Élections européennes : la valse des seconds couteaux

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By: Sébastien Bertrand - CC BY 2.0

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Élections européennes : la valse des seconds couteaux

Publié le 7 avril 2019
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Par Jonathan Frickert.

Ce jeudi 4 avril s’est déroulé le premier grand débat des élections européennes. Un débat reconnu par beaucoup de journaux comme cacophonique.

Si la question européenne est un sujet récurrent, force est de constater que l’élection de mai prochain a du mal à mobiliser, débouchant sur les pires scores d’abstention du pays. Une indifférence renforcée par l’absence de grandes figures d’envergure nationale au sein des têtes de liste.

Si la France fait figure de vilain petit canard de la représentation européenne, c’est essentiellement pour des raisons d’intérêt médiatique.

Quand la guerre des chefs fait place à la fuite des chefs

En effet, en regardant de plus près les personnalités présentes jeudi, sur les douze têtes de liste aux élections, on ne retrouve que cinq chefs de partis politiques.

Sur ces derniers, le courant souverainiste forme une majorité, avec trois candidats (Florian Philippot, Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau pour Les Patriotes, DLF et l’UPR) contre deux candidats pro-européens (Benoît Hamon et Jean-Christophe Lagarde pour Génération.s et l’UDI).

Sur les sept candidats qui ne président pas leur parti d’origine, on retrouve deux philosophes, François-Xavier Bellamy et Raphael Glucksmann, têtes de listes PS et LR, formant le clivage historique et faisant ainsi un pari électoral, pour l’instant gagnant pour la droite républicaine compte tenu des sondages plutôt favorables à la liste conduite par le jeune philosophe trentenaire.

Le pari de la jeunesse est également notable, à travers Manon Aubry (LFI) et Jordan Bardella (RN), tandis que la compétence, réelle ou supposée, a animé les choix de Nathalie Loiseau (LREM) et de Yannick Jadot (EELV), respectivement ministres des Affaires européennes et député européen sortant.

Si beaucoup de partis ont fait le choix de l’originalité afin de reconquérir les esprits après la « révolution » Emmanuel Macron, on constate donc naturellement que les petites formations, essentiellement anti-européennes, sont les seules à avoir choisi de présenter leur chef de parti. Une situation qui ne change pas des élections précédentes et qui n’aident pas à réduire le taux d’abstention pharaonique constaté à chaque scrutin.

Pourtant, les principaux autres pays de l’Union, eux, n’hésitent pas à présenter leurs leaders naturels.

Tout pour Paris, rien hors de Paris, rien contre Paris

Une fois ce constat opéré, il est naturel de s’interroger sur les motifs de cette défection.

Beaucoup d’observateurs évoquent le changement des règles sur le cumul des mandats intervenus en 2014 et interdisant notamment le cumul de mandats de parlementaires. Une situation problématique pour les principaux ténors populistes qui sont tout deux députés nationaux.

Cette situation peut être masquée par l’envie, réelle ou supposée, de certaines organisations de tester différents profils, notamment au sein des formations classiques, n’hésitons pas à être cyniques, puisque la principale raison, avouée à demi-mots par certains, n’est autre que médiatique.

En effet, contrairement à d’autres pays, la vie politique européenne est loin d’être aussi médiatisée en France que chez nos voisins. Il suffit pour cela de voir que seuls deux journalistes à Bruxelles tirent leur épingle du jeu : Pascal Verdeau et Jean Quatremer. De la même manière, il est très compliqué, pour un élu français, de se faire entendre médiatiquement. Hormis les pères fondateurs de l’Union et quelques figures telles que Simone Veil, Jacques Delors ou Jean-Claude Juncker, seuls quelques-uns ont eu droit à de gros titres. Songez à Frits Bolkestein, commissaire européen néerlandais auteur de la directive qui a mis le feu aux poudres lors du référendum de 2005.

Ce manque d’exposition est renforcé par la spécificité du théâtre politique français qui, comme son administration, est très centralisé. Une figure politique souhaitant faire carrière doit être à Paris, et donc devenir député, sénateur ou ministre. Le député européen, lui, navigue entre Strasbourg et Bruxelles, dans un environnement influencé par une conception très germanique de la vie politique.

Là où la France est une terre de conflits, parfois violents, la politique européenne est effectivement faite de consensus, par nature sans gagnant, ni figure de proue ni héros final, et donc sans gloire médiatique.

L’Europe dans votre lait

Pourtant, conformément à son inspiration saint-simonienne, l’Union européenne a bien davantage d’impact dans notre vie quotidienne que ce que ne laisse croire la participation ou le manque d’intérêt qu’expriment certains mouvements politiques.

