Jadot-Saporta : l’étiquette bafouée

Être journaliste et mener la campagne. Isabelle Saporta, compagne de l’écologiste Yannick Jadot, a démissionné. Mais trop tard.

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Jadot-Saporta : l’étiquette bafouée

Publié le 4 juin 2019
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Par Olivier Maurice.

Isabelle Saporta a bafoué l’étiquette. L’étiquette qui impose de démissionner quand on est journaliste politique et que son conjoint brigue une fonction élective. Étiquette qu’a par contre parfaitement suivie Léa Salamé, en quittant France Inter au début de la campagne de son compagnon Raphaël Glucksmann.

Ce n’est pas ce qu’a fait Isabelle Saporta : elle a démissionné de son poste à RTL après que sa liaison avec Yannick Jadot a été dévoilée. Et c’est bien cela qu’on lui reproche : d’avoir caché des choses, d’avoir caché sa vie privée, sa vie privée de journaliste soudainement devenue vie publique de compagne d’un homme public le jour où cette relation a été rendue publique. Quand a été rendue publique une vie privée qui n’aurait jamais dû être privée, puisqu’elle était partagée avec un homme public.

Oui, c’est compliqué, mais c’est l’étiquette, et l’étiquette, c’est compliqué.

Les femmes savantes

À la cour de France, on se doit de suivre les convenances. Comme Anne Sinclair qui le 16 mai 2011 « ne croit pas une seule seconde aux accusations portée à l’encontre de [son] époux » Dominique Strauss-Kahn. Comme Valérie Trierweiler quand elle publie Merci pour ce moment pour remercier le comportement exemplaire de son ex-compagnon alors également président de la République. Quand on est la conjointe d’un homme politique, on se doit de suivre les convenances, on se doit d’être digne.

Et la dignité pour un journaliste, c’est d’être impartial, de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Chose que fait parfaitement une femme journaliste quand elle est célibataire, mais qu’elle devient, semble-t-il, subitement incapable de faire quand elle unit sa vie à un homme politique.

Parce que c’est bien connu : quand une femme vit avec un homme, elle devient partiale.

Les fourberies de Scapin

Cette partialité a un nom : la loyauté. Loyauté qui doit être au-dessus de tout et bien sûr suivre l’étiquette. Isabelle Saporta n’est pas la première à ne pas la suivre. Valérie Scharre a elle aussi franchi la ligne quand elle est partie en vacances sur l’île Maurice avec Valérie Trierweiler peu après le Gayetgate. Son écart à l’étiquette sera immédiatement sanctionné : son époux, ministre et proche de François Hollande, Michel Sapin mettra un terme à leur mariage.

Parce que bien évidemment, quand on est homme politique uni à une femme journaliste, la loyauté ne va que dans un seul sens.

Les précieuses ridicules

C’est compliqué d’être une femme journaliste unie à un homme politique. Mais ça n’a pas l’air de gêner Christine Ockrent et Bernard Kouchner, Béatrice Schönberg et Jean-Louis Borloo, Laura Tenoudji et Christian Estrosi, Séverine Servat et François de Rugy, Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg ou Marie Drucker et François Baroin. Et encore, ce ne sont que les couples dont la vie privée est connue, publique.

Parce que c’est bien connu : un homme public, ça n’a de secret pour personne.

Depuis Louis XIV, l’étiquette fait négation de la vie privée, offrant au regard de chacun les détails les plus intimes de la vie des puissants.

« Les peuples sur qui nous régnons, ne pouvant pénétrer le fond des choses, règlent d’ordinaire leur jugement sur ce qu’ils voient au dehors, et c’est le plus souvent sur les préséances et les rangs qu’ils mesurent leur respect et leur obéissance. »

Parce qu’il n’y a bien que les détails scabreux et les histoires de cœur que les Français d’en bas sont en mesure de comprendre.

Tartuffe ou l’Imposteur

Cela fait partie du deal : on ne peut pas à la fois côtoyer un puissant et refuser de se plier aux simagrées et à l’hypocrisie de transparence qui caractérisent le pouvoir.

