Un argument massue contre le socialisme auquel on ne pense pas

Berlin 1989, Fall der Mauer, Chute du mur - Credit Raphael Thiemard (Creative Commons)

Le socialisme connaît un renouveau chez les millenials, qui n’ont pas vraiment connu la faillite de l’URSS et n’étaient pas nés lors de la démolition du mur de Berlin. Un argument décisif pourrait les convaincre.

Par le Minarchiste.

Dans un débat entre capitaliste et socialiste, on en arrive inévitablement à l’argument pointant dans la direction de l’URSS, de la Chine, de l’Allemagne de l’Est, de la Corée du Nord, de l’Éthiopie, de la Yougoslavie, de Cuba, du Venezuela, du Cambodge et des nombreux autres pays qui ont expérimenté le socialisme, où les choses ont mal tourné, et où s’est installé un État corrompu, autoritaire, totalitaire, voire dictatorial.

La réponse du socialiste sera très probablement que ces pays n’étaient pas vraiment socialistes, donc ça ne compte pas. Le débat va ensuite typiquement sombrer dans un inutile dialogue de sourds, accompagné d’une bataille de faits historiques parfois difficiles à vérifier et de statistiques plus ou moins fiables concernant des événements qui se sont produits parfois il y a longtemps.

Il existe toute une panoplie d’excellents arguments économiques et moraux démolissant le socialisme, mais il y en a un de plus que l’on oublie souvent.

Le socialisme démocratique

L’essence même du socialisme n’est pas dictatoriale. Elle va même jusqu’à grandement augmenter, en théorie, l’importance de la démocratie, permettant aux masses de prendre part aux décisions sur la gestion de la société et de l’économie. Les entreprises seraient, par exemple, gérées par des comités administratifs composés de membres élus par les travailleurs.

Donc, le socialisme n’est pas dictatorial, mais hyper-démocratique. Ainsi, le processus décisionnel ne serait pas contrôlé par des technocrates au sommet, accouchant d’un plan central auquel tout le monde doit se soumettre. Ce processus irait plutôt du bas vers le haut, par le vote des citoyens.

Mais dans la réalité cela ne se passe jamais de cette façon…

Le problème fondamental

Le problème avec cette vision est l’ignorance rationnelle des électeurs. Les gens sont systématiquement ignorants des informations pertinentes relatives à leurs choix électoraux ; car le coût d’acquisition des informations, en termes d’efforts et de temps, est très élevé comparativement aux bienfaits escomptés, surtout quand on considère la faible probabilité qu’un vote individuel puisse influencer le résultat d’une élection.

De nombreuses études ont démontré que la plupart des résidents de pays démocratiques ont peu d’intérêt envers la politique et ne suivent pas les nouvelles d’affaires publiques, à part un survol des grands titres. Ils ne connaissent pas les détails des débats les plus intenses et importants du moment. Ils ne comprennent pas vraiment les positions des partis politiques sur les principaux enjeux et ils votent souvent pour des partis ayant des positions différentes d’eux sur ces enjeux.

Aux États-Unis, 70 % des électeurs ne sont pas en mesure de nommer les 2 sénateurs de leur État.

La raison pour laquelle la plupart ne se renseigne pas est que chaque vote individuel a bien peu de chance d’influencer le résultat de l’élection. Les individus n’ont donc pas d’incitatif à dépenser du temps pour se renseigner, voire même pour voter.

En effet, les taux de participations aux élections sont généralement très faibles, et le sont encore davantage aux élections municipales et scolaires, du moins au Québec, soit lorsque les enjeux sont encore plus près de la population, ce qui n’augure pas bien pour le socialisme démocratique…

Dans un système socialiste, la quantité de sujets sur lesquels les citoyens devraient se renseigner serait décuplée, augmentant ainsi encore davantage les coûts individuels de recherche et d’assimilation des informations.

Il y aurait bien peu de chances que votre vote concernant, disons, les conditions de travail, fasse son chemin jusqu’au comité central en charge d’intégrer les résultats du vote dans le plan économique central et qu’il ait un impact sur la décision finale. Donc il serait irréaliste d’espérer que le socialisme démocratique puisse fonctionner.

Dans son classique The Logic of Collective Action, Mancur Olson explique que même si une large proportion de la population partage un même point de vue pour une politique publique, il est peu probable que cela mène à un mouvement concerté visant à faire adopter ces politiques ; car plus le groupe est important, plus les gains escomptés per capita sont faibles. Donc le rapport entre le coût de se mobiliser et les bienfaits attendus devient moins favorable. Le choix rationnel consiste à être un « passager clandestin », c’est-à-dire de se fier sur les plus motivés à se mobiliser.

C’est pour cela que les systèmes démocratiques en viennent inévitablement à être contrôlés par des groupes d’intérêt qui réussissent à obtenir des avantages au détriment de la population en général. Le meilleur moyen de se prémunir contre ce phénomène est de confier le moins de pouvoirs et responsabilités possibles aux politiciens.

C’est sans doute ce résultat qui attendrait un pays socialiste, mais avec des conséquences pires encore que dans le système actuel puisque le gouvernement contrôlerait une part encore plus grande de l’économie. On se retrouverait rapidement avec des travailleurs mal informés et désengagés, subordonnés à des bureaucrates corrompus et contrôlés par de petits groupes d’intérêts. Au final, c’est ce que les pays socialistes ont obtenu dans l’histoire récente…

Le socialisme dans la pratique

Si les pays qui ont sombré dans le socialisme n’étaient pas véritablement des pays socialistes, on peut aussi dire que les pays au sommet du classement de la liberté économique tels que les États-Unis, le Canada, la Suisse, l’Australie, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède entre autres, ne sont pas vraiment capitalistes et que tous les problèmes attribués au capitalisme ne sont pas vraiment causés par ce système, mais plutôt parce que les gouvernements de ces pays sont intervenus de manière à s’éloigner du capitalisme.

Ainsi, en vertu de cet argument, on ne peut pas comparer le vrai socialisme au vrai capitalisme, car aucun pays n’a jamais vraiment adopté de tels systèmes économiques. Cependant, on peut comparer les pays qui s’approchent le plus du capitalisme nommés ci-dessus, à ceux qui se sont le plus approchés du socialisme, également nommés ci-dessus.

C’est là que l’argument socialiste s’écroule, car sur à peu près n’importe quelle mesure, les pays capitalistes font excessivement mieux que les pays socialistes !

Dans les pays qui ont expérimenté le socialisme dit imparfait, nous avons observé les mêmes symptômes : stagnation économique, désillusionnement de la population, répression politique, corruption, totalitarisme, etc. Ces pays disposaient pourtant des environnement socio-culturels, historiques, démographiques, ethniques et géographiques différents. Malgré cela, le taux d’échec a été de 100 % !

Il serait donc temps de passer à autre chose… Par contre, le socialisme connaît un renouveau chez les millenials, qui n’ont pas vraiment connu la faillite de l’URSS et n’étaient pas nés lors de la démolition du mur de Berlin. Ces socialistes se disent  démocratiques et aux États-Unis sont représentés par Bernie Sanders, Elizabeth Warren et maintenant Alexandria Ocasio-Cortez. Ces politiciens sont de véritables Donald Trump de gauche, utilisant le populisme à l’autre extrême du spectre politique. Dans cette perspective, cela n’augure rien de bon pour les États-Unis.

Ce billet a été inspiré par Hugo Newman, PhD, docteur en théorie politique de l’Université de Dublin. Il était auparavant un fervent défenseur du socialisme, mais a changé son fusil d’épaule et est maintenant un anarcho-capitaliste.

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