François Hollande : le retour du père Castor

Barrage de castor, Canal Whitefish, rapides St. Marys, Sault-Sainte-Marie, Ontario, Canada. — Fungus Guy, 2006, CC

« Faire barrage à l’extrême droite » : la stratégie du castor, appliquée avec excellence par François Hollande… et les autres.

Par Nicolas Perrin.

Dans le tour d’horizon de ces politiciens de carrière qui ne démordent pas de la politique, voici pourquoi c’est en castor que François Hollande devrait en toute logique se réincarner.

La castorisation de la vie politique française

Vous vous souvenez peut-être que le président sortant avait averti au mois de novembre dernier qu’il allait revenir en politique.

Fin mars, François Hollande est revenu à la charge en faisant la déclaration suivante au Parisien :

J’ai été président de la République française, dans une période très difficile et éprouvante. Je pourrais considérer que j’ai accompli mon destin et me tenir en retrait. Mais je ne le veux pas. Parce que l’engagement de ma vie demeure, et que mes convictions n’ont pas disparu quand j’ai quitté l’Élysée.

 

Si vous vous demandez à quelles convictions l’ancien locataire de l’Élysée peut bien faire référence, voici l’explication qu’il apporte :

La menace vient de l’extrême droite. Je l’affirme, un jour elle arrivera au pouvoir en France. En 2022 ou plus tard… puisqu’elle prétendra que c’est la seule qui n’a pas été essayée !

Certains personnages politiques de l’histoire récente ont marqué leur temps parce qu’ils sont arrivés au pouvoir avec une vision qui a satisfait une grande partie de la population.

D’autres, comme François Hollande, à défaut de convictions fortes (si ce n’est qu’être au pouvoir est mieux que de ne pas y être), ont passé leur vie à se construire en opposition à un épouvantail politique.

Sur le plan des idées politiques, François Hollande fait partie du camp des castors, lequel se divisait traditionnellement en deux tendances : les castors de gauche, dont la stratégie consiste à « faire barrage à l’extrême droite » en vue d’appliquer un programme constructiviste progressiste une fois au pouvoir, et les castors de droite, dont la stratégie et l’objectif sont grosso modo les mêmes que ceux des précédents, puisqu’il n’existe pas en France de parti de droite conservatrice.

Mais Emmanuel Macron s’étant érigé en héros manichéen des « progressistes européens » (ceux pour lesquels « vous n’avez pas le choix » de ne pas voter) contre les « nationalistes », la vie politique française est désormais dominée par les castors centristes. Voici d’ailleurs ce que déclarait la tête de liste de LREM le 5 mai.

Le diagramme de Nolan, ou la politique en deux dimensions

Le problème avec les François Hollande et les Nathalie Loiseau, c’est qu’ils adorent représenter l’éventail des options politiques sur une seule dimension, c’est-à-dire un axe qui s’étend de l’extrême gauche à l’extrême droite.

Or ce n’est qu’en introduisant une deuxième dimension que l’on aboutit à un véritable échiquier politique. C’est ce que permet le diagramme de Nolan, dont voici une représentation proposée par Damien Theillier.

Ici, il s’agit de se positionner non pas en se déclarant plus ou moins de droite ou de gauche, caractéristiques qui ne sont que des sensibilités politiques ne permettant aucunement de connaître à coup sûr les opinions d’une personne qui s’en revendiquerait, a fortiori dans le paysage politique français contemporain.

Il s’agit au contraire de se positionner en fonction de considérations concrètes, à savoir l’importance que l’on accorde aux libertés individuelles et la liberté économique.

L’avantage principal de cette représentation est qu’elle permet de sortir du monde en noir et blanc que nous imposent François Hollande et ses amis castors.

Grâce à ce graphique, on peut également constater que François Hollande nous raconte des bobards lorsqu’il nous dit que seule l’extrême droite est « la seule qui n’a pas été essayée ». En effet, on peut sans problème intégrer tous les partis politiques qui ont exercé le pouvoir depuis que la France a voté son dernier budget en excédent (en 1974) dans la partie inférieure gauche du graphique, où le Rassemblement national se situe lui aussi.

Quitter le zoo socialiste ne nous condamne pas à nous écharper les uns les autres dans une pseudo-jungle libérale !

Le libéralisme est quant à lui le contraire des étatismes LREM, LR, RN, LFI et écolo.

Une erreur classique consiste à penser qu’opter pour le libéralisme, cela revient à s’en remettre à la loi de la jungle. Rien n’est plus faux.

L’ordre social et économique libéral est certes spontané, en cela qu’il découle des interactions humaines et non des décisions d’un grand planificateur étatique, mais il se forme dans un système politique où les droits naturels des individus (liberté, propriété, sûreté) sont garantis par l’État, lequel se borne par ailleurs à assurer ses fonctions régaliennes.

On se situe donc à l’opposé du système étatiste tel que nous le connaissons, où de plus en plus de choses sont décidées par des idéologues prétendument omniscients à la tête d’un État de plus en plus omnipotent, notre ordre social et économique tendant de plus en plus vers le zoo.

Ce qui fait l’originalité du libéralisme, c’est justement qu’il n’est pas une idéologie. Contrairement aux constructivismes de droite ou de gauche, il ne vise pas à changer l’être humain en le débarrassant de ses défauts pour le rendre meilleur (plus tolérant, plus solidaire, etc.) en le passant sur un lit de Procuste grâce à l’instrumentalisation du Droit.

Le libéralisme, c’est ce qui permet à de sales bêtes comme les humains de s’organiser librement en société, dans le respect des droits naturels de chacun.

Au final, la seule chose que la France n’ait pas essayé depuis très longtemps, c’est précisément le libéralisme.

La vie politique française n’est donc pas condamnée à être un cauchemar que l’on refait nuit après nuit jusqu’à la fin de sa vie…

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