La France a-t-elle trop de fonctionnaires si on la compare à ses voisins ?

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La fonction publique est constituée en France de 5 451 000 emplois, auxquels il s’est ajouté assez récemment 198 000 contrats aidés, soit un total de 5 649 000 emplois en 2015.

Par Claude Sicard.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Le Journal du Dimanche du 23 juin dernier, dans sa rubrique « Le vrai, le faux », s’interroge sur une déclaration faite récemment par Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, à propos des dépenses publiques : « On a plus de fonctionnaires par tête d’habitant que partout dans le monde » a-t-il déclaré.

La journaliste en charge de cette rubrique montre qu’il n’en est rien. En rapportant le nombre des emplois publics à la population active, ce que font habituellement les économistes, la France se trouve bien en queue de peloton : et c’est ce que l’opinion publique a retenu. Mais cela tient au fait que le dénominateur choisi n’est pas le bon, car ce qui est en cause ce n’est pas le nombre des emplois publics dans notre pays, mais bien plutôt le taux de population active qui est anormalement bas. Grave erreur, donc, de diagnostic.

La France a un taux de population active extrêmement faible : 43,1 % seulement, contre 51,7 % pour l’Allemagne, 52,5 % pour les Pays-Bas, 53,1 % pour la Suède, etc. C’est là un des handicaps majeurs qui plombe notre machine économique, et ce problème est bien plus sérieux, comme nous allons le montrer, que celui du nombre, dit excessif de nos fonctionnaires.

Il convient de ne pas commettre d’erreur sur le diagnostic. On entend par population active les personnes qui travaillent ; la définition de la population active internationalement admise comptant dans la population active toutes les personnes au chômage supposées chercher un emploi. S’en référer à la population active pour calculer les excédents d’effectifs de la fonction publique en France est donc une erreur.

Qu’en est-il exactement du nombre de nos fonctionnaires ? La première observation à faire est qu’il faut parler, non pas des fonctionnaires, mais bien plutôt des emplois publics. Toutes les personnes titulaires d’un emploi public ne sont pas bénéficiaires du statut de fonctionnaire, et le taux de fonctionnarisation varie beaucoup d’un pays à l’autre.

La seconde observation porte sur le choix du dénominateur : on peut soit rapporter le nombre des emplois publics à la population active, ce qui se fait fréquemment et qui est une mauvaise manière de procéder, soit s’en référer à la population totale des pays, ce que vient de faire fort justement l’OCDE : c’est la bonne manière de procéder, car les personnes qui ont un emploi public travaillent pour l’ensemble des citoyens d’un pays, et non pas seulement pour les personnes dites actives.

En s’en référant donc à la population totale des pays on a par exemple les chiffres suivants :

Emplois publics/population totale (pour 1.000 habitants)
Bulgarie 6
Turquie 37
Espagne 58
France 85
Finlande 114
Suède 138
Norvège 159

Au vu de ces chiffres on constate que la France paraît bien se situer dans la norme, et on ne peut rien dire de plus. La journaliste du JDD s’en tient là, et citant une étude de France Stratégie, elle nous dit : « En dépit de prélèvements obligatoires records, les effectifs de la fonction publique restent dans la moyenne de l’OCDE ». Et elle ajoute, comme, dit-elle, le rappelle France Stratégie : « Le surcroît des dépenses publiques en France s’explique par le poids des transferts sociaux : l’ensemble des prestations (santé, retraite, famille, minima sociaux, chômage, logement…) représente 35 % du PIB » !

Ce que ni France Stratégie, ni même l’OCDE d’ailleurs, n’indiquent, c’est qu’il convient de tenir compte du degré de développement économique des pays : plus un pays est riche, plus il dispose de moyens financiers pour allouer des ressources à des tâches effectuées par des personnes qui œuvrent au profit de la collectivité.

