Les « grandes entreprises » sont-elles mauvaises ?

La « grande entreprise » s’est-elle développée grâce à la création de valeur ou grâce à des privilèges accordés par le gouvernement ?

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Les « grandes entreprises » sont-elles mauvaises ?

Publié le 1 avril 2023
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Par Maddox Locher.

 

Lorsque nous entendons l’expression « grandes entreprises », il est courant de l’associer à la cupidité et à l’exploitation. En réalité, dans le monde des affaires, « grand » n’est pas nécessairement synonyme de « mauvais ».

La question clé est la suivante : comment l’entreprise est-elle devenue grande ? Et, plus précisément, s’est-elle développée grâce à la création de valeur ou grâce à des privilèges accordés par le gouvernement ?

 

Les grandes entreprises créatrices de valeur

Cela peut surprendre, mais à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la Standard Oil Company de John D. Rockefeller est un exemple d’entreprise qui est devenue grande (du moins au début) grâce à la création de valeur.

À un moment donné, elle possédait 90 % des raffineries de pétrole aux États-Unis. Bien qu’elle ait dominé le marché, cela ne signifie pas qu’elle l’ait fait par des moyens répréhensibles.

 

Soutien volontaire

Malgré sa réputation de « baron voleur », Rockefeller n’a pas développé la Standard Oil en exploitant ses clients. Il l’a fait en leur apportant de la valeur. Dans une lettre adressée à un associé, Rockefeller déclare vouloir fournir « le meilleur [pétrole]… au prix le plus bas ».

Il a atteint cet objectif comme le montrent les chiffres. Entre 1859 et 1869, les prix du pétrole ont connu de fortes fluctuations, passant d’un maximum de 9,59 dollars à un minimum de 0,49 dollar par baril.

Cela a créé un marché imprévisible et risqué pour les clients. Mais lorsque Rockefeller a créé la Standard Oil en 1870, il a pu faire baisser les prix et les stabiliser pour les clients.

 

Concurrence ouverte

Rockefeller n’a pas non plus bénéficié de l’aide du gouvernement lorsqu’il a créé et développé la Standard Oil. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises bénéficient d’un avantage concurrentiel de la part du gouvernement, notamment par le biais de subventions et de droits de douane. Mais Rockefeller a surpassé ses concurrents pendant un certain temps en établissant un plan d’entreprise intelligent, en faisant ses devoirs et en fin de compte en se concentrant sur la valeur ajoutée pour le client.

À l’époque de la ruée vers le pétrole en Pennsylvanie, la plupart des entreprises se concentraient sur la prospection et l’extraction du pétrole, une activité plus risquée en raison de ses coûts variables, mais qui pouvait rendre un homme riche du jour au lendemain. Rockefeller a adopté une approche différente, décidant de se concentrer sur la recherche de meilleures méthodes de raffinage du pétrole.

Cette stratégie s’est révélée rentable. Il a pu utiliser ses recherches pour acheter des gisements de pétrole « sulfureux » dont personne ne voulait et en retirer les impuretés grâce à ses techniques de raffinage spéciales. Il a également pu négocier des rabais avec les chemins de fer en promettant 60 wagons de pétrole par jour aux propriétaires des chemins de fer. C’est grâce à de telles stratégies commerciales que Rockefeller a pu approvisionner ses clients en pétrole rapidement et à moindre coût.

Pendant une brève période, en 1890, la Standard Oil a dominé 90 % du marché pétrolier. Cependant, Rockefeller n’a jamais été en mesure de dépasser ce niveau en raison de concurrents omniprésents. Comme l’a écrit Murray N. Rothbard :

Les nouveaux raffineurs indépendants ont été attirés dans l’industrie pétrolière par les marges bénéficiaires élevées de la Standard. Alors qu’il y avait 67 raffineurs en 1899, ils avaient plus que doublé pour atteindre 147 en 1911.

La famille Rockefeller s’est retrouvée plus tard aux prises avec le gouvernement, mais sa première grande entreprise est devenue importante (pour un temps) en surpassant ses rivaux dans la création de valeur pour les clients volontaires.

 

Les grandes entreprises privilégiées par le gouvernement

Il n’en va pas de même pour de nombreuses autres grandes entreprises.

Prenons l’exemple de l’industrie alimentaire moderne. Un rapport du Guardian a montré que 80 % des aliments que nous consommons proviennent de cinq entreprises seulement : Kraft Heinz, General Mills, Conagra, Unilever et Delmonte.

Ensemble, ces entreprises sont appelées « Big Agriculture » ou « Big Ag » en abrégé. Mais contrairement à la Standard Oil, ces grandes entreprises ont eu recours à des moyens répréhensibles pour accroître leur position dominante.

 

Soutien involontaire

La domination des grandes entreprises agricoles s’explique en partie par les subventions publiques.

Depuis la Grande Dépression, la production de cultures de base est subventionnée par le gouvernement américain. Aujourd’hui encore, les agriculteurs qui produisent ces cultures reçoivent l’argent de nos impôts. En 2019, on a découvert qu’un cinquième des revenus agricoles provenait de subventions publiques. Ces subventions permettent aux grandes entreprises agricoles de fonctionner à moindre coût, ce qui leur donne une longueur d’avance sur leurs concurrents.

Les subventions sont une forme de soutien involontaire. Contrairement aux clients, les contribuables qui soutiennent les grandes entreprises par des subventions n’ont pas le choix. S’il restait dans les poches des consommateurs, l’argent pourrait être dépensé pour des biens qu’ils souhaitent voir produits. Les grandes entreprises agricoles et leurs sociétés sont soutenues par l’argent que les consommateurs ne leur ont pas donné.

