La rentrée promet d’être chaude

Emmanuel Macron-3 By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

Les idées reçues ont la vie dure. Surtout en France.

Par Claude Robert.

La période estivale constitue un moment privilégié : au détour d’un hôtel, d’un embarcadère, d’un bar ou d’une table d’hôte, elle offre à qui sait la saisir la possibilité d’un véritable brassage sociologique. Ainsi permet-elle de rencontrer des personnes de tous les milieux, âges et origines, et de prendre en quelque sorte la température du pays, après une année il faut le dire passablement mouvementée (grèves SNCF, hausse des impôts, révolte des Gilets jaunes).

Et sans surprise, l’humeur des Français qui se dégage de ces conversations — provoquées, voire dérobées — n’est pas mirobolante. Les frustrations s’expriment à la moindre sollicitation, tel un gaz surchauffé qui n’attend qu’une étincelle. Elles sont comme racornies par le temps, à fleur de peau du surmoi bouffi d’idéologie, de moins en moins capables d’interpréter les réalités économiques de façon objective :  

— les riches et le capitalisme sont  la cause de tous les maux
— Macron est un autocrate ultra-libéral de droite.

Les riches et le capitalisme, le fléau mondial actuel

Le journal Libération a beau avoir un lectorat qui se réduit à peau de chagrin, et Mélenchon des soutiens de plus en plus rares, ces deux vecteurs n’en ont pas moins laissé des traces indélébiles dans le cerveau d’une partie de la population. Pour elle, les riches sont des profiteurs. Ils quittent le pays pour payer moins d’impôts, ce qui devrait être interdit. Quant au capitalisme, c’est bien connu, celui-ci sème la désolation un peu partout sur la planète. Il est devenu urgent de changer de système…

Macron, l’autocrate ultra-libéral de droite

Concernant le Président, les avis apparaissent peut-être un peu moins irréels puisque son côté dictatorial semble partagé par de nombreux citoyens, et ce quelle que soit leur origine. Les tirs sur les Gilets jaunes, la propension à en découdre avec de simples distributeurs de tracts, les faibles résultats en matière d’arrestation des casseurs n’ayant rien à voir avec le mouvement, l’affaire Benalla… tout cela sont des faits qui ont été relatés par les médias malgré la retenue qui les caractérise en général et qui ont visiblement marqué les esprits. 

À l’inverse, le poids des quelques mesures symboliques prises par le Président a considérablement biaisé la perception de sa personnalité sur le plan purement politique. Le fait d’avoir supprimé l’ISF est très sévèrement jugé, tout comme la privatisation des ADP, de la FDJ et de Engie. Ces décisions sont interprétées comme la preuve irréfutable de son « ultra-libéralisme ». Ceci, ajouté aux violences contre les Gilets jaunes, a mécaniquement contribué à lui affubler l’image d’un « facho ultra libéral de droite ».

Derrière ces interprétations, un long travail d’endoctrinement des consciences

Il est impossible d’espérer de ces citoyens qui se sentent plus ou moins en situation de frustration sociale la meilleure objectivité analytique. Faire la différence entre le capitalisme d’État, typique des régimes socialistes ou communistes, et le libéralisme économique, apanage des pays dont les citoyens sont plus libres exige en effet un minimum de discernement économique.

Or, non seulement ce discernement est hors d’atteinte, mais il a été savamment, patiemment et méthodiquement empêché. Les médias de gauche, très majoritaires en France, précédés puis secondés par les programmes économiques de l’Éducation nationale, n’ont en effet de cesse de travailler les mentalités pour les dresser contre les riches et le monde concurrentiel. Médias et programmes véhiculent des  mensonges dont se repaissent avidement la plupart des frustrations exprimées. En flattant le ressentiment voire même la jalousie, sentiment qui semble incroyablement répandu dans l’Hexagone, ceux-ci font accroire que le monde actuel n’est que le vaste champ de ruines du libéralisme, ce dernier, sciemment confondu avec le capitalisme d’antan, ayant semé l’appauvrissement des pauvres et l’enrichissement des riches un peu partout.

Il est même consternant de découvrir combien la structure du raisonnement à l’origine de ces postures quasi paranoïaques est primitif, pour ne pas dire infantile si ce n’est syncrétique ! Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, il se résume à ces quelques équations :

— s’il y a des pauvres, c’est à cause des riches ;

— le libéralisme, le capitalisme, le capitalisme d’État et l’ultra-libéralisme ne font qu’un ;

— le libéralisme, le capitalisme, le capitalisme d’État et l’ultra-libéralisme sèment la désolation ;

— le libéralisme, le capitalisme, le capitalisme d’État et l’ultra-libéralisme ne profitent qu’aux riches ;

(quand bien même les impôts et le périmètre de l’État ne cessent de croître), Macron est ultra-libéral puisqu’il a supprimé l’ISF et qu’il privatise des entreprises publiques ;

(quand bien même les impôts et le périmètre de l’État ne cessent de croître), Macron est de droite puisqu’il a fait preuve d’une autorité musclée contre les Gilets jaunes ;

— les frustrations que je ressens à titre individuel sont celles de tous les Français et de tous les citoyens du monde. 

Nul ne sait dans quelle proportion exacte de la population ces équations sont profondément ancrées. Mais elles semblent tellement répandues qu’il paraît désormais plus que probable que la rentrée sera tout autant chaotique que la première partie de l’année. Il y a comme un parfum de révolution dans l’air…

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.