La loi du plus fourbe

Ne fait-il pas bon vivre dans un pays où la loi protège les voleurs de vieilles dames ?

Maryvonne n’a pas de chance. Âgée de 83 ans, elle vient de perdre son conjoint. Triste comme on peut l’imaginer, elle a décidé de retourner vivre chez elle, dans sa maison où l’attend une tout aussi triste solitude. Arrivée chez elle, surprise !

Ce n’est plus chez elle ; dans sa maison l’attendent, en lieu et place d’une triste solitude, une bande de fumeurs de joints communistes pour qui la propriété n’a pas réellement de sens. Assez de sens cependant pour qu’ils s’approprient la maison de Maryvonne, en commençant par changer les serrures (pourtant indissociables de la propriété). Ils ont également abattu quelques murs, et décoré les autres à base de graffitis du meilleur goût.

Scumbag squatteur

Et sans reconnaître pleinement la propriété de Maryvonne, de leur propre aveu, les squatteurs se sentent « chez eux ». La loi est de leur côté : dans ce magnifique pays qu’est la France, si le propriétaire du logement ne se manifeste pas dans les 48 heures, leur expulsion ne se fera que sur ordre d’un juge, le flagrant délit ne pouvant plus être invoqué. Parce que, voyez-vous, quand on squatte une maison, c’est flagrant dans les 48 heures ; mais une fois qu’on a cassé quelques cloisons, refait la déco et changé les serrures, c’est loin d’être aussi évident.

À moins que les gentils communistes reviennent à la raison, cessent de s’en prendre aux vieilles dames et laissent l’octogénaire vivre chez elle, c’est donc un long combat juridique qui s’annonce pour qu’elle récupère son logement, quel que soit l’état dans lequel il lui sera laissé. En attendant, Maryvonne supplie les pouvoirs publics de lui trouver un logement, au moins provisoire. C’est comme ça que fonctionne l’État : il prend de force mais se fait supplier pour « donner ».

Oublions donc un instant que l’État est en théorie le garant de la propriété privée. Oublions le bon sens, qui voudrait que l’occupation illégale d’un logement puisse être constatée en flagrant délit lorsque le délit est flagrant, pas uniquement lorsqu’il est constaté dans les délais administrativement acceptables. Oublions que des jeunes vaillants occupent désormais légalement le logement d’une octogénaire qui a eu le tort de s’absenter plus de deux jours de chez elle. Et admettons cette loi.

Admettons la pleinement, acceptons la, et appliquons la. Profitons de mai pour nous installer dans l’un des nombreux logements sociaux occupés par des élus et fonctionnaires de la mairie de Paris, par exemple. Ou pour occuper les biens de députés ayant utilisé leur indemnité pour acquérir à leur compte un logement aux frais du contribuable – si, si, c’est possible, et ça existe.

La mésaventure de Maryvonne n’est pas un cas isolé. Il y a près de deux ans, je décrivais celle d’une octogénaire dont le logement avait lui aussi été squatté en son absence. Depuis, rien n’a changé : les octogénaires sont toujours les victimes préférées des squatteurs, et l’État n’a toujours pas fait marche arrière ou trouvé des moyens pour éviter que des propriétaires se retrouvent à la rue. Nous sommes en France : quand des squatteurs prennent possession des lieux ou que des locataires refusent de les quitter, impossible de les déloger dans un délai raisonnable (le délai raisonnable pour récupérer un bien volé étant de l’ordre de la nanoseconde).

Liberty slap

On pourra bien sûr trouver tout un tas de raisons aux squatteurs pour squatter, aux voleurs pour voler, aux violeurs pour violer et aux agresseurs pour agresser. Ils n’ont sans doute pas une vie facile, sinon ils ne se comporteraient pas ainsi ; commettre un crime, c’est presque déjà y trouver des circonstances atténuantes.

Et on pourra, avec fierté, affirmer qu’en France, on fait quelque chose pour les mal logés. On évite que des propriétaires qui n’ont apparemment pas l’usage de leur logement (qu’ils peuvent se permettre de laisser vide pendant 48 heures) restent indéfiniment assis sur leur tas d’or, ou dans leurs trois maisons, et on permet aux plus démunis de trouver un toit.

Ne fait-il pas bon vivre dans un pays où la loi protège les voleurs de vieilles dames ?