Sécurité sociale : et si on changeait ce système « à bout de souffle » ?

Locks by Jabiz Raisdana(CC BY-NC 2.0)

Il faut accepter de faire confiance à la responsabilité des individus et à leur rationalité pour repenser le système.

Par Patrick de Casanove.

Le JDD du 29/04/2018 a fait sa Une sur « Santé en France : le livre qui accuse » à propos de la sortie du livre du Dr Patrick Bouet, président de l’Ordre des médecins : Santé : explosion programmée, éditions de l’Observatoire, relayé sur son site par un entretien avec l’auteur : « le système de santé est à bout de souffle », estime le président de l’ordre des médecins.

On entend souvent des gens dire leur inquiétude pour les jeunes et leur avenir. Vont-ils trouver un travail ? Vont-ils avoir une retraite ? (Sur ce sujet pour le plus grand nombre a déjà répondu « non ».) Vont-ils être soignés ? Pourront-ils se loger ? Etc.

Paradoxalement ces questions engendrent davantage de résignation et d’angoisse que d’esprit d’initiative. Ce que devraient demander toutes ces personnes, sincèrement inquiètes, c’est :

  • Que l’État ne vole plus les générations présentes. Plus de 360 impôts et prélèvements dont personne ne connaît vraiment les détails ni à quoi ils servent. Le prélèvement à la source va rendre le système encore plus opaque, puisque le seul impôt physiquement ressenti sera désormais indolore. Cette confiscation de ressources est écrasante et, bien qu’atteignant des niveaux insupportables, demeure insuffisante puisque la spoliation légale s’étend aux générations futures par les dettes et le déficit.
  • Que l’État ne vole plus les générations futures. C’est-à-dire qu’il arrête « d’hypothéquer l’avenir », pour assurer le quotidien des générations actuelles. Nous en sommes en France à 36445 € par habitant de dette publique. Encore n’est-elle que la partie émergée de l’iceberg.

Qu’on le veuille ou non, tout enfant à naître a déjà ce fardeau sur les épaules. Les générations actuelles doivent impérativement se demander comment solder la dette si elles veulent assurer un avenir meilleur à leurs descendants… et à elles-mêmes !

D’où la nécessité de définir qui fait quoi. Si l’État dépense l’équivalent de 57% du PIB, les fonctions régaliennes, police, armée, justice atteignent péniblement 3%… Le chantier est immense. Pour assainir la situation, chaque objet de dépense doit être validé y compris pour ce qui est de l’ordonnateur (public ou privé).

Les dépenses sociales sont le premier poste de dépenses collectives. Puisque le système est à bout de souffle, il faut commencer par remettre à plat ce fameux « modèle social français ».

Les références aux valeurs des pères fondateurs de la Sécu émaillent les discours de nos décideurs, mais il s’agit là d’un double langage. (Dr Patrick Bouet).

Ce que souhaitaient les concepteurs de la Sécurité sociale était une véritable Sécurité sociale garantissant les individus contre tous les risques sociaux : maladie, vieillesse, chômage etc.

Au sortir de la guerre, pour les politiciens de l’époque cela pouvait avoir aussi une autre utilité : prendre le contrôle des populations et asseoir l’autorité de l’État à reconstruire. C’est ce que font tous les régimes autoritaires. Pour obtenir et garder le pouvoir ils s’emparent des leviers de l’assistance : santé et retraites.

Ainsi les populations, angoissées de savoir si elles pourront être soignées, ou si elles auront des ressources pour « leurs vieux jours », seront prisonnières de l’État. Elles penseront qu’elles ne peuvent bénéficier de ces services que grâce à la puissance publique. Elles comprendront qu’il vaut mieux ne pas contrarier les gens en place.

Aujourd’hui les islamistes viennent en aide aux personnes en difficultés dans les quartiers. Pour préparer sa prise du pouvoir le Hamas s’occupait d’assistance dans la bande de Gaza. Pour affermir leur pouvoir les gaullistes et les communistes ont créé la Sécurité sociale monopole d’État, grâce aux ordonnances des 4 et 19 octobre 1945.

Au fond, depuis le premier choc pétrolier, les budgétaires ont bel et bien triomphé sur les sociaux. L’économie de la santé et ses disciples ont imposé leur dictature dans les cabinets ministériels, la haute administration, au détriment de l’exigence de solidarité et d’innovation thérapeutique. (Dr Patrick Bouet)

En vérité les « budgétaires » ont triomphé bien avant ! Quant aux cabinets ministériels et à la haute administration ils n’ont eu besoin de personne pour instaurer et alourdir la spoliation légale gage de leur pouvoir.

Beaucoup le savent mais peu veulent le croire :

L’impératif de réduction des dépenses serait la seule véritable boussole de nos dirigeants politiques. (Dr Patrick Bouet)

Pourtant cet impératif est devenu très vite flagrant.

Les problèmes ont surgi dès la création de la Sécurité sociale

Remarquons en passant qu’en 1952 (…) Antoine Pinay (…) avait déclaré qu’étant donné les grandes difficultés de la France, il avait préparé les textes d’une réforme de la Sécurité sociale (…). Il reste que face à l’augmentation – continue depuis l’origine – des « dépenses de maladie », le ministre des Affaires sociales de l’époque, M. Gazier, doit dès 1957 préparer un projet pour soi-disant les maîtriser. (Georges Lane, La Sécurité sociale et comment s’en sortir)

La doctrine économique a progressivement éloigné le système de santé de ses valeurs fondamentales : l’équité, la solidarité. Elle a façonné une machine à gaz ambiguë qui ne permet pas l’accès aux soins partout, qui ne favorise ni l’innovation ni la recherche. (Dr Patrick Bouet)

Il n’y a aucune doctrine économique qui tienne la route dans le concept de la Sécurité sociale que nous connaissons. C’est de l’idéologie collectiviste qui fait fi de l’action humaine. En 1945, l’État a créé une pyramide de Ponzi légale (contrairement à celle de Madoff). Les cotisations sont immédiatement dépensées pour servir les prestations, d’où la nécessité d’avoir toujours des entrants et de ne pas perdre de cotisants.

