentielles de 2002. La droite qu’il rassemblera autour de lui après sa victoire en forme de plébiscite sera d’ailleurs à son image : conservatrice, peu portée sur la réforme et les idées, mais soucieuse de coller à l’air du temps.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.