 

Les droits de douane

Les tarifs douaniers sont un autre moyen pour les grandes entreprises agricoles de rester importantes grâce aux privilèges du gouvernement.

Peu après la Première Guerre mondiale, des groupes d’intérêts agricoles américains ont fait pression sur le gouvernement pour obtenir une protection contre les importations de denrées alimentaires, car les producteurs européens les surpassaient. C’est ainsi qu’est né le Hawley-Smoot Tariff Act qui a imposé des droits de douane sur les importations de denrées alimentaires.

Ces droits de douane sur les denrées alimentaires ont donné aux entreprises alimentaires américaines un avantage « à domicile ». Le problème des droits de douane est qu’ils entravent la concurrence des pays étrangers. Cela se traduit par des prix plus élevés pour les consommateurs.

Les droits de douane empêchent la baisse des prix et peuvent même les augmenter. Si les entreprises alimentaires européennes étaient autorisées à concurrencer le marché alimentaire américain, les entreprises alimentaires américaines devraient s’adapter pour offrir de meilleures conditions aux consommateurs.

En revanche, si les entreprises alimentaires américaines sont laissées dans un « vide commercial », elles peuvent maintenir injustement, voire augmenter les prix qu’elles pratiquent à l’égard des consommateurs américains.

 

Le lobbying

Les industries de copinage comme les « Big Ag » obtiennent souvent ces faveurs spéciales par le biais du lobbying.

En 2022, les fabricants d’aliments et de boissons ont dépensé 27,27 millions de dollars en lobbying. Dans le livre The China Study, on trouve un récit déconcertant sur le chantage exercé par les fabricants de sucre sur l’Organisation mondiale de la santé pour qu’elle augmente les fourchettes de consommation de sucre au-delà du niveau sain prévu par les directives mondiales en matière de santé :

« Selon le journal Guardian de Londres, l’industrie sucrière américaine menaçait de « mettre l’Organisation mondiale de la santé à genoux » si elle n’abandonnait pas ces directives sur les sucres ajoutés. Les responsables de l’OMS décrivent cette menace comme « équivalant à un chantage et pire que toute pression exercée par l’industrie du tabac ». Le groupe américain a même menacé publiquement de faire pression sur le Congrès américain pour qu’il réduise le financement de l’OMS, qui s’élève à 406 millions de dollars, si celle-ci persistait à maintenir la limite supérieure aussi basse, à savoir 10 % ! »

Dans un passage ultérieur, l’auteur mentionne que les fourchettes de consommation de sucre sont en fait différentes en dehors des États-Unis, ce qui indique que ces groupes d’intérêt ont réussi à exercer leur chantage :

« Nous avons maintenant deux limites supérieures de sécurité différentes : une limite de 10 % pour la communauté internationale et une limite de 25 % pour les États-Unis ».

Il n’est pas fréquent que ces groupes d’intérêt montrent leur vrai visage mais lorsqu’ils le font il est vraiment terrifiant de voir jusqu’où ils sont prêts à aller pour maintenir leurs profits, même si ce n’est pas dans l’intérêt des consommateurs.

 

Ce qu’il faut retenir

Ce qu’il faut retenir, c’est que lorsque les entreprises ont un moyen de se donner un avantage, elles le prennent.

Dans un marché libre, cela peut être une bonne chose. Rockefeller a vu des possibilités de raffiner le pétrole mieux et moins cher que jamais auparavant et il les a utilisées à son avantage. Non seulement il est devenu riche mais il l’a fait en fournissant du pétrole de meilleure qualité à des prix plus bas pour ses consommateurs. Dans un marché libre, la création de valeur règne en maître et profite à toutes les parties.

Dans un marché réglementé, les entreprises peuvent obtenir des avantages injustes. Elles obtiennent un soutien involontaire par le biais de subventions, utilisent des droits de douane pour paralyser la concurrence et font du lobbying pour tenter d’obtenir davantage de soutien de la part des pouvoirs publics, voire pour désinformer les consommateurs. Dans le cadre du capitalisme de connivence, la corruption règne en maître et ne profite qu’à une seule partie.

Les grandes entreprises sont-elles mauvaises ? Cela dépend si elles sont devenues grandes grâce à la politique ou grâce au marché.

 

Traduction Contrepoints

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  • Cet excellent article est une démonstration par l’exemple de 2 notions souvent « oubliées » :
    1°) On ne peut parler de monopole que lorsqu’il y a une intervention de l’état dans la situation de domination du marché.
    2°) Seule la concurrence fait baisser les prix, alors que les interventions de l’état les font monter.

  • Les grandes entreprises d’État sont très mauvaises. EDF et SNCF cumulent 100 milliards de déficits alors qu’elles sont en position de monopole. Ces entreprises confirment l’analyse ci-dessus par le raisonnement poussé à sa limite : une entreprise en monopole d’état et sans contrainte devient un gouffre béant. Mais il est vrai qu’en France, une entreprise qui fait des bénéfices est très mal vue. Surtout de la NUPES : il faut pénaliser ceux qui gèrent les entreprises de façon rigoureuse pour vite les faire couler.
    Je n’ose pas imaginer ce que vont devenir nos autoroutes lorsqu’elles seront renationnalisées et gérées par des politicards pantouflards de gauche recasés après avoir perdu des élections…

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