Pourquoi faudrait-il préférer les petites entreprises aux grosses ?

Si les profits des grandes entreprises augmentent, c’est parce qu’elles investissent, et non pas parce qu’elles mangent la laine sur le dos des consommateurs et de leurs employés.

Par le Minarchiste.

Il est bien connu que les grandes entreprises paient des salaires plus élevés que les petites entreprises. Les économistes ont nommé ce phénomène firm size wage premium.

Pendant que les politiciens démocrates américains militent pour un salaire minimum à 15 dollars, Wal-Mart paie déjà un salaire minimum de 17,50 dollars ! Ce sont plutôt les petits commerces locaux qui paient le salaire minimum.

Cela s’explique en partie parce que les grandes entreprises sont plus innovatrices. En 2018, Amazon a investi plus de 12 % de ses revenus en R&D, soit une somme avoisinant 29 milliards de dollars.

Ces dépenses permettent d’améliorer l’expérience-client, ce qui se traduit en gains de parts de marché. L’innovation améliore la productivité, ce qui propulse les salaires à la hausse.

Grâce à leur productivité plus élevée et leurs économies d’échelle, les grandes entreprises font aussi des marges de profit plus élevées que les petites et par conséquent paient davantage d’impôts par dollar de revenu. Elles disposent aussi de plus d’argent pour investir dans leur croissance, ce qui leur permet de créer davantage de nouveaux emplois.

Ces graphiques tirés de cette étude illustrent la prime salariale en fonction de la taille de l’entreprise mesurée en termes de nombre d’employés :

Les grandes entreprises commettent aussi moins de fraudes que les petites. Starbucks a un département d’éthique et conformité dont le rôle est de s’assurer que l’entreprise opère selon des critères d’intégrité.

Qu’en est-il de votre petit café de quartier ? Les cas d’insalubrité sont nettement plus fréquents dans les petits casse-croûtes locaux que dans les McDonald’s.

Les grandes entreprises ont investi des sommes faramineuses en publicité pour mousser leur réputation. Pour protéger cet investissement, elles font de leur mieux pour être à la hauteur de cette réputation, tant au niveau de la qualité de leurs produits qu’au niveau du service à la clientèle.

Les consommateurs ont en fait énormément de pouvoir face à elles, surtout dans un monde dominé par les réseaux sociaux.

De plus, les grandes entreprises ont les reins suffisamment solides pour honorer leurs garanties et payer de grosses amendes lorsqu’elles sont fautives, notamment lorsqu’elles endommagent l’environnement.

On ne peut pas en dire autant des petites entreprises, qui peuvent fermer boutique du jour au lendemain et repartir sous un autre nom quelques jours plus tard.

 

Le profit à tout prix ?

On reproche souvent aux grandes entreprises de chercher le profit à tout prix. Celles-ci délocalisent leurs opérations, utilisent des travailleurs temporaires, les remplacent par des robots et des systèmes automatisés, fusionnent entre elles pour générer des économies d’échelle, augmentent leurs prix lorsque le coût des matières premières augmente, etc.

Cependant, il faut réaliser que dans leur recherche de profit en situation de concurrence, les grandes entreprises se retrouvent à diminuer leurs prix en dollars réels (ajustés de l’inflation).

Tous ces efforts visant à réduire les coûts ne finissent pas dans les poches des actionnaires, mais aboutissent plutôt à des prix plus bas.

Pour illustrer ce point, j’ai compilé les rendements sur le capital investi de douze grandes entreprises américaines opérant directement auprès des consommateurs. On constate que la rentabilité du capital n’a pas augmenté !

Ce sont les consommateurs qui ont été les grands gagnants car les prix réels des biens et services produits par ces entreprises a chuté.

Dans leur continuelle quête d’efficience, les grandes entreprises en concurrence livrent aux consommateurs des biens et des services de moins en moins chers.

Les profits en dollars absolus augmentent parce que les grandes entreprises investissent, et non pas parce qu’elles mangent la laine sur le dos des consommateurs et de leurs employés.

 

Pourquoi acheter local ?

Est-ce qu’acheter local encourage l’économie locale ? À mes yeux, le McDonald’s de mon quartier fait autant partie de l’économie locale que la pizzeria indépendante située non loin de là.