Sur Youtube se trouve une vidéo sobrement intitulée « Brexit, the movie », traduite par l’UPR mais qui a l’avantage de comporter un passage montrant très clairement l’impact européen dans notre quotidien, allant de votre radiateur à votre lait en passant par votre chien ou votre voiture.

L’Union européenne est un organisme qui n’est ni une organisation internationale classique ni un État fédéral calqué sur le modèle américain. Pourtant, la capacité de production normative fait que la politique européenne se ressent à tous les niveaux de la vie humaine, qu’il s’agisse de la protection du consommateur, de la concurrence, de la santé ou des fonds de soutiens à diverses activités comme l’agriculture.

Une hégémonie sur un marché qui ne cesse d’être toujours plus réglementé et qui interroge sur les contrôles démocratiques sur les institutions.

À cet effet, le Parlement européen, en tant qu’équivalent continental de l’Assemblée nationale, a un rôle fondamental. Avec le Conseil européen, équivalent du Sénat, il est colégislateur et dispose d’un rôle de contrôle budgétaire et politique vis-à-vis de la Commission.

Un enjeu fondamental, connu de beaucoup mais que de nombreuses personnes refusent de relever, constituant pourtant un puissant moteur de mobilisation électorale.

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  • Ce n’est pas nos élus qui vont changer l’Europe , vu L’ÉTAT Francais qui n’arrive pas à faire un Budget sans déficit !! Qui dit tout est son contraire …

  • La petite bête
    7 avril 2019 at 8 h 14 min

    Il faudrait parler de artis « anti-européistes » au lieu de « anti-européens ». Sauf à confondre l’Europe et l’UE, comme le fait sciemment Macron.

  • ce n’est pas parce que les gens ne suivent pas ou plus les débats entre les zélus qu’ils ne intéressent pas aux européennes ; je suis lasse de leur bla-bla que je n’écoute pas mais je peux vous garantir que j’irai voter et je ne suis pas seule dans ce cas ;

  • claude henry de chasne
    7 avril 2019 at 10 h 35 min

    normal , les caciques savent que le RN va gagner les élections .. ils ne veulent pas etre aussi ridicules que ces losers de gauche

  • Dommage que notre classe politique, à l’exception du RN, se désintéresse de l’Union Européenne et laisse les non français occuper les postes clés. Espérons au moins que les gens iront voter pour l’élection au Parlement.

  • Heureusement nos seond couteaux n’auront aucune influence en europe par conséquent votons utile votons n’importe qui sauf lrem..d’ailleurs on se demande comment ils ont trouve des gens de qualites a mettre sur leur liste….

  • Sur le débat, le choix est entre deux candidats : Lagarde (UDI) si vous êtes européiste ou Asselineau (UPR) si vous êtes souverainiste. Eux seuls sont cohérents. Le reste c’est du blabla.
    Quant aux institutions européennes, l’auteur ferait bien de lire le TUE et le TFUE. Il apprendrait qu’elles se neutralisent (Commission, Conseil, Parlement et Cour de Justice) en se partageant les 3 pouvoirs et que, selon l’article 17 alinéa 2 du TUE, seule la Commission a pouvoir d’initiative des textes normatifs ! Laquelle a obligation de procéder à leur promulgation en exigeant la transposition des textes adoptés par les États ! Nous sommes bien en dictature ! Le choix est donc dans l’acceptation de cette dictature bureaucratique qui se prétend à tort libérale, ou dans son rejet. Pour ma part, mon choix est fait : je rejette !

    • claude henry de chasne
      8 avril 2019 at 6 h 19 min

      Asselineau est une burne a 1%.
      l’UDI ventre mou de la macronie merci bien..
      non que le message soit bien clair , votons RN rien que pour dire
      arretez de nous faire braire avec vos taxes

    • Ayant une formation en droit social européen, je vous remercie de votre conseil lecture.
      De la même manière, choisissez avec soin les mots utilisés. L’UE n’est pas démocratique et là dessus nous serons tous d’accord.
      En revanche, à force traiter tout le monde de fasciste (je ne parle pas de vous), on relativise la puissance de cette évocation.
      Il en est de même pour celui de dictature. Si nous vivons actuellement en dictature, c’est que la dictature, ce n’est pas si mal, si ? Je précise que c’est de l’ironie.
      Il y a un gap entre démocratie et dictature, et l’UE sait très bien où placer le curseur.
      Cela rend la mobilisation de mai prochain d’autant plus importante.

  • La Rouméliotte. Cantonnez vous à votre domaine d’expertises et l’UE n’en fait pas partie

    • Ah, bon ? Ce n’est pas ce que dit l’article 17 alinéa 2 du TUE ? Alors, expliquez-moi ! Et dites-moi en quoi l’UE est libérale, à part les déclarations d’intention ?

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