C’est une construction vouée à l’échec, structurellement déficitaire, de moins en moins performante. La pénurie est structurelle parce que ce système, socialiste, détruit l’information des prix, détruit les incitations productives, détruit la responsabilité individuelle. Force est de constater qu’hier comme aujourd’hui l’objectif de la Sécurité sociale est de gérer cette pénurie et de rationner les soins. Il ne peut en être autrement.

Certes le concept n’a pas été vendu comme cela à la population et il est encore présenté comme le nec plus ultra de la « solidarité ». « Chacun paye selon ses moyens et reçoit selon ses besoins ». Cela ne veut pas dire que chaque personne donne ce qu’elle peut, pour avoir la totalité de ses besoins en soins pris en charge.

Cela veut dire que les personnes sont prélevées « en fonction » de leurs ressources et que, quand les ressources augmentent, les prélèvement augmentent encore plus, sans aucun rapport avec les soins dont elles ont, ou auront, besoin. Cela constitue une destruction des incitations productives.

Quant aux besoins ils ne sont pas définis par la personne elle-même. La Sécurité sociale, en pratique les politiciens et les technocrates, décide de ce qu’elle prend en charge ou pas. Ce qu’elle dédaigne doit être payé de sa poche par l’assujetti. Comme si ce qu’elle daigne prendre en charge n’était pas aussi pris dans sa poche ! Dans le premier cas, la personne règle avec ce que l’État lui laisse. Dans le second, l’État paie à sa place avec l’argent qu’il lui a préalablement confisqué.

Il ne faut pas être grand clerc pour constater qu’il n’y a ni justice ni morale dans ce mode de fonctionnement. Voler son prochain, même légalement, est une injustice. Abandonner délibérément à autrui la prise en charge de ses problèmes de santé, de retraite alors que chacun pourrait, sauf rare exception, les assumer est d’une totale immoralité. L’honneur et la responsabilité de chaque personne, en état de le faire, est d’assurer par sa prévoyance, ses ressources en cas de coup dur et de ne pas en reporter le poids sur les autres.

De 1967 à 2004 se sont succédé 21 plans de redressement. Depuis 2004 on ne compte plus ! Il ne se passe pas un an sans que de nouvelles prétendues réformes soient faites. Diminution des prestations et augmentation des cotisations, c’est ce qui résume tous les dits « plans de sauvetage » ou de « redressement. »Tous ont été des échecs parce que tous gardent et aggravent une logique collectiviste. Aucun ne remet en cause ce fondement, aucun n’est d’inspiration libérale quoi qu’on en dise.

D’après l’article,

Le docteur Bouet propose aussi quelques remèdes : la construction de projets collectifs ancrés dans les territoires et des investissements financiers massif, (…) inventer de nouveaux systèmes de garde, ne pas se focaliser sur ce que cela coûte mais investir massivement. (…) Il faut investir pour bâtir une vraie politique. (…) Il faut d’abord résorber la fracture numérique, au moyen d’investissements.

On croirait du Borloo !

Il y a urgence à tout repenser de fond en comble. Il faut cesser de traiter un à un les symptômes pour se concentrer enfin sur la maladie. (Dr Patrick Bouet)

Rien dans l’article ne laisse supposer que le système est « repensé de fond en comble ». Rien dans l’article ne laisse supposer que le système présenté comme « à bout de souffle » est remis en question. Rien dans l’article ne laisse supposer que « l’investissement massif » ne sera pas étatique.

Or l’État doit investir massivement dans : les banlieues, les EHPAD, les hôpitaux, le réseau ferré, les routes, les universités, les gardiens de prison, l’armée, l’apprentissage, les « innovations » etc. Nous touchons là les limites physiques de la spoliation légale. Chaque groupe veut la meilleure part.

L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le mondeFrédéric Bastiat, L’État (1848).

Or l’argent ne tombe pas du ciel, la richesse de la nation est créée par le secteur marchand.

En effet, l’État, ne l’oublions jamais, n’a pas de ressources qui lui soient propres. Il n’a rien, il ne possède rien qu’il ne le prenne aux travailleurs.- Frédéric Bastiat, Propriété et loi (1848)

Le Dr Patrick Bouet dit :

Si la machine continue de tourner, c’est grâce à l’engagement des aides-soignantes, des infirmiers, des kinés et des médecins, étudiants, libéraux ou salariés du public et du privé. (…) Des médecins ont prouvé qu’ils pouvaient s’associer de façon flexible entre eux et avec les services hospitaliers du coin. Sans construire de nouveaux locaux ni réclamer de sommes faramineuses, ils ont inventé une structure virtuelle – et donc légère ! – de regroupement.

C’est reconnaître que ce sont les actions individuelles qui permettent au système de ne pas s’être encore effondré. C’est de l’action humaine, mais confinée dans les limites étroites de ce que permet le système actuel.« Nous avons monté un observatoire des bonnes idées à l’œuvre dans tout le pays. » Toujours dans ce que permet le carcan du système français qui stérilise l’esprit d’innovation.

Aller jusqu’au bout de ce raisonnement « action humaine » consisterait à faire sauter le carcan. C’est-à-dire accepter de faire confiance à la responsabilité des individus et à leur rationalité. Repenser le système consisterait à mettre fin aux monopoles publics donc donner aux Français la liberté de choisir leur caisse de retraite ou d’assurance maladie.

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