Évidemment, le propriétaire de la pizzeria va redépenser une part de ses revenus dans les environs, ce qui va bénéficier à d’autres commerces locaux, alors que McDonald’s pourrait être la propriété d’un franchiseur qui habite ailleurs et qu’une partie des revenus est versée en royalties à la multinationale américaine. Mais en quoi cela est-il une bonne chose pour moi, puisque mon employeur n’est pas établi dans le quartier ?

Si un commerce local fournit un bien/service de moindre qualité, il n’y a pas de raison rationnelle pour les consommateurs d’y dépenser leur argent ; mais il peut y avoir des raisons émotionnelles, par exemple si le proprétaire est sympatique et impliqué dans la communauté.

Les gens s’imaginent souvent que les propriétaires des grandes entreprises sont de riches hommes d’affaires, qui sirotent un verre de scotch hors d’âge sur leur somptueux yacht au large d’une île des Caraïbes.

En fait, les actionnaires des entreprises sont… un peu tout le monde : les caisses de retraites publiques et privées qui gèrent les actifs de travailleurs ordinaires, des fonds communs de placement détenus par des millions d’épargnants individuels qui mettent quelques dollars de côté chaque mois, des compagnies d’assurance-vie qui investissent vos primes d’assurance pour avoir assez de réserves le jour où une réclamation leur sera soumise.

En somme, toute la société bénéficie des profits des grandes entreprises cotées en bourse, même si bien des gens ne savent pas qu’ils sont indirectement actionnaires de Wal-Mart et/ou Nike.

En revanche, vous n’êtes probablement pas actionnaire de la pizzeria du coin ou du petit vendeur de chaussures qui vient d’ouvrir non loin de chez vous.

Vous préférez acheter une bière de micro-brasserie locale plutôt que de donner votre argent à une multinationale de la bière comme Molson-Coors ?

Si c’est pour le goût, tant mieux, car le propriétaire de la micro-brasserie cherche tout autant à gagner sa vie que les employés et actionnaires de Molson-Coors.

 

Une autre manière de comprendre l’économie…

De mon côté, je préfère observer les rendements sur le capital (profits divisés par dette + actions) ou ROIC (retour sur capitaux investis) des entreprises (voir graphique ci-haut).

Le ROIC devrait être passablement stable dans le temps car lorsqu’il augmente dans une industrie, cela attire les investissements, crée un surplus, faisant réduire les prix et la rentabilité. Lorsqu’il est trop faible dans une industrie (en raison de surplus), les investissements cessent, ce qui ramène le marché plus près de l’équilibre et fait augmenter le ROIC. Autrement dit, les entreprises visent un ROIC dans leur allocation de capital (elles décident de faire l’investissement ABC parce que son ROIC est supérieur à X %) et agissent de manière à l’atteindre et le préserver.

Si des politiques publiques étaient adoptées dans le but de favoriser les travailleurs, on pourrait s’attendre à ce que les capitalistes, par l’entremise des dirigeants d’entreprises, fassent l’une de ces trois choses :

  1. Augmenter les prix pour maintenir leur ROIC
  2. Cesser d’investir, ce qui créera des pénuries et permettra d’augmenter les prix ou
  3. Investir davantage en R&D et en équipement d’automatisation pour réduire leurs besoins en main-d’œuvre de plus faible compétence.

Une hausse du pouvoir d’achat d’un travailleur est donc en partie annulée par l’inflation et favorise l’innovation au détriment des travailleurs de faibles compétences, aboutissant à une baisse du taux de participation de la main-d’œuvre et coûtant plus cher en filet social.

Dans cette vision des choses, observer la part des revenus du travail en fonction du PIB ou autre mesure de production ne veut pas dire grand-chose.

Dans ce modèle, les salaires sont une fonction de la productivité mesurée par le profit par employé plutôt que du PIB par employé.

Donc si l’État pousse les salaires de manière à réduire le profit par employé, les conséquences à moyen et long terme ne seront pas vraiment positives et potentiellement négatives.

La recherche du profit par les grandes entreprises bénéficie à tous, tant les travailleurs que les consommateurs, que les retraités actuels et futurs qui en sont les actionnaires. Pensez-y avant de les bouder… 

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