Il faut donc faire intervenir dans les comparaisons entre pays les niveaux de PIB/tête, et l’on constate alors que l’on dispose d’un outil très précis pour porter un jugement sur le niveau des emplois publics dans les pays. C’est ce que montre le graphique ci-dessous qui met en évidence l’excellente corrélation existant dans les pays entre les ratios d’emplois publics et les PIB/capita :

On voit sur ce graphique que la France se situe légèrement au-dessus de la droite de corrélation, ce qui signifie qu’elle a un niveau d’emplois publics sensiblement dans la normale. Les pays scandinaves, sont très au-dessus, et les États-Unis très en dessous.

Pour être plus précis il faut s’en référer à l’équation de la droite, et l’on voit alors qu’il faudrait que le ratio, dans notre pays, soit de 80,49 emplois pour 1000 habitants, alors que nous en sommes à un taux de 85. Mais ce taux, par trop élevé, est dû essentiellement aux « contrats aidés ».

La fonction publique est constituée en France de 5 451 000 emplois, auxquels il s’est ajouté assez récemment 198 000 contrats aidés, soit un total de 5 649 000 emplois en 2015.

Avec un taux de 80,49 emplois publics pour 1000 habitants on devrait avoir une fonction publique constituée de 5 384 000 emplois, et notre excédent se calcule alors de la façon suivante :

Fonction publique :
Emplois publics 5 451 000
Contrats aidés 198 000
_______
5 649 000
Effectif « normal » 5 384 000
_______
Excèdent 265 000

Cet excédent de 265 000 personnes s’explique principalement par les « contrats aidés » qui relèvent plutôt normalement du chapitre des « aides sociales », un poste déjà très lourd dans le budget de la nation.

En somme les effectifs de la fonction publique sont en excédent en France de seulement 67 000 personnes.

Ce qui est anormal, c’est le taux de fonctionnarisation très élevé dans nos emplois publics :

Taux de fonctionnarisation des agents :
France 81 %
Allemagne 30 %
Italie 15 %
Suède 10 %

Ce taux français frise l’absurde : en Grande-Bretagne, seuls quelques centaines de hauts fonctionnaires bénéficient d’un emploi à vie, et en Suède la plupart des contrats des agents publics sont des contrats semblables aux contrats du secteur privé. Quant à la Suisse, par un référendum en 2002, le statut de fonctionnaire, c’est-à-dire de personnes bénéficiant d’un emploi à vie, a tout simplement été supprimé.

Les vraies économies à faire, par la puissance publique, contrairement à tout ce qui est avancé dans les débats animés par l’opposition, ne sont pas à réaliser sur les effectifs de la fonction publique : l’excédent des emplois est, en effet, relativement faible : 1,2 %, soit une économie possible qui serait de l’ordre de 3,5 milliards d’euros (hors contrats aidés) ! Mais bien plutôt sur les dépenses sociales : elles se sont élevées à 759,5 milliards d’euros en 2017.

Par comparaison avec les autres pays, nos dépenses sociales sont en excédent d’un peu plus de 25 %, soit 197 milliards d’euros exactement de dépenses sociales excédentaires. S’agissant d’un domaine politiquement très sensible, personne n’ose s’attaquer aux dépenses sociales, et la révolte en novembre dernier des Gilets jaunes, une révolte qui n’est pas encore terminée, rend le gouvernement extrêmement prudent.

Nous avons expliqué dans des articles précédents que cet excès de dépenses sociales en France est dû à l’effondrement de notre secteur industriel qui ne représente plus que 10 % du PIB, alors que nous devrions en être à environ 20 %. La puissance publique a voulu remédier aux dégâts causés à la population par la fonte de notre secteur industriel par la multiplication des aides sociales, et ainsi le taux de pauvreté de la population se trouve-t-il artificiellement maintenu à un niveau acceptable au plan européen.

Les économies à faire se situant essentiellement au plan des dépenses sociales, il est évident qu’aucun gouvernement n’osera s’en prendre à ce poste du budget de la nation. Il y a donc fort à parier que notre pays va continuer à maintenir son niveau de dépenses publiques, sans être en mesure de l’abaisser, ce qui ne va pas manquer de faire que l’État va continuer à accroître chaque année un peu plus encore la dette extérieure du pays.

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