Le poison des dépenses publiques

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La baisse des dépenses publiques sera possible en responsabilisant les individus.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Le projet de budget pour 2020 annonce des baisses d’impôt sur le revenu, mais elles seront compensées par l’amputation de diverses niches fiscales, le retard dans la baisse de l’impôt sur les sociétés et quelques nouvelles taxes comme celle sur le transport aérien. Pour le reste il sera encore fait appel à l’emprunt et la décrue de la dette publique sera retardée.

Les dépenses publiques sont passées de 1020,5 milliards d’euros en 2007 à 1318,6 en 2018. Elles sont de 20 % supérieures à la moyenne de la zone euro et devraient continuer de progresser de 0,5 % en volume (hors inflation) en 2020, comme en 2019. Les prélèvements obligatoires sont à l’avenant.

Certes, il y a chaque année des réformes. Les cotisations sociales ont été réduites pour rendre les entreprises plus compétitives. Des députés LREM veulent maintenant limiter les allègements de charges aux très bas salaires pour dégager les moyens de réduire les impôts de production qui sont beaucoup plus élevés en France (10,5 % des bénéfices commerciaux des entreprises) qu’en Allemagne (4,3 %).

Mais tant que les dépenses publiques ne baissent pas, il ne s’agit jamais que d’un simple jeu de chaises musicales consistant à prendre aux uns pour donner aux autres au nom d’une justice toute relative. Il en a été ainsi avec la hausse de la CSG payée à plein par les retraités et les propriétaires bailleurs pour alléger les charges sociales des salariés. Ces mesures créent de l’agitation factice déguisée en politique.

Obésité publique française

Or ce dont souffre aujourd’hui la France, c’est de son obésité publique. Elle oblige à maintenir un niveau de prélèvements obligatoires qui nuit à sa compétitivité. Mais plus encore, elle transforme la relation des Français à l’État et à la société. Le statut de la fonction publique, dont profitent sans raison des millions d’employés, tend à devenir le modèle de référence du travail salarié.

Les 35 heures ont également contribué à inscrire le temps des loisirs comme une priorité sur celui du travail. Par ailleurs, les dépenses sociales orchestrées par l’État représentent un tiers du produit intérieur brut et sont dispensées trop souvent de manière à installer leurs bénéficiaires dans l’assistance plutôt que de leur permettre de retrouver leur autonomie. Initialement, les Gilets jaunes revendiquaient de pouvoir vivre de leur travail plutôt que d’allocations. Mais la première réponse qui leur a été apportée fut d’augmenter la prime d’activité !

Au-delà des réformes paramétriques qui ont désormais démontré leurs limites, ne serait-il pas préférable, voire nécessaire, de stopper la dérive de l’État dans sa volonté de prendre en charge tout l’individu et de le prémunir de tout comme s’il était un incapable ? La question mérite d’être posée. Il s’agit moins d’une question économique, même si elle existe aussi, que d’un enjeu presque ontologique.

L’État désormais s’institue gardien des consciences, des comportements et de la protection de tous au risque de réduire bientôt à néant la capacité de chacun à décider pour lui-même. Or, « réduire les domaines où peut s’exercer la liberté de choix, c’est porter atteinte à l’essence même de l’Homme » comme le disait Isaiah Berlin.

Parce que l’Homme, tout imparfait qu’il soit et peut-être parce que imparfait, se distingue des autres espèces par son aspiration à s’élever lui-même, par son apprentissage de la responsabilité dont l’exercice ne lui est possible que s’il est libre de ses actes.

Comme il vaut mieux apprendre aux peuples déshérités à creuser des puits plutôt que de les forer à leur place, et qu’il faut permettre aux enfants de voler de leurs propres ailes, de même il convient de laisser les personnes assumer leurs propres choix. En leur restituant cette responsabilité, c’est aussi leur dignité qui leur serait rendue.

Sortir du cercle vicieux

Il resterait bien entendu à veiller à ce que ceux qui n’en sont pas capables soient pris en charge par la collectivité. Cette réforme systémique favoriserait naturellement la sortie du cercle vicieux dans lequel sont placés les citoyens biberonnés par un État nourricier et qui en appellent à lui toujours plus par l’habitude de tendre la main plutôt que de se retrousser les manches.

Les citoyens auraient davantage de capacité d’initiative. Libérés de leur obligation de cotiser au système unique de Sécurité sociale, ils augmenteraient leur niveau de vie en recherchant la meilleure assurance maladie ou vieillesse comme ils le font très bien pour leurs assurances automobile ou habitation dont l’enjeu n’est pas moindre. Ils seraient mieux incités au travail si chaque nouvel euro gagné ne donnait pas lieu à davantage de cotisations sociales et à un impôt progressif conçu comme une pénalité prélevée sur le surcroît de peine.

Si l’école privée n’était plus bridée par un quota « non dit » et si les écoles sans contrat étaient susceptibles d’être accessibles à tous grâce au bon scolaire, le coût de l’Éducation nationale serait moindre tant il est vrai que les élèves du privé coûtent près de moitié moins cher que ceux du public, lequel serait réellement mis en concurrence et ainsi enjoint de se réformer… L’État qui ferait moins peser ses prélèvements obligatoires sur les contribuables disposerait de plus de moyens pour faire face aux besoins régaliens de la justice, de la police et de la défense dont les dépenses, essentielles à la sécurité et à la liberté de tous, sont ensemble aujourd’hui par trop cantonnées à moins de 3 % du PIB.

La baisse des dépenses publiques sera possible en responsabilisant les individus. En même temps, ceux-ci seront plus à même de faire grandir leur humanité fondée sur leur capacité à rechercher librement leur propre fin.

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