L’insécurité, une industrie d’État

Tribune libre : l’État tolère des violences et des incivilités, ce qui génère chez les malfaiteurs un sentiment d’impunité délétère, mais interdit l’autodéfense des citoyens honnêtes et n’assure plus leur protection.

Par Armand Paquereau.

À voir les CRS, blindés comme des chars d’assaut, regarder en nombre des malfaiteurs dégrader et incendier des biens publics et privés à quelques dizaines de mètres d’eux sans intervenir, tout citoyen au cerveau pas encore lavé par la pensée unique se demande pourquoi l’État tolère de telles dépravations.

Certes, il est risqué d’intervenir alors que des âmes bien intentionnées ont tôt fait d’accuser les forces de l’ordre de la violence des affrontements en transformant les malfaiteurs en victimes.

Mais à y regarder avec recul, l’État ne subit aucun préjudice lors de ces dégradations. S’il s’agit de biens privés, c’est le citoyen qui est lésé. S’il s’agit de biens publics, c’est encore le citoyen qui paiera la remise en état.

Celle-ci génère de l’emploi, de la TVA, des impôts sur le revenu du travail exécuté, tout cela abondant les finances publiques. Pour les biens privés remboursés par les assurances, l’État est encore gagnant, ces dégradations générant des hausses de cotisations qui abondent des augmentations de taxes perçues par l’État.

L’industrie de l’insécurité

Ainsi, vue sous cet angle, l’insécurité est pour les gouvernants successifs une industrie comme une autre, générant emplois, taxes et impôts, malheureusement au détriment de la quiétude des populations. Remarquons au passage que ces sommes pourraient apporter les mêmes avantages financiers si elles étaient utilisées non pas pour réparer, mais pour créer de la richesse nouvelle, pour le bien commun.

Alors que l’on sait que la peur du gendarme incite l’automobiliste à respecter le Code de la route, que la dissuasion peut même être efficace pour des malfaiteurs de type kamikaze (la liquidation du commando de l’avion d’Alger a mis fin aux détournements d’avions), les gouvernements successifs semblent toujours privilégier le laxisme du laisser nuire à la dissuasion de la rigueur.

Ce même laxisme est de mise en matière de cambriolages. Pour installer une vidéosurveillance, il faut informer clairement le public de la présence de celle-ci. Le voleur est ainsi averti et pourra agir en conséquence, se masquer ou tenter de neutraliser le système. Le protocole du système commence par informer vocalement le voleur qu’il a été repéré et qu’il doit quitter les lieux. Ensuite la société informe l’habitant, puis les services de police.

Tout cela laisse largement le temps au voleur de s’emparer du maximum avant de s’enfuir. Il existe des systèmes discrets qui permettent d’informer très rapidement la police, mais celle-ci temporisera afin d’éviter de se prendre une balle ou de risquer la bavure. Si ces systèmes discrets permettent d’identifier l’auteur, les magistrats refuseront d’utiliser les vidéos si l’information de surveillance vidéo du local n’est pas préalablement visible.

Le marché de cette vidéo-surveillance est très positif et lucratif pour l’État, en matière d’emploi, de taxes et d’imposition comme expliqué précédemment.

Difficile légitime défense

La complexification de la reconnaissance de la légitime défense qui a évolué au fil des jurisprudences n’aide pas non plus à diminuer les risques d’agressions violentes ou meurtrières. L’honnête citoyen est forcé d’hésiter à résister à une agression sachant que les magistrats vont tenter de convertir une situation de défense légitime en acte de violence répréhensible.

La peur de la sanction inhibe ses réflexes de défense au péril de sa vie. La proportionnalité de la défense par rapport à l’attaque est à son désavantage, car l’attaquant a préalablement et posément évalué le risque de la sanction et a le privilège de la surprise et la supériorité face à la sidération de la victime. Une disproportion qui n’est pas prise en compte par les magistrats dans l’évaluation de la cette proportionnalité.

Cette situation est totalement préjudiciable aux citoyens honnêtes, ne serait-ce que par la baisse du nombre d’agressions qu’engendrerait la certitude d’une défense décomplexée des victimes. Il est toujours difficile d’apprécier l’efficacité de la dissuasion. Le frein que pouvait représenter l’image d’une pendaison en place de Grève n’a jamais été mesuré dans l’inconscient d’un candidat au meurtre.

On retrouve le même laxisme d’État pour régler les problèmes induits par les squatters. Comment l’État peut-il permettre à des individus de se maintenir dans des lieux pour lesquels ils n’ont ni droit ni titre, ce qui met le propriétaire de ces lieux, quelquefois âgé et sans ressource, à la rue.

On arrive à une situation où un individu ayant peu ou rien n’a plus que des droits et pas de devoirs. Les sanctions normalement prévues pour réprimer les faits interdits par la loi ne lui sont pas applicables. On ne peut faire payer un locataire insolvable, mais on doit le reloger. On tente de ne plus emprisonner un malfaiteur par manque de place dans les prisons, on lui met un bracelet électronique ce qui n’a pas empêché l’égorgement du Père Hamel !

Ainsi, l’État tolère des violences et des incivilités, ce qui génère chez les malfaiteurs un sentiment d’impunité délétère, mais interdit l’autodéfense des citoyens honnêtes et n’assure plus leur protection.

Dans notre pays, la peine de mort est interdite envers les assassins, même récidivistes, mais ceux-ci peuvent se permettre de condamner à mort des citoyens innocents.

Peut-être faudrait-il que tout citoyen subissant des dommages induits par ce laxisme d’État assigne ce dernier devant les tribunaux pour obtenir réparation. Cela inciterait les instances dirigeantes à revoir la réglementation et la jurisprudence afin d’éviter toute cette insécurité mortifère et  ce gaspillage engendré par une délinquance confortée dans un sentiment d’impunité.

 

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