« Légitimité de l’autodéfense », d’Éric Werner

Si l’État, qui tire sa légitimité de la protection des personnes, n’en assure plus la sécurité, il ne leur reste plus d’autre choix que de recourir à l’autodéfense, ce qui est contraire aux intérêts de l’État.

Par Francis Richard.

« Les pages qui suivent traitent d’une espèce particulière de guerre, celle dont le sujet est l’individu lui-même […]. Traditionnellement c’est l’État qui est le sujet de la guerre. »

Car, avant, d’aucuns parlaient de la détention par l’État du monopole de la violence physique légitime. C’est lui qui faisait la guerre à l’ennemi et qui la lui déclarait. Il en était le sujet.

Maintenant des groupes affrontent l’État asymétriquement en menant contre lui une guerre de partisans qu’ils considèrent comme légitime. Et cette guerre peut se réduire à celle d’un individu.

Face à l’insécurité qui en résulte le discours officiel est de dire, non pas de se défendre, mais de s’adapter. À la défense il faudrait préférer la résilience, un autre mot pour l’adaptation à la réalité.

Le devenir des milieux naturels est fait de déséquilibres en chaîne. Les affaires humaines seraient analogues, sauf que l’Homme a besoin de stabilité et qu’il n’y parvient qu’en se défendant.

Si l’État, qui tire sa légitimité de la protection des personnes, n’en assure plus la sécurité, il ne leur reste plus d’autre choix que de recourir à l’autodéfense, ce qui est contraire aux intérêts de l’État.

L’individu agit alors comme bon lui semble pour se protéger et protéger sa famille. Puisqu’il décide de se défendre ou non s’il est attaqué, c’est lui qui devient ou redevient le sujet de la guerre.

Se défendre peut signifier ne pas livrer bataille. Face à un puissant, il est judicieux de privilégier la retraite flexible, le repli stratégique ; c’est le début d’une errance, transitoire pour cet animal social.

Face au développement de l’État qui dispose d’un grand nombre d’informations sur lui, l’individu a les moyens de gagner en invisibilité, de gagner en autonomie, de disparaître des radars.

Le rôle de l’État est d’assurer la sécurité. Il maintient l’ordre par la contrainte. Il y a de plus en plus recours, mais ce recours est à géométrie variable et parfois illégal, le temps d’adopter une loi.

Éric Werner remarque, à raison, que très peu d’États aujourd’hui, dans le monde, échappent à la corruption. Mais il en donne une explication qui est en contradiction avec ce qui précède. Il écrit :

« Ce trait s’est encore renforcé au cours de la période récente, avec le triomphe de la vague néolibérale et l’effacement corrélatif de l’ancienne frontière entre la sphère étatique et le monde des affaires ».

Ce qu’il appelle triomphe de la vague néolibérale n’a en effet rien à voir avec le libéralisme, néo ou pas, mais tout à voir avec une lame de fond étatiste qui se traduit par le capitalisme de connivence

Dans le même esprit, Éric Werner remet en cause la libre circulation des personnes et des biens :

« Les frontières disparaissent et avec elles la protection qu’elles offraient autrefois aux populations. »

Dans Libéralisme, paru en 2000, Pascal Salin explique que l’État moderne étatise (s’approprie) la nation (qui est sentiment d’appartenance à une communauté), son territoire et ses citoyens. Ce qui est aberrant.

Le problème insoluble de l’immigration est la conséquence de cette étatisation, de la production collectiviste de biens publics, fournis gratuitement ou à coût réduit à ceux qui se trouvent sur le territoire.

A contrario, dans une société libre, où les droits de propriété individuels sont respectés,

« la liberté de migration ne signifie (…) pas qu’un « étranger » a le droit d’aller là où il veut, mais qu’il peut aller librement là où on veut bien le recevoir… »

Dans la conclusion de son livre où il convoque l’histoire et des penseurs classiques, Éric Werner écrit :

« Descartes disait : je pense donc je suis. C’est déjà quelque chose. On peut aussi dire, comme Elsa Dorlin : je réplique donc je suis. C’est presque mieux encore. »

Il ajoute :

« Beaucoup ont fait ce choix, ne pas penser. L’État les y aide de différentes façons. Mais on peut faire ce qu’a fait Descartes, se mettre à penser… »

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