Et la transparence n’est pas compatible avec l’impartialité. Même si Isabelle Saporta n’a jamais caché ses opinions politiques, tant qu’elle était journaliste, elle pouvait prétendre être impartiale. Mais cela est devenu totalement impossible quand elle est devenue compagne d’homme politique : elle devait alors prétendre être transparente.

C’est de ce crime que s’est rendue coupable Isabelle Saporta : de s’être trompé d’hypocrisie. On ne peut pas être hypocrite pour deux choses à la fois : soit on est journaliste et alors on peut prétendre en toute mauvaise foi que ses opinions personnelles sont objectives, soit on est politique et alors on peut prétendre en toute mauvaise foi que l’on n’a de secret pour personne.  

Si on est l’un et l’autre, alors il faut suivre l’étiquette, c’est pour cela qu’elle existe : pour déterminer l’ordre de préséance.

Le malade imaginaire

La réalité est que l’impartialité n’existe pas, pas plus que n’existe la transparence. Le couple femme journaliste-homme politique (l’inverse n’existe quasiment pas) illustre parfaitement ce monde de conte de fées dans lequel baigne la vie politique française. Une illusion composée de convenances, de faux-semblants et de fascination pour le pouvoir.

Est-ce que les politiques et les journalistes croient vraiment que les gens vont avaler cette fable de la femme dévouée qui, par abnégation et par amour, se sacrifie pour prouver son honnêteté et la noblesse du combat de son homme ?

Cette comédie de cour est d’un ridicule achevé et n’aboutit qu’à une chose : renforcer l’opinion que tout ce petit monde vit dans une bulle et se fiche bien mal de ce que vivent les Français chaque jour.

Qui dans la vraie vie peut se payer le luxe de démissionner ainsi ? Vous imaginez la pharmacienne fermer boutique parce qu’on a appris qu’elle avait une relation avec le médecin ? Qui dans la vraie vie ferait un tel étalage de bienséance ? Et même si la pression morale a pu aboutir à ce niveau de commérage, qui cautionne encore de nos jours un tel niveau d’ingérence dans la vie privée des gens ?

Qui a bien pu déclencher tout ce psychodrame dont les tenants et les aboutissants n’auront absolument aucun, mais vraiment aucun, impact sur la vie des Français ?

Qui, si ce n’est journalistes et politiques vivant dans ce monde imaginaire qui rend la France si malade ?

Voir les commentaires (8)

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  • Excellent article, bravo à Olivier Maurice. Les intertitres sont jubilatoires. On pourrait ajouter Don Juan,.. et bien d’autres 😀

  • les rapports incestueux entre la presse et les politiques ne date pas d’hier.. tout lasse tout passe

  • Bref, l’étiquette n’est pas l’éthiquette

  • J’ai rien compris.

  • Rajoutons à la liste des couples dont l’un a changé de poste, le conjoint de la ministre des sports, Franck Ballanger, qui a quitté le service des sports de France Inter.
    Un des rares cas où ce n’est pas la femme qui se met en retrait.

  • oui mais, ici c’est différent car voyez-vous,on attaque une femme, qui est dans le camp du bien, de la nouvelle religion, en couple avec l’évêque,préféré des français( m’en fous suis pas français, cela fait du bien tout de même) est sur tous les plateaux pour délivrer « le message » et qui est attaquée par les puissants lobbys , la chimiqe, les pesticides, les rejets de Fuku.
    Car c’est une cabale montée de toute pièce par les affreux, qui sinon n’aurait choqué personne, après tout elle a toujours milité pour les carottes bio.
    Bref, une illustration de plus du complot qui se trame contre nous, notre santé, nos enfants, sainte Greta
    Tiens aux USA, on commence à s’énerver

    https://www.science20.com/hank_campbell/faowho_codex_alimentarius_meeting_suggests_rogue_activist_group_iarc_be_reined_in-237861

    des activistes , verts( les plus dangereux) au sein même de nos institutions les plus sensibles, peut-être même au coeur de l’état?

    cela me paraît…évident

  • politique de connivence et de copinage, spécialité bien française.
    Dans ce cas, dû au fait du monopole de fait de quelques médias.

    avec une presse et des médias libres (non subventionnés) et concurrents, aucun problème.

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